#Lumière2018 – Notre journal critique

Sections de la 10ème édition du Festival Lumière couvertes sur cette page  :

  • Jane Fonda : Prix Lumière 2018
  • Henry by Jane (Fonda)
  • La vérité sur Henri Decoin
  • Moments d’Hollywood : Richard Thorpe
  • Sublimes moments du muet
  • Invitation à Liv Ullmann
  • Invitation à Claude Lelouch
  • Invitation à Alfonso Cuarón
  • Nouvelles restaurations
  • Ressorties
  • Trésors et curiosités des archives

Jane Fonda : Prix Lumière 2018

La Poursuite impitoyable (1966, Arthur Penn)

Tarl, Texas, un samedi soir. Le jeune Bubber Reeves (Robert Redford) s’évade du pénitencier, un an avant la fin de sa peine, en compagnie d’un autre détenu. La situation s’aggrave lorsque ce dernier tue un automobiliste pour lui dérober sa voiture, laissant Bubber seul. Celui-ci tente alors de rejoindre sa femme Anna (Jane Fonda), afin de récupérer argent et vêtements et d’organiser sa fuite. La nouvelle de l’évasion a déjà filtré du bureau du shérif (Marlon Brando), la petite ville est en ébullition…

Notre avis (4/5) : La première partie de La poursuite impitoyable se révèle assez classique. Bien réalisée, elle gomme avec efficacité les aspects théâtreux de la pièce source dont Horton Foote était l’auteur. Ainsi, l’unité de lieu qui frappe les adaptations au cinéma des pièces de théâtre est ici imperceptible. Cette entame permet aussi de voir Marlon Brando incarné avec puissance un shérif débonnaire.

Arthur Penn rend honneur au titre de son film dans le dernier tiers de celui-ci. Un dernier tiers parfaitement réalisé et où une violence radicale (scènes de passage à tabac) imprègne La poursuite impitoyable. Les corps sont marqués et l’esprit des spectateurs également. Brando abandonne le caractère débonnaire de son personnage pour se livrer corps et âme dans la bataille. La mise en scène du final par le réalisateur est à l’avenant : imaginative, radical et sans concession. Cette violence qui marque la pellicule n’est pas sans annoncer celle de Bonnie and Clyde réalisé un an plus tard.

Julia (1977, Fred Zinnemann)

1934. Dans leur maison au bord de l’océan, Lillian Hellman (Jane Fonda), compagne de l’écrivain Dashiell Hammet (Jason Robards), tente de terminer sa première pièce. Elle se remémore son amie d’enfance, Julia (Vanessa Redgrave), issue d’une riche famille new-yorkaise, et qui est partie poursuivre ses études à Vienne. Encouragée par Dashiell, Lillian s’embarque pour Paris afin d’achever l’écriture de sa pièce. Elle contacte Julia, qu’elle apprend grièvement blessée lors de l’attaque de l’université par un groupe fasciste. Lillian part alors pour Vienne…

Notre avis (2/5) : Julia de Fred Zinnemann est frappé un film sans aspérité et parfaitement formaté pour une distribution internationale. L’usage de filtres permet de faire scintiller les images de certaines séquences, ce qui rend le rendu visuel « joli ». Les dialogues insuffisamment écrits restent superficiels malgré la période dépeinte et véhiculent de nombreux clichés. Le vocabulaire utilisé est choisi avec soin pour sa simplicité alors qu’il est question d’un personnage écrivain (Lillian Hellman). Il n’expose nullement le film à la moindre ambiguïté.

Une fois sur les rails, Julia semble être téléguidé à distance à l’image de son personnage principal, interprété par Jane Fonda, lancé dans un voyage dont l’épilogue ne manquera pas de décevoir. Zinnemann peut cependant se targuer d’offrir deux premiers rôles à Meryl Streep et Lambert Wilson.


Henry by Jane (Fonda)

Vers sa destinée (1939, John Ford)

À la mort de la femme qu’il aimait, le jeune Abraham Lincoln (Henry Fonda) se rend à Springfield pour y étudier le droit. Avocat débutant, il est chargé de défendre Matt et Adam Clay (Richard Cromwell, Eddie Quillan), deux frères soupçonnés de meurtre. Tout semble les accuser, et le procès débute dans une atmosphère houleuse…

Notre avis (2.5/5) : Dans Vers sa destinée, John Ford utilise le langage du corps et la maladresse du jeune Abraham Lincoln pour surligner l’opposition de langage et d’avis de celui-ci par rapport à son audience, la population de Springfield, petite bourgade. L’opposition est notamment figurée par la posture physique d’Henry Fonda qui interprète le jeune avocat Lincoln (c’est en position allongée que son esprit s’élève). L’acteur joue de la maladresse physique de son personnage (scène du bal par exemple) avec une certaine raideur.

Pour le cinéaste, ce film est notamment l’occasion d’aborder un thème qui lui sera fétiche : la tricherie politique. Le premier tiers de Vers sa destinée n’intéresse guère. On y voit Lincoln dans un quotidien banal encore loin des sphères politiques. Puis vient le procès annoncé par le synopsis et dans lequel Lincoln intervient en tant qu’avocat de la défense. Si cette seconde partie est techniquement bien sa tenue souffre de deux maux. D’abord, le procès paraît par instant parodique notamment par la mise en scène de quelques personnages archétypaux. Ensuite, son déroulement est peu vraisemblable d’un point de vue juridique. En cela Vers sa destinée subit le poids d’une erreur de jugement faible et mal construite qui amènera à l’ouverture du procès, cœur du film.

Les Raisins de la colère (1940, John Ford)

L’Oklahoma, au début des années 1930. Après quatre années d’incarcération, Tom Joad (Henry Fonda) rejoint la ferme familiale. Mais à son arrivée, la maison est vide. Il découvre que les compagnies propriétaires des terres ont expulsé tous les métayers qui les exploitaient. La famille Joad a pris la route pour la Californie…

Notre avis (-/5) : A venir.

