Le palmarès Un Certain Regard

Le jury Un Certain Regard a choisi ses lauréats. Voici le palmarès 2014 !

L'ensemble des lauréats Un Certain Regard
L’ensemble des lauréats Un Certain Regard

PRIX UN CERTAIN REGARD

10414655_1481446732089885_160524669596482099_n
FEHÉR ISTEN de Kornél Mundruczól: le grand vainqueur Un Certain Regard

FEHÉR ISTEN de Kornél Mundruczó

PRIX DU JURY

TURIST de Ruben Östlund

PRIX SPECIAL DU CERTAIN REGARD

THE SALT OF THE EARTH de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado

PRIX D’ENSEMBLE

PARTY GIRL de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis

PRIX DU MEILLEUR ACTEUR

David GULPILIL pour CHARLIE’S COUNTRY de Rolf de Heer

En vidéo:

Parole aux premiers lauréats:

Pablo Trapero le président du Jury annonce le grand vainqueur: White God.

Tous les lauréats réunis sur scène:

 

Un grand merci à Gilles Jacob, qui a tenu à être présent et qui a lu un texte d’introduction :

Gilles Jacob, ce grand monsieur
Gilles Jacob, ce grand monsieur

Sils Maria: un bon Assayas

Affiche Sils Maria

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sils Maria est un bon film d’Olivier Assayas. Le réalisateur français, est comme bien souvent, le plus inspiré quand il travaille en anglais et avec des actrices stars.

Juliette Binoche dans Sils Maria
Juliette Binoche en conférence de presse de Sils Maria

Il utilise à bon escient une convaincante Juliette Binoche, et une intéressante Kristen Stewart pour proposer une réflexion intemporelle, sur l’air du temps, le temps qui passe, le rapport à celui-ci et à la jeunesse, les liens entre le théâtre et le cinéma, mais aussi, l’espace. Il propose des variations, de récurrentes mises en abîmes. Comme trop souvent cependant dans sa filmographie, à vouloir trop théoriser, il manque à Sils Maria une vérité, une émotion simple, une chaleur ou une couleur.

Sils Maria

 

L’air habite le récit, les nuages sont des personnages à part entière. L’eau coule dans les rivières, stagne dans les magnifiques lacs Suisse, offrant de magnifiques points de vue montagnard. Le récit est terrien. Mais le feu ne se voit que trop rarement, où n’est que théorique, que théâtre et non vie. Cette sève vitale manque indéniablement.

Assayas, un peu comme Cronenberg, nous amuse certes quand il inscrit son récit, pose sa réflexion intemporelle, dans une époque bien précise, dans un lieu (le star système) qu’il égratigne, qu’il dépeint, à coups de références empruntées à l’industrie Hollywood – le casting n’est évidemment qu’une mise en abîme supplémentaire – ou en multipliant comme aime également le faire Atom Egoyan l’utilisation des outils de communication moderne, en prenant soin de les citer et les mettre en avant (google, écrans, …).

Certes, l’ombre de Cassavetes n’est pas si loin dans ce portrait de l’artiste qui doit relever le défi de la seconde jeunesse, mais il en manque la lumière, la force, la consommation de cognac reste bien sage, la théorie et le sérieux prennent le pas. L’interprétation de Juliette Binoche et de Kristen Stewart, très appliquées n’en sont que plus visibles et méritoires.

Ceci étant dit, Sils Maria ne manque pas d’intérêts, de bonnes intentions. Il mérite sa place en sélection officielle à Cannes et mérite qu’on s’y attarde.

« L’incomprise » d’Asia Argento à la hauteur de l’attente engendrée

argento-7

L’incomprise d’Asia Argento -présenté dans la sélection Un certain Regard à Cannes- est le meilleur film que nous ayons vu au Festival en 2014, toutes catégories confondues, avec le fameux Mommy de Xavier Dolan.

Le roi  Dario est mort -cinématographiquement parlant, vive la Reine !

