#LUMIERE2016: Notre journal critique

Après successivement Clint Eastwood, Milos Forman, Gérard Depardieu, Ken Loach, Quentin Tarantino, Pedro Almodóvar et Martin Scorsese, c’est la comédienne française Catherine Deneuve qui recevra le 8e Prix Lumière. Il lui sera remis lors du festival Lumière qui se tiendra à Lyon et dans sa Métropole du samedi 8 au dimanche 16 octobre 2016. « C’est une déesse du cinéma » dit d’elle Martin Scorsese qui reçut le Prix Lumière en 2015.

Décerné par l’Institut Lumière, le Prix Lumière est attribué à Catherine Deneuve pour ce qu’elle est, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, ce qu’elle joue, ce qu’elle chante et ce qu’elle enchante depuis toujours et pour toujours.

Le Prix Lumière a été créé par Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier afin de célébrer à Lyon une personnalité du septième art, à l’endroit même où le Cinématographe a été inventé par Louis et Auguste Lumière et où ils ont tourné leur premier film, Sortie d’Usine, en 1895. Parce qu’il faut savoir exprimer notre gratitude envers les artistes qui habitent nos vies, le Prix Lumière est une distinction qui repose sur le temps, la reconnaissance et l’admiration.

Le programme complet du festival est disponible au format pdf sur ce lien.

Pour Le mag cinéma, le programme sera composé des films ci-dessous sur lesquels nous vous proposerons une notule après chaque visionnage.

L’échelle de notation appliquée est la suivante :

–        très mauvais film
*         film passable
**       bon film
***     très bon film
****   excellent film
***** chef d’œuvre

Catherine Deneuve : Prix Lumière 2016

La Sirène du Mississipi

de François Truffaut (1969, 2h03)

la-sirene-du-mississipiLouis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est installé sur l’île de la Réunion. Il fait venir, sur un paquebot nommé Mississipi, une jeune femme, Julie Roussel (Catherine Deneuve), avec qui il entretient une correspondance amoureuse. Le couple se marie sans plus tarder. Mais bientôt Louis découvre que la jeune femme n’est pas celle qu’elle prétend être…

Présentation du film par Régis Wargnier.

Notre avis (**)François Truffaut porte à l’écran Waltz into darkness, un roman à suspense de William Irish. Une adaptation libre qui privilégie le drame passionnel romancé et la trame policière au détriment du suspense.

Le générique de début de La sirène du Mississipi est composé de petites annonces de rencontres dont certaines sont lues par plusieurs voix dans une certaine cacophonie. Cette introduction est ainsi prémonitoire aux fausses descriptions et aux malentendus associés déclinés par le film.

La première partie de La sirène du Mississipi convainc. Mais assez rapidement le scénario s’étiole et se réduit comme La peau de chagrin. Le film cumule ainsi quelques scènes maladroites ou inutiles, des paraboles tracées à gros traits et des répliques en forme de poncifs ou de banalités. François Truffaut emprunte à plusieurs reprises à Jean-Luc Godard (Pierrot le fou, Masculin féminin) mais la grammaire godardienne n’entre jamais en osmose avec le récit.

Indochine

de Régis Wargnier (1992, 2h32)

indochineDans l’Indochine des années trente, Eliane Devries (Catherine Deneuve) dirige avec son père Emile (Henri Marteau) une plantation d’arbres à caoutchouc. Elle a adopté Camille (Linh-Dan Pham), une princesse annamite orpheline. Toutes les deux ne vont pas tarder à tomber amoureuses de Jean-Baptiste (Vincent Perez), un jeune officier de la marine. Au même moment, sur fond de nationalisme ambiant, sont perpétrés les premiers attentats contre les Français…

En présence de Catherine Deneuve, de Régis Wargnier, de Linh-Dan Pham et de Marisa Paredes.

Film de clôture du festival Lumière 2016 dont la copie restaurée 4k est ici projetée en avant-première.

Notre avis (****) : Indochine réalisé en 1992 est le dernier film français à avoir remporté (en 1993) l’oscar du meilleur film en langue étrangère.

Ce long métrage de Régis Wargnier a pour personnage principal l’ancienne colonie française titre. A travers cette vaste fresque historique sur plus de 30 ans, c’est bien le récit de l’Indochine jusqu’au départ du colonisateur français qui est contée à travers celui d’une famille de colons cultivateurs d’hévéas.

Les quelques propos maladroits qui jonchent le long métrage sont rapidement oubliés derrière les qualités esthétiques d’Indochine : mouvements de caméra précis et fluides, superbe photographie, somptueuses lumières.

Ces qualités esthétiques sont parfaitement surlignées par la restauration 4k réalisée par Studio canal. Cette copie restaurée fera l’objet d’une ressortie en salle le 19 octobre 2016.

Catherine Deneuve présente

Le Fleuve sauvage

d’Elia Kazan (1960, 1h50) – Titre original : Wild River

le-fleuve-sauvageAfin d’endiguer les crues dévastatrices du Tennessee, le Congrès des États-Unis décide en 1933 de construire plusieurs barrages dans le Sud, qui serviront également à électrifier les campagnes. Chuck Glover (Montgomery Clift) est envoyé par la Tennessee Valley Authority (TVA) pour convaincre les propriétaires de vendre et de quitter leurs terres bientôt inondées. Une femme, Ella Garth (Jo Van Fleet), refuse d’abandonner celle de ses ancêtres.

Notre avis () : Pas vu

Marcel Carné

Les Enfants du paradis

de Marcel Carné (1945, 3h10)

les-enfants-du-paradisParis, vers 1830. Le boulevard du Crime est le haut lieu du théâtre populaire et des baraques de foire où se bouscule le Tout-Paris. Dans une des attractions, Garance (Arletty), une belle jeune femme, libre et audacieuse. Les hommes sont fous d’elle, et quatre d’entre eux lui font la cour : Frédérick Lemaître (Pierre Brasseur), comédien novice, Pierre-François Lacenaire (Marcel Herrand), dandy assassin, le comte de Montray (Louis Salou), aristocrate que rien n’arrête, et Baptiste Deburau (Jean-Louis Barrault), célèbre mime, amoureux sincère et transi…

Présentation du film par Noël Herpe.

Notre avis (*****) : Pièce maîtresse du cinéma français, Les enfants du paradis, réalisé durant la seconde Guerre Mondiale par Marcel Carné, est un long métrage à voir absolument, un authentique film du patrimoine français au premier sens du terme.

Qu’il soit de rue ou de théâtre, mimé ou dialogué, déguisé ou pas, au premier plan ou placé en arrière plan, dans Les enfants du paradis, le spectacle est permanent et la représentation générale. Le film baigne dans une vraie atmosphère qui imprègne des décors dont la reconstitution est précise et très travaillée. Les pantomimes peuvent être perçues comme autant d’hommages au cinéma muet. Ce long métrage aux dialogues ciselés signés par Jacques Prévert relève finalement de la pure comédie humaine.

