Le palmarès de la 75ème Mostra de Venise

La sélection de la 75ème Mostra de Venise était, comme souvent à Venise, très disparate, pour ne pas dire très inégale.
Autant à Cannes, les propositions en sélection officielle sont, en général, des propositions assez singulières vis à vis de ce que l’industrie cinéma produit au quotidien – quoi que les films américains échappent parfois à cette règle, qaund il s’agit d’inviter des stars sur le tapis rouge- , autant à Venise, une place a de tout temps été accordée en sélection au cinéma  « tout public », et la dernière édition en atteste puisque Guillermo Del Toro – président du jury de cette édition 2018 – était reparti de la Mostra 2017 avec le lion d’or pour La forme de l’eau, une sorte d’E.T. revisité, qui ostensiblement cherche à plaire au plus grand nombre.

Ainsi la sélection 2018 comportait des films plus ou moins exigeants, plus ou moins faciles d’accès, et pour notre part nous avions remonté que deux films se dégageaient très nettement des autres, pour leur exigence intellectuelle, à savoir Nuestro Tiempo et Capri, Revolution. Nuestro Tiempo est une réflexion de C. Reygadas sur le couple, sur le désir, sur l’amour, mais aussi et surtout une mise en abyme mi-poétique, mi-philosophique de ses propres conceptions. Reygadas y joue un personnage que l’on peut supposer être son double qu se voit contrarié lorsque l’amour (libre) qu’il voue à sa femme est mis à l’épreuve d’une réalité bien différente, le ressenti de sa compagne, son désir d’émancipation, son processus de redécouverte d’elle même après s’être sentie écrasée. Capri, Revolution est quant à lui une oeuvre très particulière qui convoque différents sens pour porter une réflexion sur la fin d’une époque particulière, laquelle peut résonner avec les temps présents.

Làs, le palmarès du jury emmené par Guillermo Del Toro s’est clairement positionné sur un choix bien différent, en récompensant Alfonso Caruon pour un film Netflix certes correct – Roma, mais très passe-partout et sans réel éclat selon nous, très loin du chef d’oeuvre vendu par certains en tout cas.

Faut-il y voir du copinage ? Del Toro a certainement voulu précéder une telle critique, en insistant en conférence de presse sur le fait que le processus de délibération du jury fut démocratique et que cela lui tenait à cœur.

En tout cas, deux autres films trouvent leur compte dans ce palmarès, de manière surprenante le très imparfait The nightingale de Jennifer Kent, prix du jury et Meilleur acteur espoir, et de manière beaucoup moins surprenante le baroque The favourite de Yorgos Lanthimos, qui repart avec le grand prix du jury et le prix de la meilleure actrice pour Olivia Colman -Natalie Portman eut été notre choix, quoi que Vox Lux ne soit pas mémorable.

The Nightingale est un survival movie qui appuie sur la violence, démarre bien mais ensuite sombre dans une trivialité rédhibitoire pour nos yeux de critique, quant à The Favourite, on peine à se souvenir d’un film de Lanthimos qui soit aussi limpide, aussi accessible, et comme il est formellement plutôt joli, la récompense qui lui a été accordée fait pleinement sens.

Ah on oubliait, et pas des moindres, Audiard repart avec le prix du meilleur réalisateur, pour Les frères Sisters, Willem Dafoe avec le prix d’interprétation (il est le Van Gogh de Schnabel) tandis que les frères Coen sont récompensés pour le scénario de The Ballad of Buster Scruggs . On sent là encore une grande volonté de consensus, le film d’Audiard est réussi, bien meilleur notamment que Dheepan qui lui valut – année de disette oblige – une palme d’or, le Coen relève plus de l’exercice de style que de la pleine réussite, l’interprétation de Dafoe est bonne sans être bluffante.

N’empêche, ouf, le plus mauvais film de la sélection 22 Juillet ne figure pas au palmarès, là on aurait été méchant !

Voici donc le palmarès  de la sélection officielle:


Lion d’Or du meilleur film:

Roma d’Alfonso Cuaron


Lion d’Argent, Grand Prix du jury:

The Favourite de Yorgos Lanthimos


Lion d’Argent de la meilleure mise en scène:

Jacques Audiard pour Les Frères Sisters


Prix du meilleur scénario:

SONY DSC

Joel et Ethan Coen pour The Ballad of Buster Scruggs


Prix spécial du jury:

The Nightingale de Jennifer Kent


Coupe Volpi de la meilleure interprète féminine:

Olivia Coleman dans The Favourite de Yorgos Lanthimos


Coupe Volpi du meilleur interprète masculin:

