L’Amant d’un jour de Philippe Garrel

Philippe Garrel nous revient avec un triangle affectif. L’histoire d’une jeune fille (Esther Garrel, qui ressemble tant à son frère) qui vient vivre chez son père (Eric Caravaca) après une violente rupture. Le père en question, prof de fac, vit avec une jeune femme (Louise Chevillotte) du même âge que sa fille.

Sans le très regretté Raoul Coutard mais toujours dans un noir et blanc qui est une de ses marques de fabrique, Garrel nous tisse une toile des liens qui se créent entre les êtres, dans une manière et une vision qui n’appartiennent qu’à lui. Le film est d’une fausse simplicité. On le sait depuis longtemps : l’épure, en écriture comme au cinéma, est le fruit d’un grand travail et s’il est réussi, l’empreinte d’un immense talent.

On retrouve les marques du style Garrel : le noir et blanc, la pellicule véritable où le grain parfois apparaît,  le sentiment amoureux observé sous tous les angles, les saillies politiques parfois datées, l’atemporalité -des costumes, des décors, du parlé. La coiffure, les vêtements et les attitudes de Louise Chevillotte pourraient appartenir autant aux années 60/70 qu’à aujourd’hui. Les anachronismes qui avaient été frontalement reprochés au cinéaste ne sont plus : smartphones et leurs usages ont remplacé les téléphones fixes et les lettres manuscrites des Frontières de l’aube.

Bien qu’il n’y existe pas la même frontalité, la même véhémence ultra écrite de La maman et la putain, on pense souvent au chef-d’oeuvre d’Eustache, et l’on est heureux qu’un cinéaste tel que Phillipe G. soit parmi nous, à nous livrer ses œuvres marmoréennes, dans un époque où l’ultra-rapidité et la dictature de l’image véloce et numérisée nous rends épuisés et fous.

Les films de Garrel sont un rempart, un refuge. D’autant plus lorsqu’ils sont aussi réussis que cet Amant d’un jour, qui n’a pas le lyrisme tranchant et spectaculaire de Sauvage innocence ou des Frontières de l’aube mais qui avance à pas feutrés, subtils, calmes dans des tragédies de trajectoire où les destins s’interpénètrent, comme c’était déjà le cas dans l’ombre des femmes. Chez d’autres, pareilles histoires (celles qui se jouent dans le film) pourraient aller dans l’hystérie, l’obscénité, la provocation. Gracieux, subtil, à l’antithèse de toute vulgarité, Garrel nous propose un autre chemin, une autre voie.

Ce film est aussi la révélation d’un visage, d’un être : l’actrice Louise Chevillotte qui nous rappelle à la fois Claude Jade, Ottavia Piccolo et la jeune Huppert, du temps où son visage était parsemé de taches de rousseur jusqu’à la bouche. Ce visage, nu, comme le sont les trois âmes du films, résume parfaitement l’univers intact d’un grand cinéaste.

Les fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin

Les fantomes d’ismael est un film quelque peu déroutant, contrasté, inégal. Ce qui nous donne un objet étrange. Mélange de figures stylistiques propres au style Desplechin -scènes nimbées de rap, musique que le réalisateur apprécie plus que tout, personnages érudits  même quand ils sont sensés ne pas l’être (Carlotta par exemple n’a jamais lu mais connais des poèmes pointus par cœur, manie un langage riche et soutenu), insultes comme mode de communication “normal”, autoanalyse (lacanienne ?) de tous les personnages, voix off narrative à la Truffaut, racines à Roubaix -racines bourges, surtout pas chti.

