TONI ERDMANN un cinéma puissant et humain !

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Tony Erdmann, cette année en compétition à Cannes, était incontestablement notre coup de cœur pour ne pas dire notre palme d’or. La cinéaste allemande Maren Ade se livre à un exercice conceptuel habile et réussi, à la mise en scène puissante. Elle entre sans conteste avec ce film dans la liste des réalisateurs qui comptent, de ceux qui participent à l’art cinéma, quelque part entre Lars Von Trier et Michael Haneke. 

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

3h qui ne paraissent pas

Tony Erdmann dure 2h42. Certains pourront s’en effrayer et passer leur chemin sur ce seul critère. Plus essentielle à nos yeux que la question du contenant, se pose celle du contenu et du rythme choisi pour le faire apprécier. Car ces presque 3 heures s’avèrent des plus utiles, des plus nécessaires pour nourrir le propos d’une part, et l’acérer d’autre part. Pour exprimer son point de vu philosophique et sociétale, pour ne pas dire politique, Maren Ade  requière un temps d’exposition certain: il s’agit de frapper fort, de faire ressortir une à une chacune des couleurs, pour que peu à peu, et avec émerveillement, le négatif puisse laisser la place à une image des plus artistique, mais aussi de saisir un instant vérité.

Les effets de contraste scénaristiques originels – qui auraient pu être empruntés à Weber – sont souvent propices aux rires, parfois même très appuyés. Passer 3 heures à rire et à réfléchir ne vaut-il mieux pas que de passer 1h27 à s’assoupir ?

Une critique virulente

Ceci-dit, cette dimension n’est pas celle qui aura le plus retenu notre attention. Avant toute chose, Maren Ade possède une qualité rare, propre aux auteurs, le sens aiguisé de l’observation. Elle opte pour une critique virulente d’une société rouleau-compresseur, vendeuse de promesses d’un avenir meilleur au prix d’un présent oublié. Elle ne se contente pas de rendre du compte du présent, elle l’interroge, à une époque où s’interroger est presque devenu interdit, devant la nécessité de l’action, la force de la réaction, la perte d’horizon, l’impossibilité de l’orientation, et le grand théâtre de l’immédiateté.

Toute la violence des échanges professionnels, tous les ravages du contrôle imposé de son image, tout ce qui nous déshumanise est raillé de la plus belle des façons, par un effet miroir des plus réussi. La réflexion est métaphorique, le clown n’est pas forcément où l’on pense, le ridicule peut se retourner contre ceux qui en définissent les codes. Répéter des tâches, aussi valorisées soient-elles, à les croire valorisantes, ne peut suffire à remplir une existence. 

L’art et la manière

Maren Ade  expose un sujet qui volontairement laisse place à un  non dit signifiant, essentiel, porteur d’universalité. Exprimer ce que l’on ressent peut parfois être difficile. Maren Ade excelle dans la provocation, son film n’est ni plus ni moins qu’une petite bombe évidente, un pavé dans une marre dans laquelle la plupart patauge, dans laquelle on nous demande de patauger. Du cinéma pour choquer les bourgeois pourrait-on même dire ! Remarquablement intelligent, Tony Erdmann propose ce qu’aucun autre film en compétition à Cannes ne proposait, une profondeur manifeste et une vraie audace. Très humain, le film interroge en permanence par ce qu’il met en lumière. Les bonnes idées se succèdent. Parmi celles-ci, il nous semble que Tony Erdmann invente une figure de style nouvelle, à l’effet aussi efficace qu’une mise en abîme, cousine également de celle (sans nom ?) utilisée par Doistoievski – L‘idiot, PasoliniThéorème ou encore Van Warmerdam, Borgman,  qui consiste à ce que l’élément perturbateur, l’anti-héros, par sa présence, soit porteur d’un message universel, qui vienne briser les codes et certitudes.

Brillant. 