Un cœur pris au piège (1941, Preston Sturges)

Fils d’un riche industriel, Charles Pike (Henry Fonda) revient d’Amazonie où il a étudié les serpents. Sur le paquebot qui le ramène aux États-Unis, il rencontre la belle Jean (Barbara Stanwyck) et son père (Charles Coburn). Le jeune homme, naïf, tombe dans les bras de la belle et dans les filets de ce duo d’escrocs. Découvrant la vérité, Charles s’enfuit. Mais Jean veut sa revanche et se fait passer pour une aristocrate britannique…

Notre avis (2/5) : Cette screwball comedy n’est ni meilleure ni plus mauvaise que de nombreux autres films appartenant à ce genre cinématographique. Un cœur pris au piège s’avère classique tant dans son contenu que dans sa forme.

Sur le contenu et comme attendu, les gags se suivent à un rythme dicté par le genre quitte à ce que certains d’entre eux soient mis en scène plusieurs fois pour faire bonne mesure. Sur la forme, Preston Sturges procède par une succession de plans fixes. Les rares mouvements de caméra observés sont simples et courts.

L’intérêt principal du film réside dans le personnage de Charles Pike interprété par un Henry Fonda encore trentenaire. Il œuvre ici dans un genre de cinéma qui ne sera pas celui qui fera sa renommée.

Tempête à Washington (1962, Otto Preminger)

La stupeur s’abat sur Washington lorsqu’on apprend que le président des États-Unis (Franchot Tone), gravement malade, demande au Sénat de voter la nomination au poste de secrétaire d’État d’une des figures politiques les plus controversées, Robert Leffingwell (Henry Fonda). La majorité du parti présidentiel se range derrière lui, mais le sénateur de Caroline du Sud, Seabright Cooley (Charles Laughton), ennemi personnel du candidat, fait tout pour empêcher un vote favorable.

Notre avis (3.5/5) : Dans Tempête sur Washington, Henry Fonda incarne le personnage central qui n’est pas pour autant le protagoniste principal. A l’écran, les spectateurs auront plus loisirs à voir apparaître d’autres acteurs excellemment dirigés que sont Franchot Tone, Lew Ayres, Charles Laughton (à l’accent sudiste), etc.

De son adaptation au cinéma d’un livre d’Allen Drury, Otto Preminger déploie un film discursif sur les jeux de pouvoir, manipulations et autres coups bas qui ont cours dans la sphère sénatoriale américaine. Autant de grains de sable qui viendront gripper une institution ancienne bien rodée. D’un romain républicain, le réalisateur tire un propos politique plus neutre qu’attendu volontiers plus centré sur les interactions entre les différents hommes politiques mis en scène. En biais, Preminger ne manque pas d’épingler les pratiques du maccarthysme, les parjures ainsi que les opinions conservatrices face à la question de l’homosexualité (la scène tournée dans un bar gay n’aura pas été supprimée par le réalisateur malgré les nombreuses pressions subies).

L’Étrangleur de Boston (1968, Richard Fleischer)

Une femme a été étranglée et violée dans son appartement d’un quartier populaire de Boston. Plusieurs enquêteurs sont en charge du dossier, des suspects sont interrogés, mais l’enquête n’aboutit pas. D’autres meurtres de femmes seules sont de nouveau commis, selon le même mode opératoire. Les médias alertent la population, la panique s’empare de la ville. De nombreux maniaques sexuels sont interrogés, en vain. L’attorney général du Massachussetts (William Marshall) persuade son assistant, John S. Bottomly (Henry Fonda), de prendre la direction d’un bureau spécial chargé de capturer l’assassin.

Notre avis (-/5) : Non vu.


La vérité sur Henri Decoin

Toboggan (1934, Henri Decoin)

Georges Romanet (Georges Carpentier) était un populaire champion de boxe. Retiré du sport, il est devenu vendeur de journaux. Lorsque, lors d’une réunion de boxe, des spectateurs le reconnaissent et l’ovationnent, Anderson (Paul Amiot), un organisateur de combats, lui propose de remonter sur le ring…

Notre avis (3.5/5) : Toboggan se révèle être avec Les inconnus dans la maison le film le plus personnel d’Henri Decoin. Dans ce deuxième long-métrage, le cinéaste, également champion sportif (natation), met en scène Georges Carpentier, acteur non professionnel mais sportif accompli. Par l’emploi de cet ancien champion du monde de boxe, Decoin pare son film sur la boxe d’attributs proches du documentaire.

Comme dans de nombreux films du cinéaste, le protagoniste principal interprété par Carpentier, une fois à terre est appelé à se relever. L’univers du film est essentiellement masculin et respire les années 30 au rythme de l’accordéon, principal instrument peuplant la bande son du film. Les membres du sexe faible ont juste un droit de citer et c’est pourtant le personnage féminin endossé par Arlette Marchal qui détient la clé de l’intrigue. Pour le personnage de Lisa comme pour celui de Carpentier, le cinéaste interroge les choix qui doivent être faits entre l’amour et la célébrité, la tricherie ou l’honnêteté.

La dernière partie de Toboggan est quasi exclusivement consacré au combat de boxe à mener. Decoin filme celui-ci tantôt depuis les tribunes, au milieu des spectateurs, tantôt depuis le ring, au plus proche des deux combattants. La boxe est un sport exigeant qui requiert du style. Le cinéaste se met au diapason du sport qu’il filme. Sa mise en scène est déjà très maitrisée et fait preuve d’un style certain et extrêmement moderne sur les séquences tournées au plus près des deux boxeurs.