Enfin, la version restaurée projetée permet de redécouvrir la belle gestion par Marcel Carné de la profondeur de champ. Elle sera distribuée en DVD et Blu-ray courant 2017.

Thérèse Raquin

de Marcel Carné (1953, 1h42)

therese-raquinThérèse Raquin (Simone Signoret) mène une vie triste et monotone à Lyon. Elle est l’épouse de Camille (Jacques Duby), avec lequel, orpheline, elle a été élevée. Thérèse rencontre un camionneur italien, Laurent (Raf Vallone), dont elle devient la maîtresse. Quand elle évoque son souhait de divorcer, Camille et surtout sa mère (Sylvie), une femme austère, s’y opposent violemment.

Notre avis () : Pas vu

Hollywood, la cité des femmes

Sérénade à trois

d’Ernst Lubitsch (1933, 1h31) – Miriam Hopkins – Titre original : Design for Living

serenade-a-troisDans le train qui l’emmène à Paris, Gilda (Miriam Hopkins), dessinatrice pour une marque de caleçon, rencontre Tom Chambers (Fredric March), auteur dramatique, et George Curtis (Gary Cooper), peintre. Gilda est attendue par Max Plunkett (Edward Everett Horton), son patron, mais également son soupirant. Tom et George s’éprennent également de Gilda. Celle-ci devient leur muse, mais impose un gentlemen’s agreement : « No sex ! ».

Notre avis () : Pas vu

L’Introuvable

de W.S. Van Dyke (1934, 1h31) – Myrna Loy – Titre original : The Thin Man

lintrouvableNick Charles (William Powell), ancien détective privé, occupant le plus clair de son temps à parier, boire et s’occuper de sa nouvelle épouse Nora (Myrna Loy), est contacté par la fille de Clyde Wynant (Edward Ellis), un célèbre inventeur. L’homme est séparé de sa femme Mimi, à la suite d’une relation avec Julia, sa secrétaire qu’il soupçonnait de lui avoir dérobé de l’argent. Julia est retrouvée assassinée, Wynant a disparu. Nick et Nora se lancent dans l’enquête…

Dans sa présentation du film, Antoine Sire indique que L’introuvable a longtemps été non exploité en France et trace trois points communs avec… Tarzan, l’homme singe (1932) !

  1. les deux films comportent un couple ultra connu Tarzan/Jane et Nick et Nora Charles incarné ici par William Powell et Myrna Loy, deux acteurs réunis à 14 reprises durant leur carrière,
  2. Maureen O’Sullivan, mère de Mia Farrow, joue dans les deux films,
  3. ces deux films ont été réalisés par W. S. Van Dyke.

Notre avis (***) : Cette adaptation d’un roman policier de Dashiell Hammett ne souffre d’aucun temps mort. L’introuvable se décline en une enquête policière doublée d’une comédie domestique. L’intrigue est un peu compliquée mais elle est allégée par un ton insolent et sarcastique. La performance livrée par William Powell est excellente.

Ce film de W. S. Van Dyke met en scène des personnages masculins et féminins singulièrement portés sur l’alcool à toutes heures y compris les heures de service. Il a été distribué en 1934 peu de temps avant l’instauration du code Hays. Quelques mois plus tard, la censure qui a accompagné le code Hays n’aurait jamais accepté, en  l’état, la diffusion de L’introuvable. Vous reprendrez bien un verre !

Jeux de mains

de Mitchell Leisen (1935, 1h19) – Carole Lombard – Titre original : Hands across the Table

jeux-de-mainsRegi Allen (Carole Lombard) est manucure dans un grand hôtel new-yorkais. Elle recherche ardemment un millionnaire à épouser. Cela pourrait être un résident de l’hôtel, Allen Macklyn (Ralph Bellamy), un richissime paralytique. Mais un jour, elle découvre qu’un client, Theodore Drew III (Fred MacMurray), est issu d’une très bonne famille. Elle entreprend de le séduire.

Présentation du film par Bertrand Tavernier et Pascal Thomas.

Notre avis (*) : Cette screwball comedy traite de l’arrivisme de son personnage féminin incarné par Carole Lombard dont le jeu imprévisible et aux multiples changements de ton fait merveille. En inversant les rôles entre les hommes et les femmes, Mitchell Leisen bouscule les apparences sociales dans Jeux de mains qui n’est rien d’autre qu’une comédie légère et loufoque. Ce film est plutôt, voire exclusivement, destiné aux spectateurs amateurs de ce genre cinématographique.

Lettre d’une inconnue

de Max Ophuls (1948, 1h28) – Joan Fontaine – Titre original : Letter From an Unknown Woman

lettre-dune-inconnueVienne, années 1900. À la veille d’une provocation en duel par un mari bafoué, Stephan Brand (Louis Jourdan), un célèbre et séduisant pianiste sur le déclin, reçoit la lettre d’une certaine Lisa Brendle (Joan Fontaine). Il découvre que celle-ci lui a voué toute sa vie un amour sans limites. Lisa revient sur ses différentes rencontres avec Stefan, depuis le jour où celui-ci s’installa à côté de chez elle et où elle tomba amoureuse de lui, pour ne jamais s’en défaire.

Présentation du film par Marisa Paredes et Régis Wargnier.

Notre avis (***) : Deuxième film américain de Max Ophuls alors en exil, Lettre d’une inconnue contient toute la nostalgie de son auteur pour un passé révolu. Une chronique tragique d’un amour impossible dans une Vienne du début du XXème siècle minutieusement reconstituée dans ses décors tant extérieurs qu’intérieurs.

Outre l’interprétation extrêmement fine de Joan Fontaine, Lettre d’une inconnue est aussi porté par une mise en scène remarquable. Max Ophuls multiplie les mouvements de caméra complexes (escaliers) et les cadrages d’une précision chirurgicale. Ce long métrage est filmé dans un noir et blanc magnifié par une excellente maîtrise de la lumière.

Chaînes conjugales

de Joseph L. Mankiewicz (1949, 1h43) – Linda Darnell, Jeanne Crain – Titre original : A Letter to Three Wives

chaines-conjugalesTrois amies (Jeanne Crain, Linda Darnell, Ann Sothern), partent en bateau pour une journée d’excursion avec un groupe d’orphelins. Peu avant le départ, elles reçoivent une lettre d’Addie Cross, qui fait habituellement partie du groupe, leur annonçant qu’elle ne les rejoindra pas et qu’elle quitte la ville avec le mari d’une d’entre elles. Sans préciser lequel…

Lors de la présentation du film avant sa projection, Régis Wargnier précise qu’initialement il était prévu cinq personnages féminins.

Notre avis (***) : Dans Chaînes conjugales, Joseph L. Mankiewicz prend appui sur le conformisme de la classe moyenne américaine pour égratigner les obsessions de mariage et d’ascension sociale des américains moyens.

