TIFF 2018: Notre journal critique

Vous retrouverez dans les lignes qui suivent notre journal critique de la compétition du TIFF (Toronto International Film Festival) 2018. La note maximale que l’on peut donner est ***** correspondant à nos yeux à un chef d’oeuvre, note que l’on donne très rarement, la note la plus basse est – quand on a trouvé le film très mauvais.

Film de Xavier Dolan
The death and life of John F. Donovan avec Kit Harrington, Jacob Tremblay, Natalie Portman…

Notre avis: ***

Le nouveau Xavier Dolan, « The death and life of John F. Donovan », son premier film en langue anglaise, était projeté au TIFF.
L’histoire relate les mémoires d’un jeune homme, qui raconte à une journaliste la correspondance qu’il avait enfant avec une star du petit écran (Kit Harrington, star de la série TV « Game of thrones ») depuis décédée. Les échanges permettent de mieux comprendre qui était cet homme.
Comme presque toujours chez Dolan, l’aspect autobiographique est très présent. Ici, il est multiple: il est à la fois cet enfant qui envoie ces lettres à son idole (on se souvient de cette anecdote maintes fois racontée où il évoque cette lettre envoyée enfant à Di Caprio à qui il vouait une admiration sans bornes), mais il est bien sûr aussi cette star, devenue une célébrité trop jeune, et souvent dépassée par cette notoriété.
Le film n’est pas le meilleur de Dolan, mais il reste néanmoins passionnant. Le questionnement sur la célébrité, l’extrême solitude qui en résulte est présenté de manière très pertinente.
Esthétiquement, le film est extrêmement léché. La photographie d’André Turpin (son chef opérateur depuis « Tom à la ferme ») est la plus aboutie qu’il ait pu faire avec Dolan.
Les références du film sont multiples, on pense bien sûr à « Citizen Kane » pour la narration, mais aussi à la folie de certaines séquences de « Magnolia » (et le même travail sur une musique omniprésente).
Mais la plus grande réussite du film est son jeune acteur, Jacob Tremblay. Déjà incroyable dans « Room » qui l’a révélé, il est ici prodigieux. on comprend aisément comment Xavier Dolan a pu se reconnaître et projeter son personnage dans ce jeune prodige de onze ans. Il eclipse tous les autres acteurs du film.

Film de Damien Chazelle
First Man avec Ryan Gosling, Claire Foy…

Notre avis: ***

« First man » faisait sa première mondiale au TIFF. Pour sa première incursion en dehors des films musicaux, Damien Chazelle s’intéresse à Neil Armstrong, et à son destin hors du commun. On suit Armstrong à travers les préparations des différentes missions, mais aussi et surtout avec sa famille.
Si le film se regarde avec plaisir, dommage qu’il soit très souvent très académique. Le film ne propose pas grand chose d’original, et pour peu que l’on connaisse un minimum l’histoire de l’astronaute, rien n’est novateur.
On a entendu dire que Ryan Gosling pourrait obtenir l’Oscar pour ce film. On se demande un peu pourquoi. Son jeu peu expressif, qui est sa marque de fabrique et qui fonctionne à merveille avec des réalisateurs comme Winding Refn est hélas ici contre-productive. Le refus de l’émotion sur certaines scènes paraît assez discutable.
La réussite du film réside néanmoins dans la mise en scène des scènes dans l’espace. Chazelle reste presque toujours à l’intérieur des vaisseaux, amenant constamment une atmosphère assez claustrophobique (renforcée par la mise en avant de l’aspect presque « artisanal » des matériaux utilisés pour les premières missions spatiales) et très immersive. Cependant, même là, la propension à remuer la caméra parfois de manière intempestive était sans doute superflue.
Un honnête divertissement, mais Neil Armstrong méritait sans doute mieux.