Battement de cœur (1940, Henri Decoin)

Arlette (Danielle Darrieux), jeune orpheline, s’évade de maison de correction. Par le biais d’une petite annonce, elle intègre une étonnante école de pickpockets, tenue par Monsieur Aristide (Saturnin Fabre). Embrigadée, Arlette se voit contrainte de voler afin de réunir la somme nécessaire pour un mariage arrangé, seule solution à ses yeux pour se sortir de ce mauvais pas. Mais elle s’en prend sans le savoir au comte d’Argay (André Luguet), ambassadeur. La victime ne la dénonce pas, et lui impose un marché…

Ambassadeur Lumière pour ce film, Robert Hossein, « 90 berges sans se teindre les cheveux », continue de travailler « si Dieu le veut » sur deux projets. Le premier traite d’un double sujet qui lui est sensible : le respect des races et des religions. Le deuxième prévu pour 2019 sera un spectacle de type comédie musicale composé de vingt tableaux célébrant autant de Français célèbres tels que Jeanne d’Arc Napoléon ou encore Simone Veil.

En 1938, Battement de cœur (dont le remake américain n’a jamais été distribué en France) matérialise la sixième collaboration entre Henri Decoin et l’actrice Danielle Darrieux alors âgées de 23 ans. Alors unis sur les plateaux comme à la ville, le cinéaste et sa muse collaboreront encore même après leur divorce jusqu’à La vérité sur Bébé Donge réalisé en 1951.

Notre avis (3.5/5) : Si Battement de cœur est une comédie classique, voire convenue dans sa partie romancée, ce film se révèle par ailleurs beaucoup plus mordant. Ainsi le prologue donne à voir un excellent Saturnin Fabre en professeur ès pickpocket et permet d’introniser le personnage interprété par Julien Carette dans un rôle voisin de celui tenu chez Jean Renoir pour La règle du jeu (1939). La galerie de personnages secondaires est large et variée entre les élèves du professeur Aristide et un Jean Tissier parfaitement à son aise en ami dans le besoin. Avec Battement de cœur Henri Decoin réalise une comédie enlevée et plaisante.

Non coupable (1947, Henri Decoin)

Dans une petite ville près de Chartres, le docteur Ancelin (Michel Simon) est un homme médiocre, et en outre un ivrogne invétéré. Un soir d’ivresse, en voiture avec sa compagne Madeleine (Jany Holt), il tue par accident un homme à moto. Il maquille la scène de l’accident, et n’est pas inquiété par la police. Il se sent alors grisé par cette soudaine impunité…

Notre avis (4/5) : La restauration récente de Non coupable d’Henri Decoin a permis de découvrir une fin alternative à ce film. Les deux épilogues seront distribués dans le coffret DVD à venir et sont projetés ce soir.

Le scénario imaginé par Marc-Gilbert Sauvajon et sur lequel Decoin a aussi beaucoup travaillé met en œuvre une mécanique dramatique redoutable autour du docteur Michel Ancelin interprété par Michel Simon. Pour renforcer le drame mis en image, le réalisateur complète sa narration en abordant la lutte contre l’alcoolisme à travers son personnage principal. La photographie de Jacques Lemare faite de nombreux contre-jours contribue aussi à renforcer la noirceur de Non coupable. Au détour d’une scène, les traits de Michel Simon éclairés par les seules lueurs venant d’un feu de cheminée paraissent être ceux du diable.

La Vérité sur Bébé Donge (1952, Henri Decoin)

François Donge (Jean Gabin), riche industriel provincial, est hospitalisé, rongé par un mal inconnu. On soupçonne une intoxication alimentaire. Mais c’est bien Élisabeth (Danielle Darrieux), son épouse, surnommée Bébé, qui l’a empoisonné. Sur son lit d’hôpital, François revit ses dix années de mariage, dix années de désintérêt pour la vie conjugale…

Notre avis (3/5) : Dans La vérité sur bébé Donge (1952), Henri Decoin met en images l’adaptation fort bien écrite par Maurice Aubergé du roman éponyme de Georges Simenon. Le film décline le portrait intimiste et féministe d’une femme incarnée par Danielle Darrieux. Le regard que pose le cinéaste sur son ex épouse est touchant. L’amour toujours présent transcende les plans qui mettent joliment en valeur l’actrice.

L’autre intérêt du film réside dans la composition proposée par Jean Gabin. Dans un rôle qui lui sera peu commun, Gabin interprète un mari violent, un homme négatif et pessimiste, mourant… de remords.


Moments d’Hollywood : Richard Thorpe

Trois petits mots (1950, Richard Thorpe)

Bert Kalmar (Fred Astaire), artiste de music-hall, se produit avec sa partenaire et petite amie Jessie Brown (Vera-Ellen). Bert se passionne également pour la magie. Lorsqu’il demande à Jessie de l’épouser, celle-ci refuse, exigeant qu’il cesse de se disperser. Alors qu’il monte un numéro de magie sous le nom de « Kendall le Grand », Bert rencontre Harry Ruby (Red Skelton), compositeur, qui, embauché comme assistant, fait lamentablement échouer le show. Quelques temps plus tard, pendant une représentation, Bert se blesse au genou : on lui annonce qu’il ne pourra plus danser pendant de longs mois. Il revoit alors Harry, qui est à la recherche d’un parolier…

Notre avis (-/5) : Non vu.


Sublimes moments du muet

Sur un air de charleston (1927, Jean Renoir)

Dans un futur indéterminé, qui a vu la déroute de la civilisation, un explorateur aérien (Johnny Higgins) atterrit avec son ballon dans un Paris en ruines. Il rencontre une « sauvage » (Catherine Hessling) férue de charleston. Il l’observe puis se mêle à la danse.

