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Travelling Prague – Nos journaux critiques 2/4

Comme chaque année, nous vous proposons un journal critique pour vous laisser quelques avis sur les films présentés à Travelling que nous avons vu ou que nous découvrons.

L’échelle de notation qui y est appliquée est la suivante:

–         très mauvais film
*         film passable
**       bon film
***     très bon film
****   excellent film
***** chef d’œuvre

Seconde Partie : Une promenade à Prague



EIGHTY LETTERS
Osmdesát dopisu
République tchèque, 2011, 1:15, vostf
Avec Zuzana Lapcíková, Martin Pavlus, Gerald Turner
Tchécoslovaquie, 1987 : le père a déserté en Angleterre, la mère et son fils envisagent de quitter le pays pour le retrouver. Cette adaptation des souvenirs du réalisateur suit la journée particulière que vivent mère et fils confrontés au dédale bureaucratique communiste. Le cinéaste livre une histoire personnelle poignante sur la séparation et le désir de retrouvailles avec un être cher.


Notre avis: **/*

Premier long métrage de Vaclav Kadrnka, invité du festival Travelling, Eighty Letters dépeint en une journée ce que peut être la pression administrative d’un régime bureaucratique. Un jeune enfant accompagne sa mère dans sa demande de visa afin de rejoindre leur père émigré en Angleterre. En une unité de temps, le réalisateur dans un rythme lent décrit une journée de marche d’une cadence effrénée. Une attention très forte est portée sur les objets, les petits détails, davantage que sur les dialogues ; des plans serrés sur la marche, des bruits de pas qui résonnent et les portes qu’il faut franchir. De dialogue, il y en a d’ailleurs très peu ; le réalisateur arrive à dépeindre cette absence de communication propre à la méfiance qui règne encore lors de cette période de normalisation. Si Vaclav Kadrnka se défend d’emprunter un peu de son cinéma à Andrei Tarkovski ou Pasolini, c’est ici à ces deux réalisateurs que l’on pense instinctivement en regardant son film ; de l’utilisation de musiques communes, à cette manière d’essayer d’amener le spectateur à un état de grâce, essayant ici de jouer sur les sensations, plus que la signification.


LITTLE CRUSADER
Krizácek
République tchèque / Slovaquie / Italie, 2017,
1:30, vostf. Avec Karel Roden, Ales Bílík, Matous John, Jana Semerádová
Le petit Jan s’est enfui de chez lui après un rêve sur la sainte mission des enfants. Son père, vieillissant, le cherche de toutes les manières possibles, essayant de rattraper son fils, mais il arrive toujours trop tard. Peu à peu, l’image de son fils s’estompe… Au coeur d’un road movie médiéval épique et stylisé, le cinéaste dépeint un drame envoûtant qui invite le spectateur à une quête de sens.


Notre avis: ***

Le meilleur film du réalisateur, qui trouve ici un récit à la hauteur de son ambition. On songe à un Bresson devenu radical, à Tarkovski, voire à Bergman. Le réalisateur cite pourtant d’autres références, Hou Hsao Hsien, Eugène Green par exemple. Le travail sur les motifs et la lumière donne la matière au récit, que le scénario a volontairement réduit à un simple trajet d’un point A à un point indéterminé.


SAVING ONE WHO WAS DEAD
Zpráva o záchraně mrtvého

République tchèque / Slovaquie / France, 2021, 1:30, vostf
Avec Vojtech Dyk, Zuzana Mauréry, Petr Sal
Après un grave accident vasculaire cérébral, un homme tombe dans le coma. Sa femme et son fils sont soudainement confrontés à un corps immobile ; les médecins ne leur donnent pas beaucoup d’espoir. La personne bien-aimée est partie très loin et on ignore si un jour elle reviendra. Cette oeuvre semi-autobiographique explore avec finesse le monde transitoire entre la vie et la mort.


Notre avis: **

(avis fourni dans la section Séance spéciale)

Bohdan Sláma, l’humanisme intimiste
En sa présence


LES ABEILLES SAUVAGES
Divoké včely
République tchèque, 2001, 1:34, vostf
Avec Zdenek Rauser, Tatiana Vilhelmová
Dans un village reculé de la Moravie, toute la vie est centrée autour du débit de boisson. Après quarante ans de communisme, il ne reste qu’une église délabrée et des terrains agricoles laissés à l’abandon. Ce premier long métrage pose les premières pierres stylistiques du cinéaste qui s’attache à filmer à hauteur humaine une splendide série de portraits d’une sincérité déconcertante.

Notre avis:

SOMETHING LIKE HAPPINESS
Šteští
Rép. tchèque / Allemagne, 2005, 1:40, vostf, 35mm
Avec Tatiana Vilhelmová, Pavel Liska, Anna Geislerová
Radiographie d’un groupe de voisins habitant un quartier populaire d’une petite ville tchèque qui porte les cicatrices de l’industrialisation : une jeune femme espère rejoindre son fiancé émigré en Amérique, son ami d’enfance est secrètement amoureux d’elle, une mère délaisse ses enfants… Slàma saisit avec brio la vérité de ces fragments de vie à travers un travail acharné, dont seul le résultat subsiste à l’écran.