Film de Felix Van Groeningen
Beautiful Boy avec Steve Carell, Timothée Chalamet…

Notre avis: ****

« Beautiful boy », premier film américain de Felix Van Groeningen (« Alabama Monroe »), faisait sa première au TIFF. Le film, adapté d’une histoire vraie, raconte les difficultés rencontrées par un père (Steve Carell) qui doit gérer son fils (Timothée Chalamet), accro à la méthamphétamine.
On connaissait le talent de Van Groeningen pour la direction d’acteurs, et sa délicatesse pour raconter des histoires au plus proche de réel, tout en instillant une certaine poésie et quelques notes d’humour. « Beautiful boy » ne dérogera pas à la règle, tous les ingrédients sont là. Le film ne sombre jamais dans le mélo larmoyant, mais il arrive constamment à nous toucher. Ses deux acteurs, très complices, y sont pour beaucoup. Chalamet est la nouvelle coqueluche d’Hollywood, et film après film il prouve avec brio pourquoi. Carell est d’une justesse incroyable, et on devine bien derrière son interpretation la détresse d’un homme, partagé entre l’amour inconditionnel pour son fils, et la colère et l’incompréhension devant les choix de celui-ci. Les deux personnages sont dépassés, tiraillés (la drogue ou sa famille pour le fils, son fils ou sa nouvelle famille pour le père). Les ravages de la drogue sur le noyau familial sont explicites, mais le film ne fait jamais le procès des usagers de la drogue. Il relate avec talent la solitude et le sentiment d’impuissance qui frappent ceux-ci.
Une très belle réussite.

Film de Gaspar Noé
Climax avec Sofia Boutella…

Notre avis: ****

« Climax » de Gaspar Noé nous plonge au coeur d’une soirée de danseurs qui célèbrent la fin de leurs répétitions, avant une tournée mondiale. La soirée va vite dégénérer: quelqu’un a versé du LSD dans la sangria servie à tous…
Le postulat de départ de « Climax » est simple, et il n’ira pas beaucoup plus loin. Mais cela suffit largement à Noé pour nous plonger dans un bal survitaminé, musical, complètement chaotique, et à l’esthétique ultra-soignée.
Comme d’habitude, Noé et son chef opérateur Benoit Debie composent des plans extrêmement maitrisés, ici combinés à des séquences de danses à l’énergie incroyable, le tout orchestré par une bande sonore electro-disco (Cerrone, Moroder, Daft Punk…). Impossible de rester de marbre devant une telle réussite formelle. Si « Enter the void » reste toujours le film le plus abouti de Noé au niveau esthétique, ici la prouesse réside dans l’unité de lieu (une grande salle de répétitions), où l’intégralité du film se passe. Noé s’accapare un espace au visuel banal pour le transformer en un fantastique spectacle visuel.
« Climax », c’est « Fame » sous acide, et il est difficile de résister à ce trip… Qui se transforme vite en plongée en enfer.
Les spectateurs du TIFF ne s’y sont pas trompés: on aura rarement vu une telle ferveur dans une salle de cinéma…

Film de Caroline Poggi et Jonathan Vinel
Jessica Forever avec Aomi Muyock…

Notre avis: –

« Jessica forever » des français Caroline Poggi et Jonathan Vinel (dont c’est le premier long-métrage), est sans aucun doute le film que l’on aura le moins aimé jusqu’à présent au TIFF. Cette dystopie présente un monde dans lequel les orphelins seraient traqués sans relâche, et assassinés par le gouvernement. Un groupe de jeunes hommes orphelins, violents et asociaux, trouvent alors refuge auprès de Jessica, matriarche généreuse qui leur offre protection et… L’amour maternel qu’ils nécessitent pour se « réintégrer » dans la société. Sur le papier, le projet avait attisé la curiosité, la science-fiction se faisant toujours trop rare dans le cinéma français. Ce n’est certainement pas « Jessica Forever » qui va redorer le blason du genre. À part une scène d’ouverture audacieuse qui laissait présager du meilleur, le film ne tient aucune promesse. L’aspect science-fiction est bien vite délaissé au profit de scènes interminables, rarement en lien les unes avec les autres. Le scénario, décousu, part dans toutes les directions, et on se demande souvent ce que le film souhaite raconter. Les comédiens (à part la lumineuse Maya Coline), sont soumis à une façon de jouer monotone, et doivent réciter des dialogues d’une banalité incroyable (la scène dans laquelle les orphelins s’interrogent sur le choix du cadeau d’anniversaire de Jessica devient drôle malgré elle). Ils semblent constamment s’ennuyer (de jouer), mais on l’est malheureusement bien plus qu’eux. Même les choix esthétiques du film interrogent: tourné en partie sur une île (la Corse), on aurait pu espérer quelques audaces visuelles, mais elles ne sont que bien trop rares, et un aspect kitsch bien involontaire vient souvent polluer les scènes. Une grande déception, qui se prend beaucoup trop au sérieux.