Le film est la parfaite fusion des deux précédentes œuvres de la fille de Dario Argento: autofiction –Scarlett Diva- et enfance saccagée –Le livre de Jérémie. Mais il est meilleur que ce dernier.Le titre est bien sûr choisi en référence au chef-d’oeuvre de Comencini L’incompris.  Asia Argento semble entretenir une relation ambivalente avec cette référence : lors de son passage à Cannes, elle disait vouloir se différencier de L’incompris. Plus récemment, elle a confié au magazine Première que le film l’avait tant marquée enfant qu’il a fallu qu’elle fasse L’incomprise.

l-incomprise (2)

Dix ans ce sont écoulés entre Le livre de Jérémie et L’incomprise. C’est le troisième film d’Asia Argento en tant que réalisatrice. Activité à laquelle elle souhaite se consacrer désormais pour diverses raisons -la pauvreté des rôles qui lui sont proposés, le fait qu’elle ait toujours aspiré à créer… etc. Etonnament elle tenait déjà les mêmes propos à l’âge de 22 ans, se revendiquant auteure avant tout, ayant publié dans l’enfance textes et poésies, puis un livre à l’âge adulte : Je t’aime Kirk.

3351767

Pour ceux qui ont lu Je t’aime Kirk, ou pour ceux qui ont lu beaucoup d ‘interviews d’Asia, cette semi-autobiographie d’enfance abîmée ne sera pas vraiment une surprise. Entre des parents tous deux artistes, imbus d’eux-même,  très rock’n’roll, et des soeurs plus choyées qu’elle, le tout beigné dans un atmosphère un rien chaotique, la petite Aria peine à trouver sa place, trop intelligente et sensible, trop décalée aussi, pour son âge. Le cercle des enfants de son âge n’est pas forcément plus bienveillant : une amitié exclusive déçue, avec la souffrance qui en découle -et le sadisme désinhibé, car non canalisé par la société, qu’ont bien souvent les enfants. La petite fille fait et fera tout pour gagner un peu de l’attention et de l’affection des siens. Nous ne sommes pas dans l’enfance la plus horrible du monde -Le livre de Jérémie montrait ce type de souffrance- mais il y’a une réelle fêlure et une nécessicité, pour la réalisatrice Asia de nous communiquer le vécu de la petite Aria -le nom de l’héroïne dans le film.

l-incomprise (1)

Celle qui incarne Aria, la  très jeune actrice, Guilia Salerno, est touchante de vérité, d’autant qu’elle est très bien dirigée. Tout comme l’est le reste des jeunes enfants et adolescents dans le casting.  Asia A. possède une sorte de don pour cela, comme en attestait déjà sa direction bienveillante et subtile du jeune Jimmy Bennet dans Le livre de Jérémie, jeune acteur qu’elle avait par la suite coaché pour Hostage (2005), car elle était la seule à savoir si bien le faire.

La beauté est là : celle de la photographie -ces couleurs vives!- de la mise en scène, des musiques et des acteurs eux-même -ah, Gabriel Garko !  Le film est outré et outrageant, à l’image de son auteure, autant qu’il est drôle, pour les mêmes raisons.

l-incomprise

Ce qui frappe, entre autre, c’est l’incroyable utilisation de Charlotte Gainsbourg. Elle incarne parfaitement la célèbre mère d’Asia, Daria Nicolodiau, au point qu’on oublie qu’il s’agit de Charlotte Gainsbourg, pour la première fois -car même dans les films de Lars Von Trier, on l’identifie, on la reconnaît.  Le fait qu’elle s’exprime dans une langue qui lui est nouvelle a-t-il joué ?  Enfin C.Gainsbourg n’est plus elle (la fille de Jane et Serge qui a grandi sous nos yeux qui avait toujours la même coiffure et allure ou presque depuis Merci la vie ou La petite voleuse). Ici, nous avons un personnage de mère vénéneux, fou, provocateur, sauvage,  Enfin on oublie l’actrice fille-de iconique pour ne voir qu’un personnage frappant ! Outre la langue, c’est ce regard italien, vierge de toute mythologie française, qui nous prodigue cette jouissance. Asia était pourtant fan de Charlotte depuis… L’effrontée – pour l’anecdote elle volait les polaroids de C.Gainsbourg sur le tournage du téléfilm Les Misérables, dans la salle de maquillage.

Comme Asia Argento l’a écrit dans son livre Je t’aime Kirk, peut-être, maintenant qu’elle vous a raconté tout ça, vous la comprendrez ne serait-ce qu’un tout petit peu mieux.