Le scénario solide, rigoureux et intelligent est élégamment et finement écrit. Ce film de la fin des années 40 jouit également d’une narration moderne et limpide en partie réalisée en voix-off et organisée autour de trois longs flashbacks qui se font écho. Chaque flashback voit son propos concentré sur l’une des trois principales protagonistes et permettent au final un bel approfondissement de la psychologie de chacune d’entre elles. Chaînes conjugales permet aussi d’apprécier un Kurt Douglas dans un rôle éloigné de ses interprétations usuelles.

L’Héritière

de William Wyler (1949, 1h55) – Olivia de Havilland, Miriam Hopkins – Titre original : The Heiress

lheritiereNew York, 1850. Le Dr. Austin Sloper (Ralph Richardson), médecin de la grande bourgeoisie, vit avec sa fille Catherine (Olivia de Havilland) et sa sœur, veuve (Miriam Hopkins), dans une grande maison de Washington Square. Catherine, délaissée par son père qui ne s’est jamais remis de la mort de son épouse, est une jeune fille timide, gauche et sans charme. Lors d’un bal, elle rencontre Morris Towsend (Montgomery Clift). L’homme, sans situation, la courtise et elle tombe sous son charme. Mais son père voit en lui un coureur de dot et menace Catherine de la déshériter.

Présentation du film par Antoine Sire.

Notre avis (**) : William Wyler adapte ici une pièce de théâtre. Sa direction d’acteurs et sa mise en scène très classiques maintiennent dans le film des attributs théâtraux. Ce film permit à Olivia de Havilland d’obtenir un second Oscar. Il permet également d’entendre Montgomery Clift chanter en français quelques couplets de Plaisir d’amour. La partition de cette chanson est d’ailleurs le thème principal de la B.O. de L’Héritière.

La version restaurée vue au festival Lumière 2016 fera l’objet d’une ressortie nationale le 9 novembre 2016.

Eve

de Joseph L. Mankiewicz (1950, 2h18) – Anne Baxter, Bette Davis, Marilyn Monroe – Titre original : All about Eve

eveBroadway. Le prix Sarah Siddons vient d’être décerné à la jeune et radieuse comédienne Eve Harrington (Anne Baxter), inconnue il y a peu de temps encore. Quelques mois plus tôt, cette jeune femme, grande admiratrice de la légende des planches new-yorkaises, Margo Channing (Bette Davis), était reçue par son idole dans sa loge…

Notre avis (**) : Eve de Joseph L. Mankiewicz est un classique hollywoodien récompensé par six Oscars. Ce long métrage au scénario solide et rigoureux bénéficie d’excellents dialogues incisifs et d’une impressionnante interprétation de Bette Davis. Côté masculin, la performance de Hugh Marlowe est également remarquable.

Par contre, Eve souffre d’un sujet – le théâtre – que le film ne montre guère et que les protagonistes ne pratiquent pas. Joseph L. Mankiewicz a préféré filmer de multiples salons feutrés, ce qui est un choix de mise en scène contestable. Enfin, le finale autour du personnage de Phoebe est inutile et ne convainc donc pas.

Le Masque arraché

de David Miller (1952, 1h50) – Joan Crawford – Titre original : Sudden Fear

le-masque-arracheMyra Hudson (Joan Crawford) est une dramaturge à succès, mariée à Lester Blaine (Jack Palance), un acteur plus jeune qu’elle. Par le biais d’un dictaphone non débranché, elle apprend que son époux la trompe et compte, avec sa maîtresse Irene (Gloria Grahame), l’assassiner dans les plus brefs délais afin de récupérer sa fortune.

Présentation du film par Delphine Gleize.

Notre avis (***) : Après une longue mise en place des personnages pourtant peu nombreux, David Miller fait définitivement basculer Le masque arraché dans un genre plus ouvertement angoissant. L’atmosphère anxiogène déployée prend appui sur des sons ou des objets communs et connus pour être inoffensifs. Un tour de force que le réalisateur complète par l’usage du hors champ ou du champ en partie masqué.

Le scénario du Masque arraché déjà efficace car rigoureux, inventif et sans faille voit ainsi son suspense amplifié. Si l’essentiel de ce film noir se déroule en intérieur, son finale montre une course poursuite nocturne convaincante.

Mirage de la vie

de Douglas Sirk (1959, 2h05) – Lana Turner – Titre original : Imitation of Life

mirage-de-la-vieLora Meredith (Lana Turner), est une actrice sans emploi. Veuve, elle vit seule avec sa fille Susie. Sur la plage de Coney Island, elle rencontre une femme noire, Annie (Juanita Moore), également mère d’une fillette, Sarah-Jane. Lora décide de les accueillir chez elle et d’embaucher Annie comme gouvernante, pendant qu’elle se consacrera de nouveau à sa carrière. Elle délaisse progressivement sa fille et son amant Steve Archer (John Gavin). Les fillettes grandissent ensemble, et Sarah-Jane (Susan Kohner), métisse, prenant de plus en plus en horreur son origine noire, rejette sa mère et décide de se faire passer pour blanche.

Présentation du film par Anne Consigny et Antoine Sire.

Ce film fait l’objet d’une ressortie nationale par Ciné Sorbonne le 5 octobre 2016 en version numérique restaurée.

Notre avis (*) : Sorti en 1959, Mirage de la vie est le dernier mélodrame américain réalisé par Douglas Sirk. Dans l’Amérique conservatrice de la fin des années 50, le cinéaste d’origine danoise s’attache à traiter de la différence raciale. Un sujet qu’il caractérise par un duo de femmes, l’une est blanche et carriériste, l’autre est noire et servante.

Malgré une indispensable re-contextualisation historique, Mirage de la vie n’est le réceptacle que d’un traitement superficiel de cet intéressant sujet. Les effets scénaristiques redondants, les interprétations posées, parfois guindées, et un finale larmoyant ont raison des belles intentions initiales. Dans ce mélodrame déséquilibré, la romance prend trop ouvertement le dessus sur le drame sociétal. Alors que les États-Unis de l’époque étaient en plein combat sur les droits civiques, Douglas Sirk ne se montre pas suffisamment incisif dans ses propos, dommage.

Buster Keaton, Part 1

Les Lois de l’hospitalité

de Buster Keaton et Jack Blystone (1923, 1h05) – Titre original : Our Hospitality

les-lois-de-lhospitalite1810, dans les États du Sud. La vieille querelle entre les familles McCay et Canfield fait un mort, laissant veuve Madame McCay, mère du très jeune Willie. Afin de protéger son enfant, elle décide de quitter la ville. Vingt ans plus tard, Willie (Buster Keaton) revient prendre possession de la demeure familiale. Lors de son voyage en train, il tombe sous le charme d’une belle jeune femme, qu’il ignore encore être Virginia Canfield (Natalie Talmadge)…

Présentation du film par Florence Seyvos.