Notre avis (3/5) : Ce court métrage très simple de Jean Renoir est influencé par les ballets mécaniques. Il met en opposition d’une part Catherine Hessling muse et épouse du cinéaste, et d’autre part Johnny Hudgins dans un numéro de black face. Il y a là une première dualité entre un personnage féminin et un autre masculin renforcée par la couleur de peau des deux protagonistes. L’autre opposition est celle d’une professeure de danse et de son élève sachant que celui-ci n’a aucunement besoin de cours de danse puisqu’il était danseur, entre autres, dans la vie. Durant les quelques minutes qu’elle dure, sa scène de charleston figure tout le Vaudeville américain de la Belle Époque.

L’autre intérêt de ce court-métrage très simple réside dans la figuration d’un Paris post-apocalyptique, celui de… 2028. On pourra regretter que la musique de Sur un air de charleston n’ait jamais été enregistrée et donc perdue à jamais.

La Petite Marchande d’allumettes (1928, Jean Renoir)

Dans une rue, un soir d’hiver, Karen (Catherine Hessling), une vendeuse d’allumettes transie de froid, tente de se réchauffer en brûlant une à une ce qui constitue son gagne-pain. Elle s’endort dans la neige contre une palissade et rêve qu’elle entre dans un magasin de jouets…

Notre avis (2.5/5) : En comparaison avec Sur un air de charleston, La petite marchande d’allumettes réalisé un an plus tard se révèle plus normé et moins bricolé que son aîné. L’adaptation du conte d’Andersen est très libre et met en scène Catherine Hessling, épouse de Jean Renoir, dans le rôle-titre. Avec l’avènement du cinéma parlant, la bande sonore disposée à droite de l’image réduit la taille de celle-ci du standard 1.33 au ratio de 1.20.

Entre réalisme poétique et fantastique, La petite marchande d’allumettes fut le premier film dont la sortie en salle fut retardée à cause de questions de droits d’auteurs. L’interdiction de distribution résolue au bout d’un an, la sortie de ce court-métrage muet en salle intervient en 1928 sans succès car, entre-temps, le cinéma parlant était apparu.

Les Ruses de Malec, Frigo capitaine au long cours, Les parents de ma femme (1920 à 1922, Buster Keaton et Eddie Cline)

Trois courts métrages, superbement restaurés, premiers films coréalisés par Buster Keaton, à voir et revoir. Au programme : deux colocataires, ouvriers agricoles, qui s’amourachent de la fille du fermier ; un père de famille qui embarque les siens pour une croisière à bord du bateau qu’il vient tout juste de construire ; et un homme qui, à la suite d’un quiproquo, se retrouve marié à une affreuse mégère…

Notre avis (4/5) : Les trois courts-métrages composant ce programme sont bien sûr interprétés par Buster Keaton mais aussi coréalisés par l’acteur et Eddie Cline.

Du premier, Les Ruses de Malec (1920), entre autres ingéniosités, retenons cette maison où toutes les pièces tiennent en une seule. Les astuces d’automatisation couplées à un sens de l’ergonomie sont particulièrement étudiées. Ainsi, chaque objet fait sens et fait l’objet d’une mise en scène d’une redoutable précision.

Du second, Frigo capitaine au long cours (1921), comment ne pas retenir ce bateau (dé)fait maison, le « Jensairien », sur lequel Keaton embarque pour le grand large avec femme et enfants. Un périple humide marqué par quelques prouesses techniques de tournages qui viennent compléter les nombreuses prouesses physiques du réalisateur-acteur. Ce court-métrage burlesque se démarque des autres par un côté dramatique peu commun dans la filmographie de Keaton.

Le troisième court-métrage, Les parents de ma femme (1922), est animé par des situations burlesques plus mécaniques. Il présente cependant l’originalité de s’appuyer, au temps du cinéma muet, sur des quiproquos nés de l’incompréhension entre les protagonistes, certains parlant polonais et d’autres américain. Pour un film muet, il est ainsi peu fréquent de voir les intertitres doublés : ils apparaissent en polonais avant d’être suivis de leurs homologues en langue anglaise.

Le retour de Max Linder

En avant-séance, Thierry Frémaux a annoncé la création de l’Institut Max Linder. La création de ce nouvel Institut fait suite au leg testamentaire de Maud Linder fille du cinéaste et au refus de la ville de Bordeaux, dont était originaire Max Linder, d’honorer cette volonté testamentaire.

Notre avis (3/5) : Le programme projeté à l’écran et composé de cinq courts-métrages démontre les appétences pour le burlesque de Max Linder. Chez Linder, ce burlesque joue souvent sur la mise en interaction de personnages aux attitudes et caractères opposés et sur le comique de situations rocambolesques dont Une belle-mère encombrante est un joli exemple. Notons aussi la belle trouvaille de mise en scène qui dans Max pédicure (1924) fait s’animer de concert personnages et décors.

Paris qui dort (1924, René Clair)

En se réveillant un matin, le gardien de nuit de la tour Eiffel, Albert (Henri Rollan), découvre que Paris est entièrement endormi. Il arpente les rues vides où les rares personnes qu’il croise sont figées dans leur mouvement. Par l’effet d’un rayon mystérieux de son invention, un savant fou a engourdi la capitale et ses habitants. Six rescapés y ont échappé : ils s’enchantent alors de découvrir un Paris ouvert à toutes leurs fantaisies.

Notre avis (2.5/5) : Film non projeté car non encore totalement restauré. En lieu et place, c’est le film La tour réalisé par René Clair en 1929 qui est projeté en version 35 mm non restaurée. Ce court-métrage retrace l’histoire de l’édification de la Tour Eiffel. Ce film, sorte de poème métallique, s’éloigne des réalisations surréalistes que le metteur en scène avait produit durant les années précédentes.