Bonus : Une photo de la petite Asia (s à la place du r cette fois) :

demons-2-asia-argento1

Mommy de Xavier Dolan devrait trouver sa place au palmarès

Affiche du film Mommy

Mommy de Xavier Dolan est, à ce stade de la compétition, le meilleur film de la Sélection Officielle- Adieu au langage de Godard est hors catégorie, le mot film ne lui convient pas complètement, mieux vaut le terme Valse comme il le dit dans sa lettre filmée à Thierry Frémaux et Gilles Jacob – que nous ayons vu  pour le moment. 

Antoine-Olivier Pilon
Anne Dorval

 

 

 

Xavier Dolan, dés le départ, a conçu le projet « Mommy«   autour de 3 personnages, qui, par une amitié fusionnelle, ne forment qu’un avant que la vie ne les rattrapent… Alors qu’il avait la possibilité de tourner ce film en Amérique, Xavier Dolan a préféré encrer son histoire dans un paysage qui lui est familier, au Québec, dans un quartier qu’il connaît et s’entourer de gens dont il a toute confiance. Au casting, on retrouve donc des habitués du cinéma de Xavier Dolan, Anne Dorval fidèle parmi les fidèles (La mère dans J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires, Laurence Anyways), Suzanne Clément (J‘ai tué ma mère, Laurence Anyways) mais aussi Antoine-Olivier Pilon (clip de College Boy d’Indochine tourné par Xavier Dolan).

Disons-le dés à présent, on ne voit pas comment ni pourquoi le prix d’interprétation pourrait leur échapper à tous les trois, tant la complicité de jeu est évidente, tant leur performance est à l’unisson, tant ils crèvent l’écran carré.

Car Xavier Dolan a opté pour un format d’image peu standard, qu’il avait essayé avec son directeur de la photographie pour le clip d’Indochine et qu’il voulait tenter pour un film, pour recentrer le sujet sur les personnages principaux, quand un format plus large met nécessairement les personnages dans un contexte qui comprend un fond qui peut raconter une autre histoire, ici Mommy est l’histoire de ces 3 personnages, ne nous-y trompons pas !

Xavier Dolan propose un film, comme ce fut déjà le cas avec Laurence Anyways, verbeux, où les dialogues sont très importants, où le langage est essentiel – Xavier Dolan a plaisanté en conférence de presse en disant qu’il était pour son cas très loin de l’Adieu au langage.  Et le langage Québecois, fait de français ancien, d’anglicisme,  d’ injures plus imagées les unes que les autres, quand il est pensé par Xavier Dolan, et énoncé par Anne Dorval ou Antoine-Olivier Pilon déroute, malmène, jaillit et fait mouche.

Xavier Dolan ne se contente pas de réaliser un film, comme il le dit lui même, il est dans sa tête, inspiré par des livres photos plus que par des films, et il est plus simple pour lui de faire ce dont il se sent la capacité (le montage, les sous-titres, …) même si des collaborateurs pourraient techniquement mieux le faire. Multiplier les casquette n’est pas une question d’égo ou d’incapacité à déléguer, il n’y a qu’à s’en référer à la complicité entre Xavier Dolan et Anne Dorval, laquelle affirme apprécier l’intelligence des réalisateurs à l’écoute, pour se convaincre du contraire.

Tous deux ont imaginé ensemble le personnage de Mommy, ils l’ont habillé au sens figuré comme au sens propre – Xavier Dolan figure au générique en tant que concepteur des costumes.

Pour les tenues très bling-bling façon J.Lo qu’Anne Dorval porte, X. Dolan s’est inspiré des tenues que les femmes portaient dans quartier où il habitait, petit.

 

Le jeune réalisateur québecois s’annonce satisfait du résultat quand on lui annonce qu’ Anne Dorval est méconnaissable par rapport aux films précédents qu’ils ont tourné ensemble.

L'équipe du film Mommy

Les ingrédients qui font de Mommy un très bon film ne manquent pas: Un trio d’acteur excellent, une virtuosité que l’on connaissait déjà à Xavier Dolan pour filmer façon clip, un montage brillant, une scène finale très belle, des dialogues bien travaillés, mais aussi une construction du film particulière.  