 

The strangers: Na Hong-jin va plus loin …

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Nous attendions avec beaucoup d’impatience The strangers, le nouveau film de Na Hong-jin, qui était présenté Hors Compétition à Cannes – a priori on était même déçu qu’il ne soit pas aux côtés de Park Chan Wook en compétition …

 

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La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi , un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

Pour qui ne connaît pas le cinéma de Na Hong-jin, vous rattraper ne sera pas très difficile, et à la lecture des quelques lignes qui suivent, vous devriez en avoir envie. Il est ni plus ni moins que le réalisateur coréen qui en seulement deux films donne à voir ce qui se fait de mieux en thriller coréen, genre à part entière qui a beaucoup, et à juste titre, fait parler de lui.

The Chaser, tout d’abord, est un très bon thriller qui surprend en ce qu’il déplace le suspense, impose une noirceur, son lot de violences et de passages outrés, ironiques ou exagérés pour les besoins du scénario – le coup fatal est par exemple ainsi toujours retardé pour mieux être avorté. L’opposition de style entre le vieux loup (et salaud avant tout) solitaire, Michael Mann like, et la police officielle particulièrement inefficace et dépassée fonctionne à merveille. Le tout avec une image et une mise en scène très adaptée au genre.

Si The Chaser ne suffisait pas, The murderer (yellow sea) reprend les mêmes ingrédients pour proposer un thriller labyrinthique, mais nullement abscons. La raison: entre les scènes d’action très outrées, le sang qui gicle, les combats à la Bruce Lee, les situations plus qu’improbables, le spectateur comprend très rapidement
qu’il est bien au cinéma et que tout ceci est avant tout « tarte à la crème », et avouons le jubilatoire. Au passage, Na Hong-jin, en profite pour remettre une couche quant à la médiocrité des forces policières.

Avec The strangers, Na Hong-jin, reprend les même ingrédients, les fausses pistes, la moquerie de la police, les belles images, l’ambiance tropicale et moite, la violence, l’outrance et s’aventure pourtant dans un récit  bien différent. Il ne s’en cache d’ailleurs aucunement, commettant – selon nous- l’erreur de s’inspirer de récits européens, de les revisiter, et, si besoin en était, de les citer – en l’occurrence L’exorciste et Rosemary’s baby, deux chef d’oeuvre incontestables du film fantastique que l’on doit aux maîtres que sont Friedkin et Polanski. Le projet est assurément ambitieux, pour ne pas dire grandiloquent. Na Hong-jin nous donne donc à voir, avec The strangers,  un mélange entre trois cinémas très différents, un qu’il maîtrise, et deux qu’il admire, imite.

Ce qui fait la force de Na Hong-jin dans ses deux premiers films, une grande liberté dans le ton comme sur la forme, l’impatience et la frénésie, une certaine légèreté camouflée derrière une complexification ramifiée, devient malheureusement ici son point faible quand il s’agit de marier plusieurs cinémas en un. L’imitation n’est pas tant affaire d’art, mais de maîtrise, de concentration, de patience, de rigueur et de technicité. L’hommage ne peut se faire qu’au travers de l’imitation, et  tout naturellement Na Hong-jin opte pour ce parti pris: il articule son récit en plusieurs phases, donnant à voir en première partie une version alentie de son cinéma, puis développe dans une seconde partie son hommage. L’œuf, la moutarde, et puis l’huile à remuer lentement. Mais peut être manquait-il le sel ou le vinaigre pour lier le tout. Les ingrédients ne se mélangent pas les uns aux autres avec la fluidité nécessaire, ils semblent même s’annihiler les uns aux autres. Le rythme s’en ressent, le comique ne fonctionne pas, ou plus exactement il produit un contre effet: très difficile pour le spectateur de rentrer dans le récit, d’en apprécier sa ramification ou d’avoir froid dans le dos au contraire, il semble ici que le chemin soit par trop tracé, les ficelles et les rebonds, quand on ne les anticipe pas, nous dérangent plus que nous fascinent. Surtout, Na Hong-jin peine à trouver le rythme juste; il tombe dans le piège que connaissent très bien les jeunes auteurs: A trop en dire, on en dit moins sur ce que l’on veut et sait dire. Mais on vous en laissera juge !