Notre avis: ***

Un scénario fort bien ficelé, un récit teinté de bons sentiments mais aussi de justesse. De nombreuses thématiques sont mises à l’écran de façon tout à la fois personnelles. Le réalisateur montre qu’il possède un sens de l’observation intéressant et uen capacité à le restituer. Puisant dans son histoire personnel, les différents portraits brossés nourrissent le récit amoureux. Surtout, le réalisateur parvient à travers son mélodrame à poser une question métaphorique et à conférer une vision de l’histoire simple une dimension et une portée beaucoup plus importante: Que faut-il faire quand on vit dans un pays en ruine, que l’on a chéri et que l’on a abhorré. Fuir, chercher l’ailleurs, ou le reconstruire de l’intérieur ? Brillant dans son concept, et bien interprété.



COUNTRY TEACHER
Venkovský Učitel
Allemagne / Rép. tchèque / France, 2009, 1:57, vostf,
35mm. Avec Pavel Liška, Zuzana Bydžovská
Professeur de biologie dans un lycée de Prague, Petr quitte un jour la capitale pour devenir instituteur dans un village de campagne. Les habitants s’interrogent sur les raisons qui ont pu le pousser à cet « exil ». Bohdan Sláma propose une vision délicate et authentique d’un monde où le bonheur n’est pas toujours là où on l’attend. Une expérience intime, émouvante, à la portée universelle.

Notre avis: ***

On retrouve toutes les qualités d’écriture de Slama. Un film dense, qui évoque un sujet universel, et résonne au niveau national. Très belle interprétation également.

ICE MOTHER
Bába z ledu
République tchèque, 2017, 1:45, vostf
Avec Zuzana Krónerová, Pavel Nový, Marek Daniel
Hana, soixante-sept ans, se sent seule depuis la mort de son mari. Lorsqu’elle sauve Broňa de la noyade, elle fait la connaissance de nageurs en eau libre dont la spécialité est de braver les rivières glacées. Avec eux, c’est tout un monde qui s’ouvre à elle et sa vie s’en trouve dès lors bouleversée. Le cinéaste nous offre le portrait rare et émouvant d’une femme vieillissante qui bouscule les
conventions.

Nore avis:

SHADOW COUNTRY
Krajina ve stínu AP République tchèque / Slovaquie, 2021, 2:15, vostf, N & B.

Avec Magdaléna Borová, Csongor Kassai, Stanislav Majer

Notre avis: ***

Dans son dernier long-métrage Bohdan Slama relate l’histoire d’un petit village tchèque à la frontière autrichienne pendant la seconde guerre mondiale. Dans un superbe noir et blanc, le film explore l’ambiguïté des frontières dans un village découpé maintes fois depuis le temps de l’Empire austro-hongrois. L’annexion au Reich est réclamée par certains, et divise les villageois. Bohdan Slama livre un récit ambitieux, qui n’est pas sans rappeler le Ruban Blanc de Haneke. Un film sombre, qui en dehors des cruautés de l’Histoire, rappelle que les luttes de pouvoirs internes, même dans la petite histoire, peuvent se révéler toutes aussi cruelles.

Jiří Menzel, la comédie est une arme !



UN ÉTÉ CAPRICIEUX
Rozmarné léto
Copie restaurée — Tchécoslovaquie, 1968,
1:16, vostf. Avec Rudolf Hrusínsky, Vlastimil Brodsky
Au cours d’un été pluvieux, la nonchalance d’un groupe d’amis vieillissants est troublée par l’arrivée d’un magicien itinérant et de son assistante, la belle Anna. Sensuelle et intimiste, cette partie de campagne, tirée d’une nouvelle de Vladislav Vančura, un des grands auteurs modernes de la littérature tchèque, est une oeuvre intemporelle, envoûtante et visuellement superbe.


Notre avis:

TRAINS ÉTROITEMENT SURVEILLÉS
Ostře sledované vlaky
Copie restaurée — Tchécoslovaquie, 1966, 1:33, vostf, N & B. Avec Václav Neckár, Josef Somr
Miloš travaille dans une petite gare tchèque pendant la Seconde Guerre mondiale. Tourmenté par sa timidité, il n’arrive pas à séduire la jolie contrôleuse qui pourtant s’offre à lui. Devant cet échec et désespéré de ne pouvoir exprimer ses sentiments, il tente de se suicider. Film tragi-comique inclassable, cocktail burlesque et détonnant, où se mêlent Histoire et intimité. Un chef-d’oeuvre !

Notre avis: ***


UNE BLONDE ÉMOUSTILLANTE
Postřižiny
Copie restaurée — Tchécoslovaquie, 1981,
1:38, vostf. Avec Magda Vásáryová, Jirí Schmitzer
Au début des années vingt, Francin dirige la brasserie d‘un village. Maryška, sa femme, par sa beauté, fait l’orgueil des villageois dont elle aime être entourée, ce qui agace fortement son mari. Un jour, Pépin, le frère de Francin, débarque et bouleverse ce petit monde… Une bouffée d’air frais qui nous
transporte au plus près des personnages dans cette comédie brillamment mise en scène.


Notre avis:


MON CHER PETIT VILLAGE
Vesnicko má stredisková
Tchécoslovaquie, 1985, 1:38, vostf
Avec János Bán, Marián Labuda, Rudolf Hrusínsky
La tranquille vie d’un village tchèque dans les années 1980 se voit perturbée lorsque Pavek décide de se débarrasser de son assistant Otik, un homme simple d’esprit, qui a le don d’accumuler les catastrophes autour de lui. Emplie de tendresse, cette comédie farfelue, à l’esthétique burlesque issue du
cinéma muet, donne aussi à voir les travers de la société d’alors.
Nommé aux Oscars du meilleur film étranger 1987.


Notre avis: