L’empereur de PARIS – Beaucoup d’argent pour un divertissement correct

Sous le règne de Napoléon, François Vidocq, le seul homme à s’être échappé des plus grands bagnes du pays, est une légende des bas-fonds parisiens. Laissé pour mort après sa dernière évasion spectaculaire, l’ex-bagnard essaye de se faire oublier sous les traits d’un simple commerçant. Son passé le rattrape pourtant, et, après avoir été accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, il propose un marché au chef de la sûreté : il rejoint la police pour combattre la pègre, en échange de sa liberté. Malgré des résultats exceptionnels, il provoque l’hostilité de ses confrères policiers et la fureur de la pègre qui a mis sa tête à prix…

Une belle réalisation …

Jean-François Richet s’est donné les moyens de son entreprise … Un budget faramineux, qui nous rappelle quelques plus ou moins belle pages du cinéma français, les films made-in Claude Berry (Germinal en tête), bien entendu les productions de Thomas Langman – dont Mesrine-, qui partage avec son père le goût pour les grandes distributions clinquantes pour peu qu’elles servent un art, mais aussi les racontards de l’époque sur Le Hussard sur le toît de Rappeneau, ou même la malédiction qui avait frappé Les Amants du pont neuf de Carax.

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LETO – quelques jeunes gens modernes

Leningrad. Un été du début des années 80. En amont de la Perestroïka, les disques de Lou Reed et de David Bowie s’échangent en contrebande, et une scène rock émerge. Mike et sa femme la belle Natacha rencontrent le jeune Viktor Tsoï. Entourés d’une nouvelle génération de musiciens, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union Soviétique.

Un film musical

S’il ne fallait considérer qu’une seule des motivations qui ont poussé Thierry Frémaux à retenir Leto en sélection officielle du festival de Cannes 2018, celle qui nous vient le naturellement à l’esprit est l’hommage rendu à un genre musical que se sont appropriés quelques jeunes gens modernes dans une URSS en pleine mutation, peu de temps avant la Perestroika, et qui annonçaient des heures qui allaient s’inscrire dans l’Histoire. Le film nourrit trois ambitions principales, celle de relater un genre musical, celle de dresser le portrait de quelques figures d’une époque, et par ces deux biais, celle de dresser le portrait d’une époque, d’un pays.

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De l’autre côté du vent – En attendant le « director’s cut »

De l’autre côté du vent version Netflix est né d’une centaine d’heures de rushes et d’un montage d’une quarantaine de minutes réalisés par Orson Welles (Souffle accidentel ?). Derrière un titre d’une belle poésie assurément évocatrice se déploie une œuvre expérimentale de deux heures, une sorte de patchwork mêlant élans et chaos dans une vaste mise en abyme teintée d’autobiographie. Comme Citizen Kane (1941), De l’autre côté du vent dresse le portrait d’un homme célèbre devenu persona non grata.

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De l’autre côté du vent – Souffle accidentel ?

Un scénario, une centaine d’heures de rushes (sur plus de mille pellicules) et un montage d’une quarantaine de minutes réalisé par Orson Welles, tels sont les éléments restés longtemps inexploités issus d’un projet cinématographique à la genèse compliquée et conflictuelle (Orson Welles, réalisateur-monteur) : The other side of the wind. Visible depuis le 2 novembre sur le réseau Netflix sous le titre De l’autre côté du vent, le « dernier » film inachevé de Welles bénéficie enfin d’un montage « achevé ». Au générique, le cinéaste est crédité au montage au côté de Bob Murawski.

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High life – Ici-bas sur terre

Souvent exigeante, toujours singulière, la filmographie de Claire Denis embrasse de multiples genres. Le territoire cinématographique arpenté est aussi vaste que passionnant du film d’horreur Trouble every day (2001) à la comédie romantique Un beau soleil intérieur (2017, Les reflets du genre humain), ou du mélodrame Vendredi soir (2002) au thriller Les salauds (2013). La réalisatrice étend encore le champ des possibles avec High life, son premier film tourné en langue anglaise et son premier film de science-fiction.