 

The neon demon: Nicolas Winding Refn et Elle Fanning (hilare)

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Lors de la conférence de presse, Nicolas Winding Refn annonce qu’il a trouvé bien des avantages à tourner avec des femmes, et que Jena Malone était parfaite dans son rôle. C’est avec un plaisir provocateur qu’il a décrit les instructions salaces qu’il donnait à Jena dans une scène morbide, et la surprise qui était la sienne de voir ses instructions non seulement suivies, mais dépassées. L’intention était probablement sulfureuse, mais au contraire de Lars Von Trier, le propos passe sans remous, le comique décelé ou supposé.

interrogé sur sa compétition sur le terrain de l’envie de filmer les choses les plus atroces qu’il se livre avec Lars Von Trier, Nicolas‪#‎WindingRefn‬, en pince-froid, avance que coucher avec la femme de Lars lui a traversé l’esprit.

De son côté, Elle Fanning était la plupart du temps hilare.

Retour en image avec le diaporama qui suit (cliquer sur une image pour démarrer le diaporama):

#Cannes2016 Gérard Depardieu en pleurs à la Quinzaine des réalisateurs

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Gérard Depardieu est venu présenté Tour De France de Rachid Djaidini à la Quinzaine des réalisateurs. Et il est apparu très ému et en pleurs, lui même a beaucoup séduit et ému le public. Retrouvez l’intégralité de son discours sur scène – attention document exceptionnel !

notez les quelques phrases choc:

« Je suis un voyou. Truffaut était un voyou. Godard un bourgeois protestant immonde« .
« J’ai le souffle de Michel Piccoli, ça m’emmerde ! Je suis beaucoup plus jeune – Ah non je ne peux pas ! »
« Je suis fatigué de vivre et effrayé de mourrir« .
« Au cinéma on est tous des pédés. Même le rap parle d’amour. Un amour étrange. Un amour des cités! Je n’ai rien contre le rap et le romantisme, je pense que c’est la même chose. »

 

A l’issue de la projection, Gérard Depardieu a partagé son émotion avec toute l’équipe du film :

#Cannes2016 – La danseuse en image et en vidéo …

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La danseuse est un premier film de S. DI GIUSTO en sélection Un Certain Regard qui réunit à l’écran un casting de choc: Soko, Lili-Rose Depp, Gaspard Uliel, Mélanie Thierry, ou encore Louis-Do de Lencquesaing et Denis Ménochet.

 

Le film  n’est pas un chef-d’oeuvre inoubliable mais il se regarde, ne serait-ce que pour le fait qu’il retrace la vie d’une figure très importante dans l’histoire de la danse, Loïe Fuller, pionnière de la danse moderne mais aussi, le passage de relais vers Isadora Duncan.

A noter que Soko incarne une version très embellie de la vraie Loïe Fuller, on en veut pour preuve ce montage deux à deux:

Le scénario est, comme trop souvent lorsque Thomas Bidegain – le scénariste attitré d’Audiard contribue appuyé, et suivant une trame dramatique si convenue qu’elle en devient inconvenante. Ceci étant dit, les chorégraphies sont très soignées, l’interprétation très honorable – le casting de premier choix ! – les choix de mises en scènes sont dans l’ensemble bons, et plutôt fins, laissant la place à quelques  moments de grâce.

Nous vous proposons un diaporama (cliquez sur une photo pour lancer le diaporama) et une playlist vidéo de la soirée de présentation du film.

 

et en vidéos:

Des nouvelles de la planète Mars: Dominik Moll revient à ses premiers amours

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En sortie DVD, Des nouvelles de la planète Mars marque le retour du du duo formé par Dominik Moll et Gilles Marchand à un genre qui leur a valu succès critique comme populaire.

Philippe Mars, ingénieur informaticien divorcé, essaye tant bien que mal de mener une vie tranquille, entre un fils collégien devenu subitement végétarien, une fille lycéenne obsédée par la réussite, une soeur artiste peintre aux oeuvres terriblement impudiques et une ex-femme qui bosse à la télé… L’irruption accidentelle de Jérôme, un collègue légèrement perturbé, achève de transformer son existence en chaos. Mais dans un monde qui a perdu la raison, la folie est-elle vraiment si mauvaise conseillère ?