En ceci, nous notons un point commun avec 2 jours et une nuit des frères  Dardenne, la trame émotionnelle nous semble tout droit empruntée à un scénario de match de football de haut vol: outre les nombreuses occasions, la dynamique et la qualité du spectacle, un suspense est maintenu. Chaque but est suivi d’une égalisation ou d’un contraste, le sort final ne se déterminera qu’en toute fin, façon penalty. Xavier Dolan après une scène souriante enchaîne ainsi toujours avec une scène de dure retour à la réalité. 

Nous tenons également à mettre en avant que Xavier Dolan s’affirme chaque film un peu plus, qu’il parvient à gommer ses défauts de jeunesse, là où il parlait de lui, là où il se faisait plaisir à grand renfort de références, Dolan ajoute désormais un fond, travaillé, épais, une trame narrative et émotive. Son cinéma clinquant sert alors le propos et non l’inverse. Il le reconnait lui même, en élève appliqué et curieux. Peut être est-ce le seul signe de jeunesse qu’il lui reste, une forme d’humilité vis à vis de référents, une envie évidente d’apprendre et non de donner la leçon, lui qui avoue ne pas se sentir jeune, pense pouvoir mourir demain, et qui fait des films parce qu’il les a en lui, façon drogue dure et non pour toute autre raison.

Quand on lui demande qu’elles sont ses références, ses modèles, Xavier Dolan est content de pouvoir affirmer que les références citées ici ou là ne sont pas tellement les siennes, qui sont principalement américaines.  Ses modèles, ses inspirations sont multiples, des livres de photos le guident par exemple. S’il faut chercher des modèles, alors Il faut plutôt aller chercher du côté Titanic, de Gus Van Sant (ça se voit), et de P. T. Anderson, dont il vante la capacité à amener les acteurs plus loin qu’espéré.

Pour ceux qui qui s’interrogent pourquoi Xavier Dolan  semble toujours parler de sa mère, sachez qu’en conférence de presse à Cannes, légèrement  intimidé, drôle, prolixe et adorable tout à la fois, Xavier Dolan a notamment glissé qu’il n’avait pas vraiment bien connu son père. Probablement cela lui vaut-il cette fascination pour la figure de la mère, que ce soit la sienne (J’ai tué ma mère), ou une mère diamétralement opposée comme le personnage joué par Anne Dorval dans Mommy.

Mommy n’est pas parfait – il n’en est pas si loin,  peut être un peu long -, mais il est assurément très bon, ce qui devrait lui valoir, risquons-y nous,  une [bonne] place au palmarès.

Adieu Au Langage – Faux adieux de Godard

Adieu au langage Affiche

Avec Adieu au langage, Godard fait preuve du talent de provocateur qu’on lui connait, et par provocation, il mériterait la palme d’or. Il propose plus en un film que l’ensemble des autres films en sélection. C’est abscons, hideux et sublime par instants. Il mélange tout ce qui lui passe par la tête en images. Le bon, et le pire. Le pire souvent, mais contrairement à Film Socialisme par exemple, il y a aussi le meilleur, la créativité. On dirait une oeuvre d’un jeune révolutionnaire qui veut tout réinventer. Le défi est de taille. Et il y parvient par instant, il nous montre, le premier, que le cinéma 3D peut être une révolution, comme l’a été la couleur. Il montre que de nouveaux plans sont possibles, qu’un nouveau langage peut naître et que l’on peut dire adieu aux anciens codes. Il propose des perspectives géniales.

On retrouve ses thèmes de prédilection, il parle d’histoire, de philosophie, de littérature, de peinture, de musique, de mort, de sexe, de guerre, de son chien, cite de grands noms comme des inconnus, il mélange le tout sans se poser la question si cela peut se comprendre, d’ailleurs, à quoi bon ?

Adieu Au Langage  ne peut que buzzer, barré, hyper créatif, très inégal, alternant le plus laid et le sublime, l’hyper complexité et la grande simplicité. C’est un film pour musée bien plus que pour les spectateurs. On déteste et on adore tout à la fois. Il n’emprunte à personne.

e5dcf15d50a57ab145469e4c4b5ff2b6
Il nous manquait un ou une interprète au dessus du lot dans cette sélection qui jusqu’à présent, par ailleurs, offrait certes une grande variété d’expressions, mais manquait de brio et d’inventivité.
Nous tenons notre prix d’interprétation (sexe à vérifier): Roxy Mieville, qui sous la caméra de son maître Godard, excelle dans l’expressivité.

 

Un magazine pour les cinéphiles