Ciné-concert avec accompagnement musical live au piano par Romain Camiolo.

Notre avis (***) : Ce deuxième long métrage de Buster Keaton conserve un aspect fragmenté hérité des courts métrages réalisés auparavant par le cinéaste. Les lois de l’hospitalité métaphorise la famille (protection du foyer familial). C’est également un film familial pour Buster Keaton qui distribue un rôle à son père, son épouse et son jeune fils. Les effets burlesques vont crescendo jusqu’à un finale assimilable à un torrent d’acrobaties.

Fiancées en folie

de Buster Keaton (1925, 56min) – Titre original : Seven Chances

fiancees-en-folieJames (Buster Keaton) est amoureux de Mary (Ruth Dwyer), mais trop timide, il n’a jamais vraiment osé lui déclarer sa flamme. Un jour, un avocat (Snitz Edwards) lui annonce la mort de son aïeul et un fabuleux héritage. Mais le jeune homme ne pourra en bénéficier que s’il est bien marié le jour de ses 21 ans, à 19h. Or c’est le jour même…

Séance ciné-concert avec accompagnement musical live au piano par Raphaël Chambouvet.

Dans sa présentation du film, Michel Ciment indique que, contrairement à Charlie Chaplin (cinéma plutôt axé sur les visage), Buster Keaton privilégie la mise en place des espaces et les rapports à la nature.

Notre avis (***) : Fiancées en folie fait partie des 19 courts métrages et 11 longs métrages du programme de restauration Keaton project. Le film démarre comme une comédie élégante et mélancolique. Puis, progressivement le rythme du film s’accélère au fur et à mesure que les échecs et les embûches s’accumulent. On retrouve cette même accumulation du côté du nombre de figurantes qui se comptent par centaines ! La course effrénée maintenue par Buster Keaton aboutit à une avalanche burlesque dans un finale quasi cauchemardesque. Fiancées en folie prouve également que Buster Keaton faisait preuve d’un sens aigu de l’ellipse… visuelle.

Cadet d’eau douce

de Buster Keaton et Charles Reisner (1928, 1h10) – Titre original : Steamboat Bill Jr.

cadet-deau-douceWilliam Canfield (Ernest Torrence), dit « Steamboat Bill », est le propriétaire d’un vieux bateau à roues sur le Mississippi. Mais sa vieille barcasse fait pâle figure face au nouveau venu, le King, propriété de son concurrent – et désormais ennemi – J. J. King (Tom McGuire). Steamboat Bill apprend que son fils (Buster Keaton), qu’il n’a pas vu depuis des années, arrive de Boston. L’allure très endimanchée et le comportement insolite de Willie Jr. déplaisent particulièrement à son père. Rien ne s’arrange quand ce dernier apprend que Willie est amoureux de Kitty (Marion Byron), la fille de King.

Présentation du film par Agnès Varda qui, entre Chaplin et Keaton, avouera une préférence pour le dernier nommé « sans pour autant jeter de la tour » Charlie Chaplin. Dans Les 101 nuits, la cinéaste reprend d’ailleurs quelques secondes d’un plan séquence de Buster Keaton.

Notre avis (***) : En ne faisant référence qu’au personnage interprété par Buster Keaton, le titre original du film – Steamboat Bill, Jr. – est inférieur à sa version francisée. Voilà un constat suffisamment rare qui mérite d’être signalé.

Dans Cadet d’eau douce, entre gags, situations cocasses et acrobaties, le spectacle est permanent. Bien que muets et en noir et blanc, les morceaux de bravoure qui jalonnent le film de bout en bout demeurent inusables, indémodables et toujours aussi efficaces. Parmi caux-ci, on peut relever notamment une épique lutte contre des éléments naturels contraires, une séance d’essayage de chapeaux et une tempête dévastatrice qui fait s’envoler façades, arbres, voitures, etc. Près de 90 ans après sa réalisation, cette tempête d’anthologie fait toujours figure de référence.

Un film tout public que les quelques têtes blondes présentes dans la salle ont particulièrement apprécié. Mais les adultes n’étaient pas en reste dont Laurent Gerra, Raphaël Mezrahi et Ramzy Bédia vus parmi les spectateurs.

Buster Keaton c’est tout simplement un Charlie Chaplin doué d’un talent d’acrobate. Sa filmographie est à redécouvrir. Elle fait l’objet d’un programme de restauration qui s’achèvera en 2020.

Programme Buster Keaton

Sélection de 4 courts métrages de de Buster Keaton et Eddie Cline :
  • Malec champion de tir (The High Sign, 1920, 20min)
  • Malec chez les Indiens (The Paleface, 1921, 20min)
  • Frigo Fregoli (The Play House, 1923, 23min)
  • Frigo déménageur (Cops, 1922, 18min)

malec-champion-de-tirQuatre courts métrages afin de voir ou revoir les premiers films réalisés par Buster Keaton au sein de ses propres studios et de la Comique Film Corporation, avant qu’il ne se lance dans la réalisation de longs métrages. Au programme : un homme à la recherche d’un emploi, pris pour un tireur d’élite ; le rêve de spectacle d’une petite main du théâtre ; un chasseur de papillons devenant chef d’une tribu indienne et un amoureux éconduit avec un chargement de meubles volés sur les bras.

Ciné-concert avec accompagnement musical live au piano par Romain Camiolo.

Présentation du film par Thierry Frémaux et Laurent Gerra.

Notre avis (***) : Réalisés dès le début des années 20, les quatre courts métrages composant ce programme contiennent déjà tous les ingrédients qui feront le succès, jusqu’à l’avènement du cinéma parlant, de la filmographie de Buster Keaton. Sur ces aspects, Malec champion de tir produit en 1920 vaut pour exemple. Dans Frigo fregoli, Buster Keaton multiple son propre personnage pour prendre diverses apparences et va jusqu’à singer un singe. Pour sa part, Malec chez les indiens cache un sous texte sociétal relatif à la lutte entre les blancs et les indiens. Après avoir été pourchassé par eux, l’homme blanc incarné par Buster Keaton devient le chef d’une tribu d’indiens et prendra la défense de ces derniers face aux blancs qui cherchent à imposer leur loi.

Quentin Tarantino : 1970

Butch Cassidy et le Kid

de George Roy Hill (1969, 1h50) – Titre original : Butch Cassidy and the Sundance kid

butch-cassidy-et-le-kidAu début du XXe siècle, Butch Cassidy (Paul Newman) et son ami Sundance Kid (Robert Redford) pillent les trains et les banques. Les deux malfrats élaborent un plan ingénieux qui leur permet de dévaliser deux fois le même convoi, mais les autorités sont sur leur piste. Le Kid retrouve son amie, Etta Place (Katharine Ross), une jeune institutrice, et Butch Cassidy improvise avec elle un brillant numéro à bicyclette. La seconde attaque de l’Union Pacific oblige les deux complices et Etta à abandonner leurs amis et à fuir en Bolivie. Là, ils poursuivent leurs exploits criminels et ce, malgré la défection de la jeune femme, effrayée par la tournure que prennent les événements.