Film de Steve McQueen
Widows avec Viola Davis, Colin Farrell…

Notre avis: ***

« Widows » de Steve McQueen (adapté d’une série TV britannique du même nom), raconte l’histoire de veuves qui, après la mort de leurs maris dans un braquage qui a mal tourné, doivent rembourser une dette. Elles décident alors d’organiser un cambriolage…
Le film, écrit par Gillian Flynn (« Gone girl ») présenté au TIFF, bénéficie d’un casting 4 étoiles: Viola Davis, Colin Farrell, Liam Neeson, Robert Duvall, Jon Bernthal, Michelle Rodriguez… Et évidemment d’un réalisateur de renom, attendu au tournant après son oscar du meilleur film pour « Twelve years a slave ».
« Widows » est un film spectaculaire, très bien exécuté et interprété, avec une intrigue à tiroirs passionnante (même si l’habituel twist de ce genre de films est assez invraisemblable) et… C’est tout. C’est sans doute faire la fine bouche, mais un casting, une scénariste et un réalisateur de ce talent laissaient sans doute espérer un film avec plus de substance. « Widows » est un divertissement de tous les instants, mais il aurait été intéressant que le film s’intéresse encore plus aux relations entre politiques et criminels (abordées ici de manière assez caricaturale) pour étoffer le film et son propos. Malgré tout, difficile de bouder son plaisir: « Widows » reste très efficace.

Film de Justin Kelly
Jeremiah Terminator LeRoy avec Laura Dern, Kristen Stewart…

Notre avis: ****

Basé sur des faits réels, « Jeremiah Terminator LeRoy » (en première mondiale au TIFF) de Justin Kelly relate l’histoire d’une écrivaine, Laura Albert (Laura Dern), qui écrit un best-seller sous pseudonyme qui se veut être autobiographique. C’est en fait l’histoire fictive d’un jeune homme, Jeremiah Leroy, au passé difficile. Le succès du livre aidant, les sollicitations pour rencontrer le jeune homme se font plus présentes, dans des événements de plus en plus prestigieux. Laura décide alors d’engager sa belle-soeur au look androgyne (Kristen Stewart) récemment rencontrée, pour incarner Jeremiah dans la vie réelle.
Si le film est une vraie réussite, c’est en grande partie due à ses deux actrices. Kristen Stewart offre une fragilité incroyable à son personnage, tandis que Laura Dern joue une partition qu’on ne lui connaissait pas jusqu’alors.
Le film offre une lecture très interessante sur l’égo et la frustration chez les artistes de l’ombre. Rapidement, le personnage public que Laura a créé va lui échapper, quand Jeremiah va commencer à être grisée par le succès et les rencontres. La reconnaissance cherchée est là, mais l’auteur du livre n’en est pas la bénéficiaire. Et Jeremiah devient lui-même un personnage à part entière, qui séduit, fascine. On s’interroge alors: qui de l’oeuvre ou de l’auteur intéresse le plus le public ?
Le film est passionnant jusqu’à la fin, et souvent drôle.

Film d’Andrea Bussmann
Fausto avec Victor Pueyo…

Notre avis: –

Bien étrange film qu’est « Fausto », présenté au TIFF. Filmé pendant ses vacances par Andrea Bussmann sur une plage mexicaine, le film déroute. A mi-chemin entre documentaire (il n’est pas présenté par sa réalisatrice, qui était là au TIFF, comme tel), et fiction, « Fausto » s’attarde sur des locaux, de nationalités variées, qui évoquent des histoires surnaturelles qui se seraient passées dans les environs. Si certaines histoires auraient méritées qu’on s’y attarde plus, d’autres, interminables, auraient pu être évitées. Le principal problème de ces histoires, c’est qu’elles ne donnent jamais lieu à un support visuel; la réalisatrice ne va pas sur les lieux évoqués, et le surnaturel n’est jamais tangible. C’est évidemment assumé, mais on s’ennuie fermement. L’esthétisme du film donne un vrai sentiment d’inachevé: certains plans sont parfois travaillés (ceux de nuit), mais les plans tournés la journée n’offrent aucune proposition esthétique. Le film donne l’impression de n’être jamais abouti, sur aucun aspect.

