Il figlio, Manuel – Relation mère-fils inversée

Dans une veine résolument réaliste, Dario Albertini dessine le portrait très contemporain de son personnage-titre. Il figlio, Manuel chemine entre récit d’apprentissage et conte moral. En sortie DVD le 18 juillet, ce premier film de fiction est la continuation directe du documentaire La repubblica dei ragazzi réalisé en 2015 par le cinéaste italien sur une institution d’accueil d’orphelins de même nom dans la banlieue romaine.

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Ocean’s 8: sans originalité, mais plaisant

Sur le papier, on pouvait s’attendre au pire. Que Gary Ross, réalisateur du très laid Hunger Games, décide de s’attaquer à l’élégante franchise Ocean’s pour remplacer tous les personnages par des nouveaux  (féminins cette fois-ci) ne laissait présager rien de bon. 

On pouvait aussi s’interroger sur la pertinence du titre. A qui Ocean allait-il bien pouvoir référer si le personnage de George Clooney n’était plus de la partie ? La pirouette scénaristique est simple, mais efficace: Debbie Ocean (Sandra Bullock), soeur de Daniel, est la nouvelle protagoniste. A peine sortie de prison, et en hommage à son frère décédé – choix surprenant et audacieux des scénaristes, qui au moins tuent dans l’oeuf l’idée d’un potentiel futur crossover -, elle décide de retrouver son ancienne partenaire de magouilles (Cate Blanchett) pour monter une équipe… Et effectuer le vol ambitieux d’un bijou Cartier lors d’un prestigieux défilé de mode.

Ocean’s 8 ne fait pas forcément l’originalité… Car tous les éléments du film sont empruntés aux premiers opus ou aux classiques du genre: intrigue balisée (plan, exécution, twist), musique 70’s, montage rythmé, personnages incarnant le « cool ». Certains passages – le début, les doutes de Cate Blanchett quand elle s’aperçoit que Sandra Bullock mélange une affaire personnelle au casse..- ) sont tout simplement des copier/coller de scènes déjà vues. Dommage. Mais étonnamment, le charme opère et le film est plaisant (bien plus qu’Ocean’s 13 pourtant réalisé par Soderbergh).

Les craintes sur le pourquoi du film sont finalement dissipées. Le film s’affranchit rapidement du fan service en proposant un vrai univers: la mode, ses faux-semblants, ses stars et leurs dérives (on notera l’ironie du caméo de la fratrie Kardashian). Et le soin incroyable apporté au défilé où le vol s’effectue est notable. La mise en scène s’autorise même quelques audaces.

Comme pour sa version masculine, le casting 5 étoiles (Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway, Rihanna, Helena Bonham Carter…) fonctionne très bien. Dommage que le mimétisme avec leurs alter égos masculins soit souvent trop flagrant (Les efforts de Rihanna pour « incarner » Don Cheadle deviennent presque gênants). La vraie surprise vient d’Anne Hathaway, qui livre une performance hilarante et inattendue en starlette de l’industrie de la mode. 

Quelques personnages de la saga originale font leur apparition, mais il s’agit de seconds couteaux et c’est dommage. On pourra notamment regretter l’absence de Julia Roberts, qui aurait pourtant fait le lien parfait entre les autres épisodes et celui-ci (mais on imagine que le projet ait pu l’effrayer).

Malgré tout, il est difficile de bouder son plaisir. Ocean’s 8 s’installe sans honte aux côtés des autres episodes. On rempilerait presque pour un Ocean’s 9.

Bande annonce

Faut-il voir en dvd Wonder wheel de Woody Allen ?

Wonder Wheel, le dernier Woody Allen, sort enfin en dvd. Est-il bon  ? Oui, plus que ça même.

Ressemble-t-il à du Woody Allen ? Non, à l’instar d’un de ses autres meilleurs films, Match Point. Wonder Wheel  est cependant complètement dissemblable de ce dernier.

Le film est une référence évidente au théâtre, celui de Tennessee Williams et aussi aux nombreuses adaptations cinématographiques du grand dramaturge –Un tramway nommé désir, La chatte sur un toit brûlant, Soudain l’été dernier pour ne citer que ceux-ci.

Années 50, unité de temps de lieu et d’action -ou presque-, personnages torturés et complexes, surtout l’un : Giny, intérprétée par une Kate Winslet toujours impeccable. Quand elle s’affuble des atours de son passé théâtral, qu’elle craint pour son âge, qu’elle se retrouve dans un contexte grossier indigne d’elle ou qu’elle s’entiche pour un jeune bellâtre (Mickey, joué par Justin Timberlake), il nous est impossible de ne pas penser à Blanche Dubois.