Notre avis (***) :

#FestivalLumiere2016: Butch Cassidy et le Kid

L’inconnu italien : Antonio Pietrangeli

Du soleil dans les yeux

d’Antonio Pietrangeli (1953, 1h38) – Titre original : Il sole negli occhi

du-soleil-dans-les-yeuxAprès avoir perdu ses parents, Celestina (Irene Galter), jeune provinciale ingénue, quitte son village afin de s’installer à Rome comme domestique. Confrontée à des employeurs qui n’hésitent pas à profiter de sa naïveté, elle va de place en place. Lorsqu’elle rencontre le séduisant Fernando (Gabriele Ferzetti), qui la courtise avec ferveur, la jeune femme croit avoir enfin trouvé le grand amour. Mais quand elle tombe enceinte, Fernando disparaît…

Présentation du film par Clotilde Courau.

Notre avis (***) : Premier film d’Antonio Pietrangeli, réalisateur italien tombé dans l’oubli, Du soleil dans les yeux décrit la société transalpine des années 50 et constitue donc un véritable témoignage d’une époque. Celle d’une société encore très machiste (scène du bus) qui voit émerger une nouvelle petite bourgeoisie.

A travers le personnage de Celistina, interprété par Irene GalterAntonio Pietrangeli trace le parcours d’apprentissage chaotique d’une jeune paysanne migrant à Rome pour trouver un travail. Ce tissu urbain moderne est la toile de fond utilisée par le réalisateur italien pour porter son regard sur l’émancipation féminine et la solidarité des femmes face à leurs homologues masculins machistes. Du soleil dans les yeux peut être identifié à une pertinente réflexion sur la violence entre les classes sociales dans l’Italie des années 50.

Ressortie en salle le 12 octobre 2016.

Je la connaissais bien

d’Antonio Pietrangeli (1965, 1h37) – Titre original : Io la conoscevo bene

je-la-connaissais-bienAdriana (Stefania Sandrelli) est une jolie provinciale qui rêve de devenir actrice. Elle quitte son village natal pour faire carrière à Rome. Légère et candide, la jeune fille multiplie les aventures et les emplois en quête d’un rôle. Désarmée face aux humiliations et aux manipulations, elle choisit une issue tragique. Tous ceux qui ont traversé sa vie et croyaient la connaître sont frappés de stupeur.

Notre avis () : Pas vu

Histoire permanente des femmes cinéastes : Dorothy Arzner

L’Obsession de Madame Craig

de Dorothy Arzner (1936, 1h13) – Titre original : Craig’s Wife

lobsession-de-madame-craigHarriet Craig (Rosalind Russell) a épousé Walter (John Boles) par sécurité. Elle souhaitait une belle maison parfaitement rangée, des domestiques, la quiétude d’une vie bien ordonnée. Le seul rôle de son époux est d’assurer ce confort. Lorsque Walter se retrouve mêlé à une affaire de meurtre, les commérages viennent perturber cet univers lisse et aseptisé.

Présentation du film par Philippe Garnier avec la présence dans la salle de Bertrand Tavernier et de Quentin Tarantino.

Notre avis (**) : Tiré d’une pièce de George Kelly, L’obsession de Madame Craig est le plus grand succès de Dorothy Arzner et son seul film réalisé pour la Columbia. Ce long métrage s’avère donc isolé d’un point de vue production mais aussi atypique dans son contenu si on le compare aux films produits pour la Paramount par la réalisatrice américaine.

Madame Craig, incarnée par Rosalind Russell, est ainsi montrée presque comme un monstre. Au delà de ce personnage principal, le travail effectué sur les personnages secondaires est intéressant puisque Dorothy Arzner a opté pour un traitement par couple. Le portrait féminin dressé est sans concession à travers un contrat de mariage perçu comme un contrat d’affaire aux règles strictes et sans échappatoires possibles.

Il est très étonnant de voir Quentin Tarantino en visite dans le sweet home bien rangé de Dorothy Arzner. Les obsessions de Madame Craig semblent très éloignées de celles qui animent les personnages de cinéma de l’auteur de Pulp fiction. C’est peut-être l’unique copie 35 mm du film qui nous a été projetée qui a attiré le fervent amoureux des pellicules qu’il est.

Devons-nous nous attendre à une version « Pulp » de Madame Craig, ce serait très étonnant ! Le mystère reste entier mais toujours est-il que, au détour d’un vase cassé, d’une rayure sur le carrelage ou d’un cendrier rempli de mégots, L’obsession de Madame Craig est un film « amazing » (sic).

Bertrand Tavernier présente

Voyage à travers le cinéma français

de Bertrand Tavernier (2016, 3h12)

voyage-a-travers-le-cinema-francaisPlongée de plus de trois heures dans le cinéma français des années 1930 à 1970, accompagnée par le cinéaste-cinéphile Bertrand Tavernier.

Avant la projection de son film, Bertrand Tavernier précise qu’il n’est pas critique et que Voyage à travers le cinéma français n’a pas vocation à être exhaustif. C’est un film de gratitude et de remerciement aux personnes qui l’ont soutenu. Ce n’est pas un film musée, mais un film sur les longs métrages qui ne sont plus programmés à la télévision à l’exception de Ciné Classic et de parfois Arte.

Ce soir, Voyage à travers le cinéma français va être projeté en version française sous titrée en anglais car dans la salle a pris place Quentin Tarantino. Comme l’a indiqué Thierry Frémaux, il ne manquait que Martin Scorsese pour avoir la quintessence de la cinéphilie mondiale !

Notre avis (****) : Œuvre somme fruit de cinq ans de travail, Voyage à travers le cinéma français est un hommage aux réalisateurs (Jacques Becker, Claude Sautet, Jean Renoir, Marcel carné, etc.), acteurs (Jean Gabin, Eddie Constantine, Simone Signoret, Michel Piccoli, etc.), scénaristes et compositeurs. Sous les commentaires et les anecdotes de Bertrand Tavernier, c’est le cinéma français des années 30 aux années 70 qui est scruté et analysé.

Ce que Martin Scorsese avait fait sur le cinéma américain et italien, Bertrand Tavernier le réalise pour le cinéma français. Voyage à travers le cinéma français est sorti en salle ce mercredi et a vocation à devenir un classique indispensable. A voir toute affaire cessante !

En 2017, Voyage à travers le cinéma français aura une suite sous la forme d’une série qui durera neuf heures…

Lucky Jo

de Michel Deville (1964, 1h31)

lucky-jo

Jo (Eddie Constantine) est un truand qui porte la guigne à tous ceux qui l’entourent. Sa maladresse l’a envoyé, lui et ses trois coéquipiers, en prison. À sa sortie, ses anciens acolytes refusent de le revoir, sauf Mimi (Françoise Arnoul). Un nouveau casse tourne mal et divise les quatre amis, mais Jo compte bien mener son enquête.