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Nos batailles

Olivier se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices. Mais du jour au lendemain quand Laura, sa femme, quitte le domicile, il lui faut concilier éducation des enfants, vie de famille et activité professionnelle. Face à ses nouvelles responsabilités, il bataille pour trouver un nouvel équilibre, car Laura ne revient pas.
Nos batailles appartient à ce genre si cher aux frères Dardennes, le film social, sociologique, qui vise le réalisme et à susciter de l’émotion au travers d’un destin compliqué, brisé.
Le film s’appuie sur un casting que l’on qualifiera d’intéressant. Romain Duris, qui, d’acteur « naturel » (ces acteurs au charme inné qui par leur simple présence, charisme et physique, se passe de tout autre effort qu’être eux-même) est passé récemment à grand acteur de composition (voir son hallucinante prestation dans le dernier Zonca), se démène au possible pour que le spectateur entre en empathie avec son personnage, presque façon Lindon.
A ses côtés,  on se ravit de la présence de la toujours excellente Laetitia Dosh, que l’on suit de très près depuis qu’elle a porté Jeune Femme.
Mais un bon casting n’est hélas pas suffisant pour qu’un film soit remarquable. Nos batailles livre très tôt sa recette avant de  patiner, faire du sur place. Le spectateur navigue alors entre scènes d’usine et scènes plus intimistes, où l’on voit toute la difficulté rencontrée par le personnage interprété par Romain Duris, celle d’un père qui cherche à élever ses enfants seul. La répétition s’installe, les nuances manquent; à défaut de progression le film saura-t-il nous étonner dans sa dernière partie vient-on à penser, ce qui pourrait justifier, à défaut que l’on soit rentrer en empathie, ce choix de mise en scène quelque peu radical. 
Vient enfin la scène finale … Celle-ci,  en queue de poisson, nous laisse pour le moins coi mais non sans voix: « Tout ça pour ça » ?
https://www.youtube.com/watch?v=BLXjuSUY8ws

Asako I & II – le film Kawai par excellence

Lorsque son premier grand amour disparaît du jour au lendemain, Asako est abasourdie et quitte Osaka pour changer de vie. Deux ans plus tard à Tokyo, elle tombe de nouveau amoureuse et s’apprête à se marier… à un homme qui ressemble trait pour trait à son premier amant évanoui.

Pour ne rien vous cacher, nous ne connaissions pas Ryusuke Hamagushi, mais le fait que le film fasse partie de la sélection officielle à Cannes, lors même que nous espérions y voir figuré un Kyoshi Kurosawa qui se serait retrouvé, nous mettait la puce à l’oreille; ce film là devait avoir quelque chose, et probablement quelque chose de japonais. Alors peut-être qu’Asako nous rappelerait aux excellents souvenirs de Shokuzai, celles qui veulent oublier ou se souvenir, le très intéressant dyptique de Kurosawa, aux impressions si puisées dans l’imaginaire collectif de l’empire du soleil levant, peut-être aurions-nous à voir le nouvel empire des sens, ou bien un prolongement du cinéma de Kore-eda – lui même offrant un prolongement de Truffaut, de celui de Kitano, d’Akira Kurosawa, ou peut-être encore allions nous découvrir un chef d’oeuvre tel que l’anguille (Imamura) ?

Dans notre quête très banale sur la croisette de sentir la palme d’or, nous espérions beaucoup qu’elle puisse revenir à un film japonais qui respire le japon … Mais cela nous semblait totalement impossible, de façon objective, puisqu’Asako, très bon et bien meilleur qu’une affaire de famille, n’avait pas la puissance d’un Capharnaum ou la philosophie du poirier sauvage. Ses atouts étaient précisément sa japonité mais aussi sa narration tout à la fois fluide et inventive… revenons-y, Asako I & II porte en son titre une indication sur l’histoire auquel le réalisateur nous convie; deux facettes d’un même personnage, Asako, une jeune fille amoureuse d’un garçon qui vient à disparaître.

Deux histoires, deux hommes, mais un seul pays, le Japon, celui éloigné de Tokyo qui vit d’espoir, d’amour, de cerisiers en fleurs, de jolies choses, de tradition, et de chats plus rigolos et mignons les uns que les autres ! Ces derniers tiennent d’ailleurs une place assez centrale dans Asako… Le japon kawaï donc, mais aussi le japon pop, puisque l’un des deux personnages masculins, interprétés tous deux par cet acteur très souvent aperçu chez K. Kurosawa ces derniers temps, se révélera une immense star télévisuelle …

Le scénario est habile, le ton juste, on sourit très souvent, non parce que le film s’affirme drôle, mais parce que ses personnages sont touchants par leur tendresse, leur naïveté, leur sincérité, parce que nous découvrons sans cesse de jolies choses, de jolies pensées, parce que la facétie rythme le récit au même titre que les couleurs, ou même ce voyage dans le japon. L’intrigue principale elle même est habile, elle pose question, et jamais ne livrera pleinement ses réponses; la porte est ouverte à l’interprétation … Ce pourrait être une comédie romantique comme un film trompe l’œil, la folie s’est peut être invitée ici ou là, ou pourquoi pas, la métaphysique …

Bref, Asako est particulièrement charmant, et nous étions désolé qu’à Cannes il ne reçoive pas les honneurs qui lui auraient été dus …

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