Entr’acte (1924, René Clair)

Une danseuse barbue (Inge Frïss). Une partie d’échecs (entre Man Ray et Marcel Duchamp) troublée par un jet d’eau. Un chasseur tyrolien (Jean Börlin) tué par son auteur (Francis Picabia). Un corbillard traîné par un chameau. La chute du prestidigitateur (Jean Börlin) qui escamote tous les personnages avant de s’escamoter lui-même.

Notre avis (3.5/5) : Ce court métrage de commande a été réalisé en 1924 par René Clair pour service, comme son titre l’indique, d’entracte à un ballet suédois. Sa première partie présente les acteurs et avait été diffusée avant le début dudit ballet alors que la deuxième partie (séquence du corbillard) servait de réel entracte entre les deux parties du spectacle.

Dans Entracte, René Clair filme le mouvement quasiment sans discontinuité. Aux images et séquences obtenues, le cinéaste s’applique à utiliser tous les trucages possibles de l’époque. Ainsi, ce court-métrage particulièrement surréaliste mêle les ralentis, les transparences, les prismes et les diffusions à l’envers des photogrammes. Clair ne cesse d’expérimenter jusqu’à proposer un splitscreen partageant l’écran en trois zones diagonales.

O Táxi n°9297 (1927, Reinaldo Ferreira)

Jeune officier de l’armée américaine, le lieutenant Hair (Alves da Costa) arrive à Lisbonne en tant qu’attaché militaire. Il fait par hasard la connaissance d’Arsénio de Castro (Alexandre Amores) qui se présente à lui comme l’homme à la plus mauvaise réputation du Portugal… Très vite, les deux hommes deviennent inséparables. Invités par l’extravagant millionnaire Horácio Azevedo (Alberto Miranda) à passer quelques jours dans sa propriété de Bretolho, ils font la connaissance d’Eva (Fernanda Alves da Costa), jeune martyre de la maison.

Notre avis (2/5) : Écrivain et journaliste, Reinaldo Ferreira a inspiré O Táxi n°9297 d’un fait réel : meurtre mystérieux d’une comédienne de théâtre dans le taxi-titre. Ce film muet portugais rare de plus de deux heures est découpé en un prologue et huit parties. Ce découpage arbitraire semble n’être justifié que par le souhait de faire des parties de longueurs égales, en l’occurrence une quinzaine de minutes environ. Les intertitres très nombreux au fil d’un récit étiré sont très remplis au point pour certains de nécessiter d’être doublés.

Cette double caractéristique – découpage en « chapitres » et intertitres verbeux – témoigne que Reinaldo Ferreira était avant tout journaliste et écrivain. O Táxi n°9297 s’avère au final d’une réalisation moderne qui nait d’un récit et d’une aspect visuel (à peine note-t-on l’usage sporadique de filtres de couleur) sobres.

Kinemacolor – 2 (1902-1914)

Après un premier voyage lors de Lumière 2017, une nouvelle plongée dans la magie du cinéma en couleurs des premiers temps, à travers une sélection de vues et courts métrages, sélectionnés par Gian Luca Farinelli, directeur de la Cineteca di Bologna.

Notre avis (4/5) : Cette séance concoctée et commentée en direct par Gian Luca Farinelli a fait défiler sur l’écran de la salle 1 de l’Institut Lumière de multiples courts-métrages réalisés entre 1906 et 1914. Souvent non narratifs et à visée documentaire, ces « petits » films présentent un point commun : ils sont en couleurs. Qu’ils soient peints à la main ou au pochoir ou via l’utilisation de la technique dite « virage » (le blanc demeure blanc mais le noir prend une couleur), qu’ils relèvent de la bichromie ou de la trichromie, ils ont été autant de délicieuses étapes dans un doux et incomparable voyage dans le temps.

Les commentaires savants de Gian Luca Farinelli ont servi de guides à l’audience dans cette déambulation surprenante durant laquelle le maître de cérémonie qualifia fort justement le coloriage de « deuxième tournage ».


Invitation à Liv Ullmann

Les Émigrants (1971, Jan Troell)

Un village suédois, en 1844. Kristina (Liv Ullmann) et Karl Oskar Nillsson (Max von Sydow), tentent de survivre avec les ressources de leur petite ferme, en se tuant au travail. Ils décident alors de quitter la Suède et s’embarquent pour l’Amérique, en compagnie d’une communauté de fermiers.

Notre avis (4/5) : Liv Ullmann et Max von Sydow, deux acteurs bergmaniens, forment le couple central d’une saga en deux parties s’étendant sur plus de trois heures. La première partie concerne la vie en Suède des protagonistes et leur départ en exil. La seconde moitié est consacrée à leur traversée de l’Atlantique et au terme de leur exil qui les amènera en terres californiennes. Jan Troell ne déroge pas à un récit strictement chronologique qui, dans sa deuxième partie, n’échappe pas à une mécanique d’enchaînement des événements rapidement suivis de leurs conséquences et sans interpénétration avec les autres faits et gestes. En dehors du couple formé par Ullmann et von Sydow, la destinée des personnages secondaires parait traitée en pointillés.

Néanmoins, Troell livre avec Les émigrants une adaptation cinématographique ambitieuse de l’œuvre littéraire source : La saga des émigrants de Vilhelm Moberg. Le film est sans aucun doute possible le fruit d’une longue écriture soignée et respectueuse de cette saga littéraire.


Invitation à Claude Lelouch

Itinéraire d’un enfant gâté (1988, Claude Lelouch)

Abandonné, encore enfant, par sa mère, Sam (Jean-Paul Belmondo) est recueilli dans un cirque. Il y grandit, s’y épanouit avec ceux qui deviennent sa vraie famille. Après un accident, il se reconvertit dans l’industrie et crée une florissante entreprise de nettoyage. Ses enfants, son ex-femme Corinne (Béatrice Agenin), tous lui témoignent amour et affection. Mais Sam s’ennuie et décide de tout plaquer. Il part sur son voilier sans date de retour et finalement, se fait porter disparu. Une nouvelle vie commence.

Notre avis (3/5) :

#Lumière2018 – Itinéraire d’un enfant gâté (1988, Claude Lelouch)


Invitation à Alfonso Cuarón

Sólo con tu pareja (1991, Alfonso Cuarón)

Tomás (Daniel Giménez Cacho) est un coureur de jupons. Une de ses conquêtes, Silvia (Dobrina Cristeva), découvrant qu’il la trompe, décide de le piéger : elle lui annonce qu’il est atteint du sida. Alors qu’il cherche à mettre fin à ses jours, Tomás rencontre Clarisa (Claudia Ramírez), une hôtesse de l’air qui, soupçonnant son amant d’avoir une liaison, veut également se suicider.

Notre avis (2/5) : Solo con tu pareja est une comédie empruntant aux teen movies. Ce premier film d’Alfonso Cuaron n’est certainement pas celui de la maturité tant sur le fond que sur la forme.

Ainsi, le réalisateur appuie les aspects humoristiques de son film sur des gags étirés à l’extrême et/ou répétitifs. L’autre pilier sur lequel repose Solo con tu pareja est celui d’un comique né de situations incongrues plutôt que sur des dialogues qui restent banals, voire indigents.

Concernant les aspects formels du film, Cuaron s’adonne à quelques gimmicks parfaitement inutiles et inappropriés par rapport aux actions filmées. Solo con tu pareja contient peu de valeurs cinématographiques. Ses attributs sont plutôt ceux des comédies qui hantent les programmes télévisés des dimanches soir.

Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 (1976, Alain Tanner)

À Genève, en 1975, va naître Jonas, quatrième enfant de Mathieu Vernier (Rufus), typographe au chômage, et de son épouse Mathilde (Myriam Boyer), ouvrière en usine. Le couple croise six autres « prophètes », déçus, comme eux, de mai 1968. Pourtant, tous rêvent d’un monde meilleur pour Jonas, qui porte tous leurs espoirs et qui, venant au monde à la fin du film, aura 25 ans en l’an 2000.

Notre avis (3.5/5) : En 1975, Alain Tanner réalise Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 pour tirer un premier bilan des évènements de 1968. L’utopie a disparu pour laisser la place au désenchantement. Les personnages semblent tout aussi désemparés qu’auparavant.

Entre bestiaire et potager, plus de quarante ans après sa réalisation, ce film pourrait être aujourd’hui qualifié de film éco-citoyen. Malgré un discours politique désabusé, Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 reste un film joyeux, assurément libre, indéniablement militant et un peu libertaire dans sa redéfinition des désirs.

L’ensemble est réjouissant, toujours d’actualité et animé par un casting parfait avec Jean-Luc Bideau, Jacques Denis, Miou-Miou, Rufus.

Walkover (1965, Jerzy Skolimowski)

Une jeune fille se jette sous un train. Dans la foule, Andrzej (Jerzy Skolimowski) retrouve une ancienne amie (Teresa Karczewska) avec qui il était à l’université. Il en a été exclu, elle en est sortie diplômée. Il décide de l’accompagner dans le combinat où elle est embauchée. Puis il déambule dans sa ville en quête d’une activité, d’un peu d’action. Et finit par participer à un match de boxe.

Notre avis (4.5/5) : Le premier film réalisé par Jerzy Skolimowski est remarquable à plus d’un titre. Le réalisateur y figure en tant qu’acteur principal et apparaît dans tous les plans de Walkover. D’une durée courte (1h17), ce film a été tourné en 29 plans-séquences dont le plus long s’étire sur 11 minutes. Plus étonnant encore, chaque plan est une proposition cinématographique en soi et certains enferment des mouvements de caméra amples et complexes. Enfin, les cadres composés offrent des arrière-plans également animés et riches en informations.

Dès ce premier film tourné en une quinzaine de jours, Skolimowski montre l’étendue de son talent de metteur en scène et toute son acuité cinématographique. La pertinence du système mis en œuvre saute aux yeux, comme une évidence. Indéniablement, Walkover est un premier film qui ne pouvait être réalisé que par un grand cinéaste.


Nouvelles restaurations

L’Équipage (1935, Anatole Litvak)

En 1918, Jean Herbillon (Jean-Pierre Aumont) doit rejoindre le front en tant qu’aviateur. Denise (Annabella), qu’il connaît depuis peu et dont il est amoureux, vient lui dire au revoir. Arrivé à destination, il fait la connaissance de l’escadrille et de son chef, l’intrépide capitaine Thélis (Jean Murat). Tenu responsable de la mort de son coéquipier, le lieutenant Claude Maury (Charles Vanel) est, lui, mis à l’écart. Jean se lie d’amitié avec ce dernier, introverti et tourmenté.

Notre avis (3.5/5) : L’équipage d’Anatole Litvak est un film rare qui a fait récemment l’objet d’une restauration 4K depuis une pellicule 35mm nitrate.

L’ambiance de la première Guerre Mondiale est rapidement instaurée et maintenue dans le film par les scènes de cabaret et les chansons au rythme de l’accordéon. Le roman adapté et les dialogues du film sont l’œuvre de Joseph Kessel et font le reste.

L’interprétation de Jean-Pierre Aumont manque un peu de relief. Elle est parfaitement contrebalancée par celle de Charles Vanel. La composition qu’il fournit de son personnage solitaire car mal aimé est une fois de plus remarquable.

La mise en scène de Litvak se révèle à la fois lyrique et retenue. La reconstitution de séquences de combats, notamment aériens, de la Première Guerre mondiale sont remarquables pour l’époque. De nombreuses scènes sont admirablement filmées. Citons entre autres ce délicat travelling sur l’actrice Annabella qui erre sur un trottoir et fend sans y prêter attention un groupe de combattants anonymes revenant du front.