SONY DSC

Willem Dafoe dans At Eternity’s Gate de Julian Schabel


Prix Marcello-Mastroianni du meilleur espoir:

Baykali Ganambarr dans The Nightingale


Lion d’Or d’honneur:

Vanessa Redgrave / David Cronenberg

ainsi que les autres palmarès:

Prix Luigi de Laurentiis
Meilleur premier film (toutes sélections confondues): Yom Adaatou Zouli (The Day I Lost My Shadow) de Soudade Kaadan (en sélection Orizzonti)

Orizzonti

Meilleur film: Kraben Rahu de Phuttipohong Aroonpheng
Meilleur réalisatriceEmir Baigazin pour Ozen
Prix spécial du juryAnons de Mahmut Fazil Coskun
Meilleure actriceNatalya Kudryashova dans The Man Who surprised Everyone de Natasha Merkulova et Aleksey Chupov
Meilleur acteurKais Nashif dans Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi
Meilleur scénarioJinpa de Pema Tseden
Meilleur court métrageKado d’Aditya Ahmad

Venice Virtual Reality

Meilleur VRSpheres d’Eliza McNitt
Meilleure expérienceBuddy VR de Chuck Chae
Meilleure histoire: L’île des morts de Benjamin Nuel

Venezia Classics

Meilleur film restauré: La notte du San Lorenzo de Paolo et Vittorio Taviani
Meilleur documentaire sur le cinéma: The Great Buster: a Celebration de Peter Bogdanovich

#Venise98 – 22 Juillet – y a quoi sur TF1 ce soir ?

22 July

22 Juillet film de Peter Greengrass, en sélection officielle à la 75ème Mostra de Venise, avec Thorbjørn Harr, Anders Danielsen Lie

22 juillet 2011, en Norvège. Après s’être rendu responsable d’un attentat à la bombe meurtrier à Oslo, le terroriste d’extrême droite Anders Behring Breivik se rend sur l’île d’Utøya déguisé en policier et commet un massacre, tuant 69 personnes et en blessant par balle 33.

Argh ! Ma cosa fa questa rapa nella selezione?

On se demande bien quel ver, scorpion ou moustique moqueur a pu piquer les organisateurs de Venise pour retenir en sélection 22 Juillet. Le film, pardon le produit Netflix  vous invite tout d’abord à voir NYPD ou toute autre série policière nullissime diffusée sur TF1 un mardi soir pluvieux – vous savez ces images qui bougent avec des gens habillés comme des policiers qui semblent hyper tendus, hyper armés, et qui lancent un assaut à plusieurs que vous découvrez au hasard de vos zapping malencontreux pour trouver un programme regardable. Voilà pour la première partie – 40 minutes chronomètre en main.

Puis, oh rebondissement, cela  vire Urgences – vous vous rappelez la série avec What Else ?

Vous en êtes à 1h30. Démarre alors le film à proprement parler après ce préambule écrit certainement à 98 mains pour que cela fasse efficace. Sans subtilité aucune, vous allez suivre l’effort genre Rocky d’un jeune marmot sur qui vous êtes censés vous apitoyer plus que les autres car lui a survécu au massacre perpétré par Anders Breivik. Larmoyant peut être, mais faut vraiment avoir de la conjonctivite, tant les ressorts dramatiques (devrait-on dire les lacets) sont désastreusement éculés. Désolant que le festival de Venise ait eut cette étrange idée de retenir ce film en compétition, d’autant plus que  le mec – Greengrass – n’en est pas à son premier coup d’essai, il a déjà sévi avec les Jason Bourne.

Peterloo – trop de verbe tue le verbe

Peterloo de Mike LEIGH

Avec Rory Kinnear, Maxine Peake, Neil Bell, Philip Jackson

Inspiré du massacre de Peterloo en 1819…

 

Peterloo de Mike Leigh est indéniablement indigeste. ll n’a de cesse de nous plonger dans des joutes politiques interminables, aux dialogues certes brillants de rhétorique, mais qui s’avèrent si rébarbatifs que l’on en vient parfois à se demander – quand assoupi on se réveille – si on n’a pas été intoxiqué à la chaîne de l’assemblée nationale pendant notre sommeil.