Film de Maxim Pozdorovkin
The truth about killer robots (Documentaire) 

Notre avis: ***

Premier documentaire vu au TIFF, « The Truth About Killer Robots » Maxim Pozdorovkin est très intéressant, mais souvent -trop- académique. Le film s’intéresse sur toutes les dérives de la robotique: morts au volant des voitures Tesla en auto-pilotage, robots sur des chaînes de montage qui sans raison aucune tuent des ouvriers, mais aussi, et c’est là qu’il est le plus passionnant, sur le nombre d’emplois qu’elle tue chaque jour. L’avènement d’un monde robotisé, fantasme de tous les films de science-fiction, est à portée de main, mais à quel prix ? Celui d’un monde dans lequel de nombreuses personnes, non qualifiées, ne se retrouvent plus. Le film voyage d’un pays à un autre, et fait le constat glaçant d’un monde globalisé qui souffre des mêmes maux partout. Le documentaire est passionnant, et l’est encore plus lorsqu’il s’aventure à quelques audaces visuelles (on pense à l’achat d’un repas par cette bloggueuse dans un camion entièrement robotisé). On aurait aimé sans doute que le film soit un peu moins bavard et parfois plus visuel pour une réussite totale.

Film d’Anurag Kashyap
Husband material avec Abhishek Bachchan, Vicky Kaushal et Taapsee Pannu…

Notre avis: *

Le nouveau film d’Anurag Kashyap avait de quoi susciter l’intérêt. Le réalisateur, chef de file d’un cinema indien indépendant et audacieux, nous avait habitué a des films réussis, que ce soit sous la casquette de réalisateur (“Gangs of Wasseypur”, “Ugly”) ou celle de producteur (“The Lunchbox”).
On s’interroge un peu sur la presence d’“Husband material”, son nouveau film, au TIFF. Anurag Kashyap avait jusqu’ici toujours réussi a éviter les écueils du cinema bollywoodien, ou du tout du moins jouer avec ses codes pour mieux les mettre a mal.
Ici, c’est tout l’inverse. “Husband material” dépeint un grand classique de la société indienne: mariage d’amour contre mariage arrangé. Le sujet, maintes fois traité, aurait pu être abordé d’une façon delicate et originale, comme dans “Lunchbox” (sur un theme proche), et mettre en lumière l’hypocrisie de la société indienne sur ces sujets. Mais ici, le film ne dépasse jamais son statut de romance classique, entrecoupée de chansons, de danses, formaté pour un succès en salles. Si l’on peut croire a certains moments que le film va s’aventurer sur des sujets glissants, le film les effleure, ne prenant jamais vraiment de risques.
Kashyap ne bousculera rien, faisant un film déja vu et revu, et souvent mieux fait (“Queen” par exemple).
Les tergiversations incessantes de l’heroine en font même un film pénible a regarder, bien trop long.
Dommage, car le trio d’acteurs principaux fonctionnait bien et aurait mérité une histoire et un traitement a la hauteur de leur talent.

Film de Tim Sutton
Donnybrook avec Jamie Bell…

Notre avis: *

« Donnybrook » faisait sa première mondiale au TIFF aujourd’hui. Le film raconte l’histoire de Jarhead Earl (Jamie Bell, très crédible dans le rôle), paumé et sans le sou, qui décide de participer à un tournoi de boxe clandestin à mains nues dans lequel les participants peuvent perdre la vie…
Le film a l’ambition de dépeindre la violence -sous toutes ses formes- qui gangrène les U.S.A.
Si l’atmosphère du film est réussie, le film passe complètement à côté de son sujet. On a en effet souvent l’impression que le réalisateur est plus fasciné par la violence que le contraire. Les personnages viennent et disparaissent, tués de manière toujours plus spectaculaire, dans un jeu de massacre répétitif, sans qu’ils aient véritablement impacté l’histoire ou le thème du film.
Lors des questions réponses après le film, le réalisateur regrettait dans ses précédents films de ne pas avoir suffisamment réussi à susciter l’émotion chez les spectateurs… Malheureusement, ce ne sera pas dans « DonnyBrook » non plus, tant le film est froid, presque clinique, et les personnages vidés de toute substance.
Seul Jamie Bell parvient à vraiment tirer son épingle du jeu, en livrant une prestation habitée et très physique.
Reste quelques belles scènes, notamment le chant de l’hymne national par une bande de rednecks avant le combat de boxe…

Film de Benedikt Erlingsson
Woman at war avec Halldora Geirhardsdottir…

Notre avis: *****

« Woman at war », présenté au TIFF, est une petite pépite islandaise, pleine de poésie. Halla (éblouissante Halldora Geirhardsdottir), est en guerre contre les multinationales qui s’installent dans son pays. Elle entreprend donc des opérations de démolition en solitaire, et le pays s’affole.
Le film aborde un sujet très sérieux, mais parvient à être drôle à tous les instants, sans jamais perdre de son mordant sur le sujet qu’il aborde. La beauté des paysages islandais participe beaucoup à la réussite visuelle du film, mais les cadres sont aussi toujours très étudiés et inspirés. On pense parfois à Wes Anderson, ou Kusturica.
De ce dernier on pourra aussi remarquer la proximité avec la prépondérance de la musique (qui fait ici l’objet d’un gag récurrent hilarant), mélange de jazz et de chants vocaux traditionnels.
Un vrai coup de coeur.

