On the Milky Road – Un Kusturica peut en cacher un autre

Neuf ans après son documentaire consacré à la star du football argentin, Diego Maradona (Maradona by Kusturica), et cinq ans après sa participation au film collectif Words with Gods, Emir Kusturica retourne à la fiction, seul derrière la caméra. Du côté de la presse, la réception de On the Milky Road n’a pas été fameuse, une tendance quasi-unanime qui risque d’influer sur la popularité du film en salles. N’hésitons donc pas à briser le consensus en déclarant qu’au Mag Cinéma, nous avons été plutôt séduits par la mise en scène du réalisateur serbe, et on va vous expliquer pourquoi.

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Ce qui nous lie : un film qui respire la santé !

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Autant le dire tout de suite, le dernier Klapisch est un bon cru. Voilà longtemps qu’on n’avait pas vu le réalisateur en si grande forme, procurer au spectateur le plaisir de renouer avec des personnages attachants baladés dans le grand bain de la vie, ses joies, ses douleurs, ses peines. En l’occurrence ici les personnages évoluent dans le vignoble bourguignon où à la mort de leur père une fratrie, deux frères et une sœur, se réunit pour gérer le domaine viticole familial. Le défi qu’ils doivent relever va resserrer leur lien,  donner tout son sens au titre du film.

Klapisch  fait appel, à des comédiens confirmés : on retrouve Ana Girardot, appréciée entre autres dans La prochaine fois je viserais le cœur en amoureuse frustrée  et Pio Marmai qu’on ne présente plus.

Klapisch retrouve les ingrédients qui ont fait le succès de ses films précédents : de bons acteurs, une histoire originale, l’art de saisir les moments de la vie et de distiller l’émotion de façon toujours bien dosée. Une autre marque de fabrique transparaît, cette capacité à filmer le vivant, l’agitation, le mouvement.  La mémorable scène de fiesta à l’issue des vendanges illustre parfaitement la signature Klapisch.

Klapisch sait mieux que quiconque filmer « les délires  » des gens à l’image de son indétrônable Péril jeune.  Après quelques escapades à l’étranger avec la trilogie des tribulations de Xavier de l’Auberge espagnole à Casse tête chinois, il nous semble que Klapisch a tenu à revenir à un film plus français : filmer la nature dans les vignobles bourguignons, nous faire respirer aussi ces lieux avec ses personnages terriens qui transpirent la bonne santé de nos provinces.

Ce qui nous lie est joyeux, vivifiant, optimiste, léger sans être superficiel.

Okja de Joon-Ho Bong : « Leave my pig alone ! »

Pendant dix années idylliques, la jeune Mija s’est occupée sans relâche d’Okja, un énorme animal au grand cœur, auquel elle a tenu compagnie au beau milieu des montagnes de Corée du Sud. Mais la situation évolue quand une multinationale familiale capture Okja et transporte l’animal jusqu’à New York où Lucy Mirando, la directrice narcissique et égocentrique de l’entreprise, a de grands projets pour le cher ami de la jeune fille.

Sans tactique particulière, mais fixée sur son objectif, Mija se lance dans une véritable mission de sauvetage. Son périple éreintant se complique lorsqu’elle croise la route de différents groupes de capitalistes, démonstrateurs et consommateurs déterminés à s’emparer du destin d’Okja, tandis que la jeune Mija tente de ramener son ami en Corée.

Autant vous le dire tout de suite, on a été de notre petite larme durant la projection cannoise. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir la nostalgie du Bong Joon-Ho  de Mémories of murder et de Mother

Le monde semble se diviser en deux catégories (comme disait l’autre) : ceux qui arrivent à considérer les effets numériques comme comme des choses réelles, palpables, filmées et les autres. Pour notre part, le moindre effet numérique (exemple un incendie) nous saute aux yeux comme du fake, une chose qui tend à imiter la nature sans y parvenir, malgré toutes les performances techniques  de ces dernières années.

C’est pourquoi, quand, au début du film, Bong Joon-Ho filme une campagne reculée, une petite fille et un grand-père de la manière la plus naturaliste possible, le charmant « cochon  » Okja nous saute aux yeux, par contraste, comme une performance de studios.

Mis à part ce « détail » qui n’en est pas un (Okja est le personnage central du film !) nous constatons rapidement que le réalisateur coréen a décidé de nous retourner le cerveau. D’utiliser le géant Netflix et tous ses millions pour aller à l’encontre des odieux qui dirigent le monde, dévastent la nature, maltraitent (le mot est faible) les animaux et les amis des animaux, manipulent, à grand coups de science le naturel au profit d’un argent roi. Okja est donc une superproduction d’un média richissime et omnipotent contre les manipulations génétiques, les abattoirs, la maltraitance animale, la mondialisation, le libéralisme sauvage. Fable écolo. Qui ne peut se montrer à tous -il y a des scènes vraiment choquantes, qui ne sont pas sans nous rappeler des choses réelles sur, notamment, la maltraitance animale extrême que l’on voit circuler sur le net ou même les pires sorts qui peuvent et ont pu être réservés aux êtres humains.