Film présenté par Jean-Paul Salomé et Bertrand Tavernier.

Notre avis (**) : Sur une partition originale de Georges Delerue, Michel Deville livre avec Lucky Jo un ovni dans le paysage du cinéma français.

Lucky Jo est une adaptation libre du roman noir Main pleine de Pierre G. Lesou. Une liberté que nous retrouvons dans les dialogues souvent comiques et dans un montage abrupt. Le récit semble ainsi être déroulé en pointillés au rythme d’un ton changeant. Il est dès lors difficile d’attacher un unique genre à Lucky Jo. L’épilogue « tombe à l’eau » et nous interroge sur l’essence même de ce long métrage, objet très singulier et étonnant.

Alphaville

de Jean-Luc Godard (1965, 1h40)

alphaville-une-etrange-aventure-de-lemmy-cautionLemmy Caution (Eddie Constantine), le célèbre agent secret, part pour la ville futuriste d’Alphaville. Là, il doit retrouver et ramener Henry Dickson (Akim Tamiroff), son ancien collègue et créateur de la machine Alpha 60, qui contrôle Alphaville. Lemmy Caution est confronté à une population désormais privée de sentiments et pour laquelle les mots n’ont plus de valeur. Il va alors tenter de détruire Alpha 60.

Notre avis (****) : Dans ce film essai, Jean-Luc Godard fait la description d’une société du futur où les sentiments et la conscience de ses habitants ont disparu. Un monde déshumanisé et sans réelle communication entre les individus.

Ici, l’intrigue est accessoire, elle ne sert au réalisateur que de prétexte pour pratiquer des expérimentations sur les vecteurs de communication mis en œuvre. Les questions et les réponses sont simples, standard, répétitives et parfois prononcées hors contexte. Les échanges sont factices, déshumanisés et régulièrement parasités par les bruits de fond. Dans Alphaville, tous les moyens de communication semblent dysfonctionner (exemple : sur demande de l’étage 5 dans un ascenseur, celui-ci s’arrêtera à l’étage 4 sans que les protagonistes ne trouvent ceci anormal). Ce pays intérieur qu’est Alphaville fonctionne selon une logique spécifique. Les hommes qui ont un comportement logique sont exécutés dans le « SS », entendre dans la piscine du Sous-Sol.

L’étrangeté d’Alphaville est également entretenue par les options retenues pour le montage des plans et l’emploi de voix (off) monocordes. Au travail colossal réalisé sur les médias de communication d’Alphaville, il faut ajouter celui relatif au repérage des lieux intérieurs comme extérieurs futuristes dans le Paris de l’année 1964. Alphaville est un objet filmique fascinant.

Invitation à Gong Li

Vivre !

de Zhang Yimou (1994, 2h13) – Titre original : Huo zhe vivreChine, années 1940. Fugui (Ge You), un jeune bourgeois, perd toute sa fortune au jeu. Sa femme Jiazhen (Gong Li) le quitte, son père meurt, il se retrouve à la rue. Après quelques mois de séparation, Jiazhen finit par lui pardonner. Fugui forme alors une troupe de théâtre d’ombres avec son ami Chunsheng (Guo Tao).

Notre avis (***) : Avec Vivre !, Zhang Yimou livre une fresque monumentale sur un quart de siècle de l’histoire de la Chine. A travers la vie d’une famille provinciale, ce sont les vingt cinq premières années du régime maoïste qui sont mises en images. Le récit chronologique est elliptique, les quatre décennies traitées le sont à travers une année unique (1948, 1958, 1966 et début des années 70).

Une période durant laquelle l’ennemi évoluera du contre-révolutionnaire au capitaliste mais restera intérieur. La radiographie filmique de Zhang Yimou est celle d’un pays en pleine mutation et dont les théâtres d’ombres sont la parfaite parabole. Le maoïsme parfaitement saisi par l’objectif du cinéaste chinois est témoin mais également acteur de la disparition de tout un pan des traditions et du folklore chinois. En cela, Vivre ! est une fresque historique sans équivalent.

Invitation à Park Chan-wook

Mademoiselle

de Park Chan-wook (2016, 2h24) – Titre original : Ah-ga-ssi

mademoiselleCorée. Années 1930, pendant la colonisation japonaise. Sookee (Kim Tae-ri) est engagée comme servante d’Hideko (Kim Min-hee), une riche Japonaise vivant recluse dans un immense manoir, sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, elle a d’autres plans pour Hideko…

Notre avis () : Pas vu

Grandes projections

Nous nous sommes tant aimés

d’Ettore Scola (1974, 2h04) – Titre original : C’eravamo tanto amati

nous-nous-sommes-tant-aimesFrères d’armes, Antonio (Nino Manfredi), Gianni (Vittorio Gassman) et Nicola (Stefano Satta Flores) ont célébré ensemble la chute du nazisme. La paix revenue, leurs chemins se sont séparés. Nicola a tout abandonné pour suivre ses ambitions cinéphiles et militantes, Gianni est devenu un bourgeois amer et Antonio, fidèle à ses idées politiques, ne parvient pas à progresser socialement. Trente années passent, au fil des rencontres et des hasards.

Présentation du film par Eric Lartigau.

Notre avis (***) : Sur une période allant de 1945 et 1972, Ettore Scola retrace le destin de ses trois personnages  principaux. C’est le récit d’une amitié qui se délite au rythme des illusions perdues. Par ce portrait doux-amer (la nostalgie sous-jacente est contrebalancée par un humour certain), le réalisateur italien dresse également celui de toute une génération post seconde Guerre Mondiale.

Nous nous sommes tant aimés sonne également comme un hommage au cinéma italien, notamment celui de Vittorio De Sica, ami d’Ettore Scola, celui-ci a dédié ce film à sa mémoire. Outre Vittorio De Sica, Marcello Mastroianni et Federico Fellini (confondu avec Roberto Rossellini…) font ainsi partie du casting. A mi chemin entre comédie italienne et mélodrame, Nous nous sommes tant aimés fascine par son inaltérable fraîcheur.

La Porte du paradis

de Michael Cimino (1980, 3h36) – Titre original : Heaven’s Gate

la-porte-du-paradisEn 1870, James Averill (Kris Kristofferson) et Billy Irvine (John Hurt) fêtent la fin de leurs études à Harvard. Ils se retrouvent vingt ans plus tard : James est devenu shérif du comté de Johnson et Billy un de ces gros éleveurs qui voient d’un mauvais œil arriver les immigrants d’Europe centrale attirés par le rêve américain. Décidée à les combattre, l’association des éleveurs donne à des mercenaires une liste sur laquelle figurent ceux qu’il faut liquider. Bravant tout sentiment de classe, James s’oppose à cette intervention, mettant en danger sa propre vie et celle de la femme qu’il aime (Isabelle Huppert)…

Présentation du film par Thierry Frémaux, Joann Carelli (productrice du film) et Calantha Mansfield (filleule de Michael Cimino et fille de David Mansfield auteur de la B.O. de La porte du paradis).