Les Forbans de la nuit (1950, Jules Dassin)

Soho, Londres. Harry Fabian (Richard Widmark), rabatteur de boîtes de nuit, est toujours à l’affût de la combine qui fera de lui un caïd. Rêvant de s’enrichir, il échafaude des projets que personne ne prend au sérieux, pas même sa fiancée, Mary Bristol (Gene Tierney). Un jour, Harry parvient à persuader Gregorius (Stanislaus Zbyszko), ex-champion de lutte gréco-romaine, de s’associer avec lui pour un match. Il compte s’attaquer au marché du fils de Gregorius, Kristo (Herbert Lom). Mais le match tourne mal…

Notre avis (-/5) : A venir.

Au cœur de la vie (1963, Robert Enrico)

Trois récits situés pendant la guerre de Sécession. Chickamauga : un enfant sourd-muet s’égare dans un champ de bataille et croit qu’il s’agit d’un spectacle de cirque. L’Oiseau moqueur : une sentinelle tente de découvrir l’identité de l’homme qu’elle a abattu pendant la nuit. La Rivière du hibou : sur le point d’être pendu, un homme croit pouvoir s’échapper…

Notre avis (3/5) : Composé en 1968, ce triptyque a été peu distribués en son temps. Les trois courts-métrages regroupés sous le titre de Au cœur de la vie marquent les débuts dans le cinéma d’auteur de Robert Enrico. La carrière de ce cinéaste prendra ensuite des voies plus populaires avec des réalisations à succès comme Les grandes gueules ou Le vieux fusil.

Appartenant au cinéma d’auteur ou au cinéma populaire, les réalisations du cinéaste ont la guerre pour thématique commune. Ici, les trois courts-métrages qui nous sont proposés offrent trois visions de la guerre de Sécession (tournée en France) à trois âges différents : jeune homme, enfant puis âge adulte. Ces trois films ont pour points communs la nature, des protagonistes en fuite, des travellings latéraux plaçant une végétation plus ou moins abondante entre la caméra et les personnages filmés et des rêves expiatoires pour fuir la réalité, celle de la guerre.

Les deux premiers courts-métrages, L’oiseau moqueur et Chickamauga, sont alourdis par une narration très diffuse et une mise en scène faisant traîner et musarder les événements. Par contre, l’ultime segment, La rivière du hibou est étonnant et remarquablement composé.


Ressorties

Menace dans la nuit (1951, John Berry)

Nick (John Garfield), un petit malfrat, tue un flic après avoir commis un hold-up. Pour échapper aux recherches, il se cache dans une piscine et fait la connaissance de Peggy Dobbs (Shelley Winters). Il flirte avec la jeune fille et l’accompagne chez elle. Très vite, Nick, traqué, se révèle menaçant et terrorise les parents, qui n’osent pas le livrer à la police…

Avant la projection du film, Bertrand Tavernier précisa que Menace dans la nuit fut le dernier film américain réalisé par John Berry. Menacé par le maccarthysme, le réalisateur fut contraint de s’exiler en France où il entama une seconde carrière avec Eddie Constantine pour acteur fétiche et fut la voix américaine de Jean Gabin.

Menace dans la nuit présente des ressemblances avec Les forbans de la nuit (1950, Jules Dassin) et Le rôdeur (1951, Joseph Losey). Bien que non crédité au générique, le scénariste de Menace dans la nuit est le même que celui du Rôdeur, à savoir Dalton Trumbo.

Notre avis (3/5) : Menace dans la nuit est un pur film de série noire américain. Le scénario imaginé par Dalton Trumbo est d’une extrême concision ce qui explique pleinement la courte durée du film (77 minutes). Le récit se déroule essentiellement en huis-clos dans l’appartement de la famille Dobbs et laisse planer le doute sur certains personnages susceptibles de jouer un double-jeu. L’ambiance et le climat oppressants que parvient à instaurer John Berry provient d’une mise en scène qui s’attache à placer les décors de Harry Horner au centre des enjeux et des émotions. Pour ce qui sera son dernier rôle au cinéma, John Garfield interprète avec brio le sens de la culpabilité du personnage principal du film tout en s’éloignant significativement des canons de l’incarnation du rêve américain.

Paris est toujours Paris (1951, Luciano Emmer)

Un groupe de touristes italiens vient passer vingt-quatre heures à Paris à l’occasion d’un match de football France-Italie. Il y a le père (Aldo Fabrizi), la mère (Ave Ninchi), la fille (Lucia Bosè), le fiancé de la fille (Marcello Mastroianni), un jeune homme de 18 ans (Franco Interlenghi), deux amis inséparables (Paolo Panelli et Carlo Sposito), et enfin un homme au chapeau vert (Galeazzo Benti).

Notre avis (3.5/5) : Paris est toujours Paris est le pendant du film le plus connus de Luciano Emmer, Dimanche d’août. Sa restauration en 2017 permet de le remettre en avant car depuis sa sortie en novembre 1952, Paris est toujours Paris a été peu distribué.

Cette comédie à l’italienne est un coproduction paritaire franco-italienne dont il existe deux versions : l’une est postsynchronisée en italien alors que la deuxième l’a été en français. Paris est toujours Paris ne manque pas de piquant et bénéficie d’un rythme sans faille. En version italienne, le délice doit être encore plus grand car la barrière de la langue doit paraître plus naturel que dans la version diffusée ce soir où tous les acteurs parlent français avec un accent plus ou moins prononcé.