Quand le réalisateur se cantonne à son style, à ce qu’il sait faire de mieux et qui le définit, tout va bien. Le hic est qu’il s’aventure, bien souvent, dans un genre qu’il ne maîtrise pas, hors de sa zone de confort, et, malheureusement ces passages sont ratés. Même la môme Cotillard, pour la plupart du temps bien dirigée et qui ne “sonne” pas Cotillard (comme chez le dernier Dolan), commet des fautes de jeux, à certains moments (mauvaise direction d’acteur ?). Il en va de même, en pire, pour Charlotte Gainsbourg… Le retour de Carlotta, la revenante, est comique à son insu, avec des airs de Plus belle la vie ou des Vacances de l’amour -si si. Les réactions des personnages (M. Almaric et C. Gainsbourg) lorsque Carlotta revient, leurs dialogues, le jeu des acteurs mais aussi la mise en scène frôlent le ridicule, l’invraisemblance, la maladresse.

Voilà un film bien contrasté, à la manière de l’huile mélangée à de l’eau, deux liquides non missibles.

On apprécie le film dans le film (sans vous en dire plus faute de spoiler), les moments de grâce, les colères intenses très fortes et réussies, les situations volontairement drolatiques, ainsi que la mise en scène souvent brillante.

On aime beaucoup moins -voire on déteste- l’absence d’approfondissement, les invraisemblances scénaristiques, les scènes kitch et mal maîtrisées, ridicules sans le vouloir, maladroites -notamment, on l’a dit, les scènes de plage aka le retour de Carlotta. Dans la version coupée Cannes, une version “plus sentimentale” dixit Despleschin, le face caméra avec Charlotte Gainsbourg qui clôt le film, ainsi que la fin elle-même doivent sans doute s’inspirer du Truffaut période La femme d’à côté, mais manquent de niveau et gâchent un peu un film qui avait repris du galon au fur et à mesure qu’avançait l’histoire.

Les fantômes d’Ismaël a la particularité d’être un film obsédé par la vieillesse (les personnages, de 30 à 83 ans, disent tous “je suis une vielle femme, je suis un vieil homme” à longueur de temps). Une thématique nouvelle qui doit sans doute travailler Desplechin l’homme.

Il est difficile pour un non français -voire un non parisien qui n’a pas fait de longues études, de capter Desplechin, pur produit de l’Elite des Sciences Molles. On imagine, notamment, la tête de Will Smith lors de la projection officielle pour la projection d’ouverture en présence du jury.

 

NB : Voici aussi un autre avis, critique à chaud.

https://www.youtube.com/edit?o=U&video_id=7_BH4_FFM5A

Les Gardiens de la Galaxie et Get Out. Deux films à découvrir en salles

Depuis plusieurs jours, Le Mag cinéma s’est mis aux couleurs du Festival de Cannes, sans pour autant oublier que l’actualité se joue aussi hors des salles de la Croisette. Nous vous proposons donc de découvrir deux films made in USA qui sauront à coup sûr convaincre les plus difficiles d’entre vous. Le retour des super-héros les plus barrés de la galaxie d’un côté, un film d’horreur critique et engagé de l’autre, votre planning ciné’ risque d’être chargé ce week-end !

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Le Festival de Cannes dévoile ses “Classics”

Le Festival de Cannes vient de dévoiler sa sélection de films retenus pour le “Cannes Classics”. Pour son soixante-dixième anniversaire, le Festival a vu les choses en grand et proposera une rétrospective des films qui surent marquer l’événement, de sa première édition en 1946 jusqu’à 1992.

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De toutes mes forces de Chad Chenouga : attention grand film !

Nassim est en première dans un grand lycée parisien et semble aussi insouciant que ses copains. Personne ne se doute qu’en réalité, il vient de perdre sa mère et rentre chaque soir dans un foyer. Malgré la bienveillance de la directrice, il refuse d’être assimilé aux jeunes de ce centre. Tel un funambule, Nassim navigue entre ses deux vies, qui ne doivent à aucun prix se rencontrer

Il est étonnant que De toutes mes forces n’ait pas été en sélection dans une des compétitions cannoises. Il a cependant obtenu le Grand Prix Sopadin du Meilleur Scénariste.

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