Michael Cimino, décédé le 30 juin dernier, était un habitué du festival Lumière et un grand amoureux de la ville de Lyon. Pour lui rendre hommage, un clip dédié à sa filmographie a été réalisé et diffusé avant la projection de La porte du paradis ainsi que sa version de La sortie d’usine. Une Sortie d’usine particulière puisque Michael Cimino avait demandé à ce que tous les participants courent. Un exercice auquel tout le monde s’est prêté de bonne grâce sauf Richard Borhinger qui clos cette sortie « accélérée » en marchant.

Notre avis (****)La porte du paradis est un film aussi fabuleux que son échec commercial a été retentissant. Une échec qui a causé la faillite du studio United Artists et la mort du Nouvel Hollywood. Derrière cette Porte du paradis, c’est l’enfer qui attendait Michael Cimino devenu paria dans la sphère Hollywoodienne.

Cet échec au box office est en partie lié aux faits racontés d’une Amérique pas si éloignée de nous (fin du XIXème siècle). Les qualités de ce long métrage sont pourtant innombrables : des décors naturels ou reconstitués vertigineux, des mouvements de caméra complexes et parfaitement réalisés, une captation saisissante de la lumière naturelle, des figurants par centaines, des reconstitutions de fusillades relevant de la chorégraphie, etc.

Si la version longue d’une durée légèrement supérieure à 3 heures et demi dilue inévitablement le propos et introduit un certain déséquilibre dans le traitement des divers personnages, elle est sans contexte la version à voir absolument d’un point de vue cinématographique. Un très grand film de cinéma par un des plus brillants cinéastes du Nouvel Hollywood, à jamais incompris.

Trésors des archives

La Chanson du cœur

de Mario Volpe (1932, 1h27) – Cinémathèque française – Titre original : Onchoudet el-Fouad

la-chanson-du-coeurUn pacha égyptien et une danseuse européenne vivent une histoire d’amour. L’homme emmène la jeune femme dans sa petite ville du sud de l’Égypte…

Lors de la présentation du film avant sa projection, Thierry Frémaux affirma la rareté de ce premier film parlant et chantant égyptien. La chanson du coeur est proposé par la cinémathèque dont le président, Costa-Gavras, évoqua les relations solides de cette institution avec le cinéma égyptien. Pour sa part Frédéric Bonnaud précisa que ce film réalisé par Mario Volpe reste inconnu tout comme son auteur, un aventurier italien dont on ne sait pas grand chose y compris de l’autre côté des Alpes. Enfin Emilie Cauquy fit mention que ce long métrage a fait l’objet de plusieurs restaurations mais demeurait incomplet. Lors de la restauration du film, la chanson titre, un temps perdue, fut retrouvée sur un disque 78 tours et resynchronisée avec les photogrammes du film. Cette restauration a également été accompagnée par l’ajout de sous-titres en français sur les passages dialogués.

Pour cette restauration projetée en première mondiale dans la salle 4 du cinéma Comoedia, Costa-Gavras resta dans la salle dans laquelle était également présent François Aymé, président de l’AFCAE.

Notre avis (***) : L’intrigue, un mélodrame peu orignal et rocambolesque, n’est pas  la qualité première de de La chanson du coeur. A peine peut-on noter un pastiche de Roméo et Juliette. Juliette nous gratifie de l’une des rares scènes dansée du film alors que le Roméo égyptien, fin mélomane mais à l’organe vocal défaillant, se fait seconder par un enregistrement sur vinyle. L’intérêt du film de Mario Volpe est ailleurs.

La chanson du coeur est le premier film musical égyptien, un genre à part entière et phare à Alexandrie et dans toute l’Égypte. Les interprétations des acteurs sont théâtrales mais peuvent s’expliquer par la proximité du cinéma muet (long métrage réalisé en 1932). D’ailleurs certaines séquences muettes jalonnent La chanson du coeur au milieu de scènes alternativement musicales, parlantes, chantées ou dansées. Cette œuvre de Mario Volpe acquiert ici une forme composite source d’étrangeté renforcée par son montage. La chanson du coeur est une incunable curiosité, une sorte de bulle cinématographique de 87 minutes coincée entre deux époques, celle du cinéma muet et celle du cinéma parlant. Le forme revêt également un intérêt historique en regard des lieux films, qu’ils soient urbains ou pas, historiques ou pas. Mario Volpe étaient un aventurier et certains passages de son film s’apparente à un documentaire géographique.

Break-up, érotisme et ballons rouges

de Marco Ferreri (1965, 1h37) – Cineteca de Bologna et Museo Nazionale del Cinema de Turin – Titre original : L’uomo dei cinque palloni

break-up-erotisme-et-ballons-rougesMario (Marcello Mastroianni) est propriétaire d’une usine de bonbons. Obsédé par les ballons de sa campagne publicitaire, le riche industriel sombre peu à peu dans la démence. Il délaisse sa fiancée, Giovanna (Catherine Spaak), qui le quitte, excédée. Mario se retrouve seul face à sa folie.

Dans la présentation du film, Gian Luca Farinelli précise que ce film réalisé en 1962 par  Marco Ferreri est rarissime y compris en Italie et que sa restauration a été primée au festival de Venise 2016.

Notre avis (**) : Comme son titre l’indique, dans Break-up, érotisme et ballons rouges, il est question de ruptures, d’érotisme (un peu) mais surtout de ballons (pas seulement rouges) que Marcello Mastroianni a tout loisir de gonfler jusqu’à ce qu’ils éclatent… ou pas. Cette occupation va devenir obsessionnelle chez notre héros et source de questionnements existentiels.

Filmé en noir et blanc, ces ballons sont complétés par une longue séquence en couleurs, sorte de bulle pop colorée coincée entre de multiples ballons gris. La scène finale, comme l’ensemble du film, est ambigüe et laisse cours à de nombreuses interprétations.

Ce film rare de Marco Ferreri est étrange, abstrait et difficilement identifiable à un autre film. Il marque aussi la première collaboration du réalisateur italien avec Marcello Mastroianni.

Nouvelles restaurations

Marie-Octobre

de Julien Duvivier (1959, 1h30)

marie-octobreMarie-Hélène Dumoulin (Danielle Darrieux), patronne d’une maison de couture, était Marie-Octobre pendant la guerre. Membre d’un groupe de résistants, elle a vu son chef et amant Castille arrêté et exécuté par les Allemands. Quinze ans plus tard, elle apprend que le réseau avait été dénoncé par l’un des siens. Elle réunit tous les survivants pour un dîner, bien décidée à démasquer le traître.

Présentation du film par Thierry Frémaux, Sophie Seydoux et Dominique Blanc.