Wonder wheel nous fait un état des lieux cynique de la cruauté humaine : Mickey le maître-nageur qui se veut dramaturge qui préfère à Giny  sa belle fille Carolina (Juno Temple), forcément bien plus jeune qu’elle, la jalousie de Giny pour Carolina, qui la mènera au pire -mais pas celui que vous imaginez. On notera d’ailleurs l’obsession du cinéaste pour « la jeune fille », comme l’auront remarqué nos confrères. Au milieu de tout cela, on notera quelques touches humoristiques, comme les méfaits du petit garçon de Giny pyromane récidiviste.

Bien que le film soit centré sur Kate Winslet, on note le jeu et le charisme de Juno Temple, qui fait décidément de bons choix de carrière, ainsi que la justesse de l’interprétation de Justin Timberlake.

La photographie du film n’est pas secondaire, elle est aussi importante que les protagonistes : toute en couleurs radicales, voyantes, inhabituelles, mise en place par un des plus grands chef-opérateurs de l’histoire du cinéma,  Vittorio Storaro (1900, Apocalypse now).

Wonder wheel est un film aussi cruel, amer que captivant.

 

FIFLR – Dogman – Entre chien et loup

Film d’ouverture du 46ème Festival International du Film de La Rochelle, Dogman s’est vu représenté par son réalisateur et son acteur principal. Espérant un bon accueil français pour son film après celui obtenu en Italie, Matteo Garrone avouera son regret de ne pas pouvoir rester plus longtemps à La Rochelle au regard de la qualité du programme proposé par l’édition 2018 du FIFR. Très à l’aise sur scène, Marcello Fonte se réjouira (et réjouira aussi son auditoire) de la qualité de la Grande Salle de La Coursive à la fois salle de théâtre et salle de cinéma et de la présence d’un rideau comme dans les vrais théâtres. Rideau refermé quelques minutes auparavant sur l’Orchestre d’Harmonie de la Ville de La Rochelle qui venait d’interpréter quelques thèmes musicaux mettant successivement à l’honneur Charlie Chaplin, 8 ½, Batman et Chicken run.

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Cocktail Molotov

Cocktail Molotov  (1980), second film de Diane Kurys, ressort ces jours-ci, à l’occasion du cinquantenaire de Mai 68.

Si les mouvements sociaux de cette année-là s’invitent bien en toile de fond, l’intrigue se porte pourtant sur le jeune couple formé par Anne (Elise Caron) et Frédéric (Philippe Lebas). La famille bourgeoise d’Anne n’accepte pas les origines modestes de Frédéric, et le couple décide de fuir en compagnie de leur ami Bruno (François Cluzet, qui fait une première apparition au cinéma déjà remarquée). D’un voyage prévu pour Israël, ils s’arrêteront finalement à Venise…

Si la réalisation apparaît datée, on prend un certain plaisir à suivre les pérégrinations du trio, qui affronte les événements de la vie avec désinvolture, baladé d’un endroit à l’autre au gré de leurs rencontres. Tandis qu’à Paris, les barricades s’installent et les pavés sont lancés, les trois amis s’agacent de ne pas être au bon endroit au bon moment. Rien n’est jamais grave, tout est sujet à plaisanterie. Ils savourent ces moments de vie passés ensemble, qui sonnent le glas de l’adolescence et l’entrée dans une vie adulte faite de problèmes et de contraintes (les quelques adultes présents dans le film sont tous sujets à quelques névroses). Les personnages vivent un autre Mai 68, mais qui est aussi bien représentatif de la période. Le propos est moins naïf qu’il ne peut le laisser croire: derrière chaque petite anecdote et rencontre se cachent les maux de l’époque (contraception, reproduction sociale…); la petite histoire rejoint alors la grande, sous l’œil aiguisé d’une Diane Kurys qui confie à Elise Caron un rôle de jeune femme libre, inspirée et inspirante .

Philippe Lebas (Frédéric), François Cluzet (Bruno)

Le road movie qui nous est proposé, au delà de l’intrigue amoureuse, au delà du regard décalé sur un évènement majeur de l’histoire de France, bénéficie d’un rythme plaisant, aux accents de liberté, de voyage, et particulièrement porté par un trio d’acteurs à l’unisson et complémentaire. Le charme du jeune François Cluzet opère,  dans un style surprenant, en ce qu’on peut lui découvrir un air de ressemblance avec Vincent Lacoste ou encore Jeremy Elkaim que l’on ne lui retrouve plus aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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