Certes, notre critique est réductrice, et fort peu objective – après tout, la politique est une passion tout aussi respectable que la pêche, la brocante, la philatélie ou la taxinomie… Rappelons que les dialogues sont d’une rare maîtrise, précisons que le film s’inscrit dans une époque, et que celle-ce est rendue de fort belle manière, que les décors et autres costumes sont particulièrement bien travaillés, du très bel ouvrage donc… mais puisque le film est en compétition à Venise, nous voudrions pouvoir l’apprécier en tant qu’oeuvre et non qu’ouvrage …

PETERLOO

Il convient alors de préciser que le spectateur patient, pourra trouver dans la dernière partie du film, l’explication de tant de débats, tant de points de vu en première apparence aussi stériles que bien amenés. Celui qui s’intéresse à l’histoire de l’angleterre y trouvera également matière à culture, car Peterloo s’intéresse à l’un des fondamentaux de la Grande Bretagne … Parlons donc de cette épique scène finale, violente et habile. Le temps de la politique s’y efface net pour laisser place à l’action, sanguinaire. Cette scène comprend une force anti-proportionnelle à l’ennui qui a pu se dégager lorsque l’éveil politique naissait, du côté des conservateurs comme des réformateurs … Bien filmée – les moyens sont de mise, une bravoure s’en dégage manifestement, à l’instar des scènes de combat de Braveheart de Gibson par exemple.

Ce film Amazon présente donc une épaisseur manifeste que l’on ne reniera pas, certains relaieront probablement la portée historique et le souci du détail, ou encore loueront la technicité – Game of Throne n’est-elle pas une série à succès ? – , mais entre nous soit (re)dit, quel ennui … !

Les frères Sisters de Jacques Audiard: le dernier western ?


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Les frères Sisters de Jacques AUDIARD

Avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed.

Charlie et Elie Sisters évoluent dans un monde sauvage et hostile, ils ont du sang sur les mains : celui de criminels, celui d’innocents… Ils n’éprouvent aucun état d’âme à tuer. C’est leur métier. Charlie, le cadet, est né pour ça. Elie, lui, ne rêve que d’une vie normale. Ils sont engagés par le Commodore pour rechercher et tuer un homme. De l’Oregon à la Californie, une traque implacable commence, un parcours initiatique qui va éprouver ce lien fou qui les unit. Un chemin vers leur humanité ?

The sisters brothers est certes un western, mais sans rien dévoiler du film, cette classification n’est pas, selon nous, celle qui lui sied le mieux. On pourrait parler de « horse movie », de film de cavale, car les relations qui sont dépeintes entre deux frères puis entre quatre personnages sont évolutives au fur et à mesure de la ballade à dos de cheval proposée, mais là encore, il nous semble que nous pouvons trouvé un  meilleur qualificatif.

Les frères Sisters est avant toute chose un film sur la transition vers une ère civilisée, un film qui fait de l’opposition entre deux frères (un bon interprété par John C Reilly / une brute interprétée par Joachim Phoenix– manque le truand mais il n’est pas loin) si différents l’un de l’autre mais réunis par le sang, le miroir parfait du changement qui s’opère entre les règles qui sévissent au far-west et la vie moderne qui s’instaure en Californie. Pour une fois, le scénario de Thomas Bidegain (issu d’un livre recommandable) fonctionne bien. Exit les défauts habituels de son écriture, l’histoire n’est pour une fois pas à la recherche continue de sensations fortes, ce qui laisse la place pour faire ressortir des aspects psychologiques, avec reconnaissons le, une certaine retenue, tout à fait appropriée. Certes, l’épaisseur de trait – ou de la ficelle – reste parfois un peu trop visible – notamment le caractère très marqué des quatre personnages masculins héros de cette histoire [Jake Gyllenhaal, Riz Ahmed viendront compléter le duo des deux frères]; mais le décor s’y prête pleinement … 4 personnages, 4 niveaux de conscience, 4 niveaux de raffinement…

Le western, il faut le dire, présente cette particularité de narrer des histoires de cowboy, d’hommes durs, le plus souvent violent, potentiellement au coeur tendre.  Les traits des personnages sont marqués, par essence , la dure loi du Far west, et il suffit d’un rien pour que naisse le comique. Ainsi les BD se sont emparés du style, ainsi des western spaghetti ou des western des frères Coen. Dans un tel univers, où le réalisme ne compte pas, les grosses ficelles de Bidegain trouvent un écho particulier.

Par ailleurs, et cela se remarque, Jacques Audiard n’hésite pas à mettre en avant la référence qu’il avait en tête pour ce film – se reconnaissant par ailleurs peu féru en western : La nuit du chasseur.

Le film a reçu de très soutenus applaudissements en séance de presse lors de sa projection presse à la Mostra de Venise – quelques journalistes français bien bruyants, excès de Spritz ? –  mais avouons-le, nous qui sommes de fervents opposants au succès d’un prophète, nous qui avons détesté De rouille et d’os de tout son long, et exécré la seconde partie de Dheepan, oui,  ce Audiard là, bah on aime bien !

 

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