L’Empire de la passion (1978, Nagisa Ôshima)

Japon, 1895. Un homme vieillissant, Gisaburo (Takahiro Tamura), conducteur de pousse-pousse, est assassiné par sa jeune et belle épouse Seki (Kazuko Yoshiyuki) et son amant Toyoti (Tatsuya Fuji). Trois années passent. Mais le crime hante les amants. Pour ceux que la passion a dominés, point de bonheur, sinon en enfer…

Notre avis (3/5) : L’argument de L’empire d’une passion tient dans la mise en scène d’un triangle amoureux dont l’un des deux membres masculins, l’époux légitime, est assassiné par les deux autres protagonistes du trio. Nagisa Ôshima procède ensuite à une méthodique et progressive descente vers la folie des deux meurtriers.

Ce film est moins charnel mais plus psychologique que son très célèbre aîné : L’empire des sens. La narration et la progression de celle-ci est ainsi moins assurée. Le couple central s’avère au final plus naïf que diabolique.

Le prix de la mise en scène obtenu lors du festival de Cannes 1978 est amplement justifié par la composition des plans embrumés ou sous la pluie et par la précision des cadres. L’empire d’une passion ne cesse ainsi jamais de passer d’un personnage à un autre dans une valse-hésitation entre vie et mort. Ce dernier aspect est porté par les pans fantastiques du film.

Ragtime (1981, Milos Forman)

1906. Les États-Unis entrent dans le nouveau siècle au son du ragtime. New York est d’une vitalité à toute épreuve. Le musicien noir Coalhouse Walker Jr. (Howard E. Rollins) se présente pour jouer dans un bar. On inaugure une statue de Diane, ressemblant beaucoup à Evelyn Nesbit (Elizabeth McGovern), ce qui rend fou son époux, un jeune milliardaire. Une jeune femme noire (Debbie Allen), qui a voulu abandonner son bébé, trouve refuge dans une famille bourgeoise de New Rochelle…

Notre avis (4/5) : Robert Altman fut un temps pressenti pour réaliser Ragtime. Le projet tomba en définitive dans les mains expertes de Milos Forman. Dans ce film choral, le réalisateur mène en parallèle plusieurs récits. Chaque fil narratif suit son protagoniste principal. La narration est donc ambitieuse et très bien maîtrisée notamment au niveau du rythme. Chaque histoire est appelée à rejoindre tôt ou tard, directement ou indirectement, les autres récits. Forman élève au rang d’art la gestion des ellipses. L’une d’entre elles fera par exemple glisser la narration d’une promesse de mariage à une cérémonie de décès.

Ragtime n’est pas le film le plus connu de son auteur et c’est peut-être là l’un des très rares défauts de cette fresque sur la Belle Epoque d’une société américaine en construction sur fond de discrimination raciale. La reconstitution historique du début du XXème siècle est soignée et brille par son élégance. La direction artistique et la direction d’acteurs rivalisent de prouesses.


Trésors et curiosités des archives

Professeur Hannibal (1956, Zoltán Fábri)

Dans la Hongrie fasciste des années 1930, un modeste professeur, Bela Nyul (Ernö Szabo), publie une thèse sur la mort du général carthaginois Hannibal. Il ne tarde pas à apprendre que cet ouvrage déplaît au dictateur en place, le régent Horthy. Le professeur est sommé de renier les principaux points de vue qu’il développe. Il s’y refuse, mais ne tarde pas à se retrouver seul…

Notre avis (2.5/5) : Thème classique chez Zoltán Fábri, Professeur Hannibal confronte le quotidien de son personnage principal au pouvoir local. Le cinéaste glisse dans l’histoire racontée et située dans les années 1930 une parabole de la situation politique de la Hongrie contemporaine au film, au mitan des années 1950.

Le sujet, intéressant en soi, est malheureusement sévèrement brouillé par une narration assez confuse. Le canevas narratif mis en œuvre fait ainsi se succéder les situations sans pour autant tisser un lien solide entre elles.

Moscou ne croit pas aux larmes (1980, Vladimir Menshov)

Trois femmes, trois destins. À la fin des années 1950, trois jeunes provinciales s’installent à Moscou, bien décidées à conquérir la vie. Vingt ans plus tard, Katerina (Vera Alentova) a élevé seule sa fille et dirige une usine de produits chimiques, Antonina (Raisa Ryazanova), mère de famille, est peu heureuse en ménage, et Lioudmila (Irina Mouraviova) cherche un nouvel époux. Katerina, femme forte et solitaire ne croit plus en l’amour, jusqu’à ce qu’elle croise le chemin de Gosha (Alexeï Batalov)…

Notre avis (-/5) : Non vu.

Hibiscus Town (1986, Xie Jin)

Dans le village des Hibiscus, Hu Yuyin (Liu Xiaoqing) et son époux Li Guigui (Liu Linian) vendent des pâtés de soja dans leur petit restaurant. Ils travaillent dur et réussissent à économiser l’argent nécessaire pour construire leur nouvelle maison. Mais à l’heure des premiers mouvements de la Révolution culturelle, leur maison est confisquée et Li Guigui se suicide, entraînant Hu Yuyin dans sa chute…

Notre avis (3/5) : Hibiscus town est une ambitieuse saga familiale qui retrace l’évolution du régime politique chinois entre 1964 et 1979. Xie Jin s’attache ici à mettre en images les conséquences des doctrines politiques sur quelques individus d’une petite bourgade dans la campagne chinoise.

Hibiscus town est desservi par des sous-titres français réalisés par un moteur de traduction automatique. Les défauts constatés sur les sous-titres en langue anglaise sont moindres. Ainsi, au-delà d’une traduction littérale souvent fantaisiste, les quelques chansons folkloriques ne sont pas sous-titrées. Pourtant, placées à des moment clés du film, nul doute que les paroles de ces chansons devaient faire sens. Les moteurs de traduction automatique ne savent que « traduire » les dialogues et ignorent toutes mentions manuscrites qui demeureront donc mystérieuses aux publics occidentaux.

 

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