Le film est bien ficelé, rythmé, techniquement réussi, touche la cible, en ce qu’il n’est pas sans propos. Tilda Swinton (X 2) et Jake Gyllenhaal  réussissent parfaitement à nous traumatiser, au top du podium des méchants de Disney (millésime la méchante sorcière de Blanche Neige). Le squad mené par le gentil Paul Dano, un groupuscule radicalement gentil pour la protection des animaux nous rappelle les Sea Sheperd.

Si vous avez aimé The Host et Snowpiercer, vous serez enchanté. Si, comme nous, Mémories of murder est l’un des meilleurs film que vous ayez vus : « la nostalgie camarade« 

La Momie – Sous les bandelettes

Caracolant en tête du box-office international depuis sa sortie, La Momie (The Mummy) ouvre le bal des blockbusters de l’été. Réalisé par Alex Kurtzman (surtout connu pour son travail de scénariste et de producteur sur différentes franchises à succès de Transformers à Spider-Man en passant par Star Trek et Xena, la guerrière), le film se présente comme le reboot de la trilogie dirigée par Stephen Sommers. Alors, coup gagnant ou échec cuisant ? Le Mag cinéma vous donne son avis.

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Jeune femme de Léonor Serraille : coup de génie !

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache.

Jeune femme est assurément le meilleur film, toutes catégories confondues, que nous ayons vu à Cannes. Nous l’avons tellement aimé que nous sommes retournés deux fois le voir durant le festival. Ce qui constitue une exception dans notre vie cinéphilique.

Bien que Léonor Seraille dit s’être inspirée de Sue perdue à Manhattan (Amos Kollek) on repense beaucoup en (re)découvrant Jeune femme  aux films dits “trois pièces cuisine”, ces films où brillaient alors Valéria-Bruni Tedeschi : Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel (Laurence Ferreira Barbosa) Oublie-moi (Noemie Lvovsky), ou le court métrage Le poisson rouge de Cédric Klapisch.

La scène d’ouverture est assez épique : une jeune femme (donc), tout juste rentrée du Mexique, rousse et fantasque, yeux vairons, trouve porte close. Derrière cette porte, l’homme qu’elle aime. Elle s’y cogne violemment au point de se retrouver aux urgences, ce qui donne lieu à un monologue déjà culte, un monologue en réalité très écrit mais que le talent de Laetitia Dosch fait passer pour totalement naturel, voire improvisé.

Paula (c’est le nom du personnage), à l’opposé de la Sue d’Amos Kollek n’est pas une victime, ni une femme en perdition. Comme les personnages qu’a souvent incarnées Bruni-Tedeschi, elle est un peu décalée, fofolle. Du moins au début du film, où elle pète les plombs et se retrouve à la rue, sans appuis amicaux ou familiaux.

Contrairement aux films auxquels nous l’avons comparé, Jeune Femme est un film très drôle, punchy, formidablement rythmé et scénarisé, inattendu. C’est le récit d’une mue, d’une personne qui, face aux adversités de la vie, va se transformer de manière positive, déjouant la fatalité d’une situation difficile. Rien n’y est prévisible, tous les personnages (notamment le chat qu’elle emmène un peu partout) existent et sont originaux, construits, loin des codes cinéphiles, aussi réels et surprenants que les gens de “la vraie vie”.

En raison des qualités que nous avons mentionnées, Jeune femme est un feel good movie, tout en étant profond, surprenant, novateur, avec une nouvelle façon de voir et de filmer les choses mais aussi de les interpréter.

Laetitia Dosch apporte sa fougue au film.. A l’instar de Julia Roberts à l’époque de Pretty Woman, on peut parler d’une véritable révélation : un naturel, un fraîcheur, une personnalité différente, unique. Ces qualités ont, selon la réalisatrice, apporté des traits au personnage de Paula, de même que Paula a influencé Laetitia Dosch.

Car Paula est quelqu’un qu’on rêve tous d’être : elle dit tout ce qu’elle pense en toutes circonstances, elle fait ce qu’elle veut sans se soucier du regard des autres, elle déjoue l’adversité, telle une plante qui renaîtrait sans cesse malgré les plus corrosifs des insecticides.

Nous sommes fous amoureux de ce film qui est le meilleur qu’on ait vu à Cannes : meilleur que les films de la compétition officielle, meilleurs que les pépites, pourtant géniales, que nous avons découvertes à la Quinzaine des réalisateurs . Qu’il obtienne la caméra d’or n’était que justice. Idem pour le Prix du Film Français Indépendant  Il aurait même mérité de figurer au plus haut au palmarès d’Un Certain Regard, car Jeune femme est le meilleur film de l’année et durera dans le temps.

Découvrez notre interview de Léonor Serraille et Laetitia Dosch ainsi que notre vidéo de l’accueil fait à Cannes au film :

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