Sophie Seydoux nous précise que le programme de restauration des films de Julien Duvivier se poursuit. Ainsi, Marie-Octobre peut être considéré, pour reprendre le terme de Thierry Frémaux, comme un « post-scriptum » à la rétrospective Duvivier du Festival Lumière 2015. Le public fait salle comble pour la projection en avant première de cette version numérisée 4k et restaurée 2k. Pour Dominique Blanc qui souligne l’unité de lien, de temps et d’action proposées par le cinéaste français dans Marie-Octobre, cette projection est l’opportunité de revoir ce film découvert lorsqu’elle était enfant mais pas revisionné depuis.

Notre avis (****) : Dans cette adaptation libre du roman de Jacques Robert, Julien Duvivier a réuni un excellent casting composé des meilleurs acteurs de l’époque avec notamment Bernard Blier, Robert Dalban, Danielle Darrieux, Paul Meurisse, Serge Reggiani, Lino Ventura. Dans la recherche du traite qui a livré quinze plus tôt leur réseau de résistance à la gestapo, il n’y a pas de rôle principal mais des rôles secondaires devant tour à tour principaux. Au rythme d’une investigation menée façon Agatha Christie, Julien Duvivier fait endosser à chaque acteur le rôle de juré ou de suspect numéro un. Le match de catch télévisé vu par extraits est prémonitoire des coups bas et trucages à venir avant d’être utilisé par Julien Duvivier comme moyen figuratif du combat que se livre sous nos yeux ces anciens complices.

Le huis clos en forme de polar est aussi parfaitement réalisé qu’interprété par des acteurs se rendant coup pour coup. Enfin, Marie-Octobre bénéficie également des toujours excellents et savoureux dialogues signés Henri Jeanson. La justesse de ces dialogues fait jeu égal avec la précision de la mise en scène du cinéaste.

L’excellente restauration réalisée sur ce film par la fondation Jérôme Seydoux-Pathé sera suivie, courant 2017, d’une distribution sur DVD et Blu-Ray. A ne pas louper !

Un homme de trop

de Costa-Gavras (1967, 1h55)

un-homme-de-trop1943, dans les Cévennes. Un groupe de maquisards reçoit de Londres l’ordre de libérer douze résistants condamnés à mort et emprisonnés à Sarlande. L’opération, menée par Cazal (Bruno Cremer) et ses lieutenants Thomas (Gérard Blain) et Jean (Jean-Claude Brialy), est une réussite. Mais ce sont treize hommes, et non douze, qui ont été libérés…

Lors de la présentation du film avant sa projection, Thierry Frémaux rappelle qu’après la rétrospective consacrée à Costa-Gavras en 2015, ce sont les deux premiers longs métrages du réalisateur, Compartiment tueur et Un homme de trop, qui sont inscrits au programme du festival Lumière 2016 après leur restauration respective.

Costa-Gavras nous informe que pour son deuxième long métrage, il souhaitait à l’époque adapter La condition humaine d’André Malraux. Comme ce roman est peut connu aux États-Unis, son coproducteur américain a refusé. Son deuxième  film aura finalement pour sujet la vie des maquisards fuyant le STO en Allemagne.

Bertrand Tavernier est aperçu dans la salle pour visionner ce film de Costa-Gavras.

Notre avis (*) : Film devenu rare, L’homme de trop est le premier film sur la Résistance traité comme un western. Le thème du film est passionnant mais il est placé au second plan dès la scène d’introduction qui fait la part belle à l’action. De plus, ce sujet explosif est continuellement désamorcé par un humour inadéquat, parfois parodique. Le long métrage vire à la débandade comme son finale.

Ce choix de narration fait par Costa-Gavras est regrettable car le casting convoqué est excellent : Michel Piccoli, Charles Vanel, Bruno Cremer, Jean-Claude Brialy, Gérard Blain, Claude Brasseur, Jacques Perrin, etc.

La Dernière vague

de Peter Weir (1977, 1h41) – Titre original : The Last Wave

la-derniere-vagueDavid Burton (Richard Chamberlain), avocat à Sidney, est chargé de défendre un groupe de cinq Aborigènes, accusés de meurtre à la suite d’une bagarre. Pourtant, Burton est intimement persuadé qu’il s’agit d’un crime rituel, dicté par d’anciennes lois tribales. Alors qu’il est en proie à d’étranges rêves, l’Australie est secouée par des phénomènes météorologiques inexplicables…

Dans sa présentation du film, Michel Ciment mit l’accent sur l’importance de redécouvrir la première vague du cinéma australien dont Peter Weir fait partie des auteurs parmi les plus intéressants.

Notre avis (***) : Dans La dernière vague, Peter Weir fait s’opposer ses deux personnages principaux. Le premier est blanc, avocat, rationnel et cartésien (Richard Chamberlain). Le second est aborigène et agit en respectant des rites anciens et tribaux.

De la psychologie contraire de ses deux protagonistes, Peter Weir parvient à instaurer dans son film une atmosphère originale et étrange. La mise en scène du réalisateur australien et la bande originale participent à ce microclimat anxiogène qui se voit également renforcé par des scènes spectaculaires prenant appui sur la force de la nature.

Séances spéciales

Soirée Ciné-club Télérama

point_dinterrogationL’hebdomadaire Télérama nous convie à une séance-mystère, en présence d’un invité dont l’identité ne sera révélée qu’une fois le public en salle. Ledit invité se prêtera ensuite à l’exercice de la masterclass, animée par le journaliste Laurent Rigoulet, avant que ne soit projeté un film de son choix.

L’invité mystère a été dévoilé la veille de la séance Ciné-club. L’hebdomadaire Télérama invite le chanteur Christophe à se prêter à l’exercice de la master class.

christophe

Compte-rendu de cette rencontre : Christophe – Du blues en bobines

C’est en fin d’interview que fut révélé le film choisi par Christophe pour ce ciné-club, à savoir

Les nerfs à vif

de Jack Lee Thompson (1962, 1h45) – Titre original : Cape fear

cape-fear

Notre avis (***) : Ce thriller de Jack Lee Thompson s’articule autour de ses deux personnages principaux. Max Cady, fraîchement sorti de prison, est interprété par Robert Mitchum qui compose ici un rôle qui lui était peu commun. Son interprétation est caractérisée par une masculinité poussée à l’extrême et animée par un désir indéfectible de vengeance. Face à lui, Gregory Peck en victime toute désignée évolue dans un registre plus conventionnel.

Comme son titre le suggère, ce long métrage de Jack Lee Thompson ménage un suspense efficace dans un crescendo soigneusement entretenu jusqu’à un violent épilogue. L’efficacité est également du côté d’une B.O., brillante. Les scènes de suspense les plus marquantes ne sont pas sans nous remémorer quelques plans séquences modèles d’Alfred Hitchcock.

Un magazine pour les cinéphiles