Film de Lance Daly
Black 47 avec Hugo Weaving, James Frecheville…

Notre avis: *

« Black 47 » est un film séduisant sur le papier. Ayant pour contexte la grande famine en 1840 en Irlande, le film amenait beaucoup de promesses: le thème, bien sûr, mais aussi son duo d’acteurs principaux: Hugo Weaving (le désormais culte méchant de Matrix, trop rare), et James Frecheville (acteur principal du génial « Animal Kingdom »). Bien vite, ces promesses sont balayées par le style ampoulé de la mise en scène. L’histoire se transforme très rapidement en jeu de massacre d’anglais par un irlandais souhaitant assouvir sa vengeance. Les anglais sont toujours dépeints comme des nobles sophistiqués sans coeur et les irlandais comme des crasseux affamés. Un peu plus de nuance aurait été bienvenue. Un thème aussi interessant aurait valu un traitement plus rigoureux. Dommage.

Film de Bi Gan
Long day’s journey into night avec Tang Wei…

Notre avis: *

Impossible de rester indifférent devant « Long day’s journey into night », premier film vu au TIFF, second long-métrage du chinois Bi Gan (« Kaili Blues »). Le film, hybride, est construit en deux parties. La premiere, assez classique, est un hommage au film noir, qui emprunte beaucoup aux références du genre. Au terme de celle-ci, le héros se rend dans un cinema et enfile des lunettes 3D, invitant le spectateur a faire de meme. S’ensuit alors un plan sequence d’une heure, en 3D (on s’interrogera, une fois de plus, de son intérêt, la 3D étant tres peu exploitée), d’une maitrise incroyable. La camera circule dans une dizaine de decors, passe dans les airs, au milieu d’une foule de personnages. Le résultat est impressionnant. On parlera encore longtemps de ce plan.
La proposition formelle est fantastique… Mais vaine. Car tous ces efforts déployés sont au service d’une intrigue très confuse et de personnages qui peinent a exister, malgré une ambiance tres réussie (en grande partie due aux decors quasi apocalyptiques, fascinants) . C’est l’ennui qui prédomine, et la déception n’en est que plus grande au vu de l’immense promesse du film.

Film d’Asghar Farhadi
Everybody Knows avec Penelope Cruz, Javier Bardem…

Notre avis: ****

« Everybody knows » d’Asghar Farhadi, faisait sa première nord-américaine au TIFF. Une confirmation de plus du talent du réalisateur iranien pour mener avec brio des histoires intimistes (ici un petit village espagnol, au coeur d’un vignoble), et surtout pour sa direction d’acteurs. Penelope Cruz, en mère brisée par l’enlèvement de sa fille, est éblouissante. Javier Bardem est toujours aussi délicat. Ricardo Darín est d’une justesse implacable. Farhadi a toujours ce talent pour filmer des histoires simples, à hauteur d’homme, qui révèlent finalement toujours plus sur la société que d’autres films beaucoup démonstratifs. Ici tout est simple-mais pas simpliste-et Farhadi pose sa caméra discrètement, mais toujours au bon endroit. Celui d’un témoin de la malice humaine. Une grande réussite.
Film de Federico Veiroj
Belmonte avec Gonzalo Delgado…Notre avis: **
« Belmonte » de Federico Veiroj, raconte l’histoire de Belmonte, peintre à la réussite professionnelle, mais à la vie sentimentale perturbée. Son divorce et la garde alternée de sa fille le plongent dans la dépression.
Ce drame fait partie des films un peu anecdotiques projetés au TIFF cette année. Même s’il est plaisant à suivre (on appréciera notamment Gonzalo Delgado, l’acteur principal), on a l’impression que le film ne sait pas vraiment sur quel pied danser: est-ce une comédie, un drame ? Difficile de savoir ce que le film veut vraiment raconter, tant le film part dans des directions différentes, sans jamais vraiment en explorer aucune.
Le film est sans doute aussi trop court (1h10) pour nous plonger complètement dans les déboires de ce père de famille désabusé.

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