On était resté en ce qui concerne Dominik Moll soit sur cette adaptation peu réussie du Moine de Lewis, soit pour les amateurs de série sur Tunnel.

Gilles Marchand de son côté a écrit notamment le scénario plutôt insignifiant de La Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, alors que sa dernière réalisation était le très mauvais L’autre monde. Pourtant ce duo, au début des années 2000 était des plus prometteurs, et notamment apportait un souffle de renouveau dans la production française. Avec Harry un ami qui vous veut du bien, puis Lemming,  réalisés par Dominik Moll et co-écrits avec Gilles Marchand, un nouveau cinéma était en train de s’affirmer qui rencontrait tout à la fois son public et l’estime de la presse.  Gilles Marchand ne tardait pas à confirmer les espoirs placés en lui, Qui a tué Bambi, son premier long métrage, tirait pleinement parti du jeu glaçant d’un Laurent Lucas symbole de la réussite des deux amis.

Leu écriture se distingue par la propension à introduire une dimension fantastique dans un récit à la trame des plus classique. Leurs films se situent à la frontière d’un genre, il s’en dégage une impression rare, tout à la fois haletante et se jouant du malaise. Très clairement, en ce qui les concerne, on peut parler de patte, nous sommes entre le film de genre à l’espagnol et le film d’auteur à la française.

L’un comme l’autre prendront leur temps pour proposer une nouvelle production à l’écran et 2010 marquera leur retour très attendu, d’autant plus que leurs projets sont très ambitieux: l’adaptation du Moine de Lewis  avec Vincent Cassel pour Dominik Moll, tout comme l’autre monde, film se jouant de la réalité virtuel, sélectionné à Cannes pour Gilles Marchand, font beaucoup parlé d’eux avant leur sortie en salle tant ils représentent des paris vivifiants, intéressants. Mais, à notre grande désillusion, le résultat s’avère décevant pour Dominik Moll, navrant pour Gilles Marchand. La magie semble éteinte.

Le retour de Dominik Moll derrière la caméra était donc cette fois-ci bien moins attendu, la publicité plus rare, ou en tout cas tournée vers la distribution et non centrée sur le nom de son réalisateur. François Damiens au casting, le film, jusque dans sa bande annonce, prend des apparats de comédie, visant un public large. Il faut reconnaître que l’élément comique a toujours trouvé sa place dans les films de Dominik Moll, notamment par ce procédé qu’il affectionne plus que de raison qui consiste à introduire un élément perturbateur dans la routine familiale. La perturbation produit des effets étranges, et parmi ceux-ci certains sont vecteurs de comique.

Dans Des nouvelles de la planète Mars, l’élément perturbateur est joué par l’acteur le plus représentatif du nouveau cinéma d’auteur français, Vincent Macaigne

Tous aiment à tirer profit des contrastes et des failles que son jeu propose, empruntant – à leurs débuts- à  Gérard Depardieu (la voix se faisant douce, un phrasé particulier) comme à Michel Blanc (la peur des renards la nuit, le rapport à la séduction, le caractère frêle mais au final enjoué, l’anti-héros par excellence qui s’avère le héros d’une âme ouverte).

Et le résultat est à découvrir tout simplement ! Il s’avère très proche dans son esprit des débuts de Dominik Moll, le comique est présent certes, mais il n’est pas le sujet véritable, la motivation première du film. Bien au contraire, le film s’aventure de nouveau aux frontières d’un genre, le concilie avec des aspirations narratives des plus classique, pour intriguer, interroger, parfaitement servi en cela par la rigueur du jeu de François Damiens, et la fantaisie apportée par Vincent Macaigne.

La forme est, par ailleurs, elle aussi très soignée, avec notamment une photographie intéressante.

 

 

 

 

 

La Grande Vadrouille – Un rire édulcoré

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Avant Bienvenue chez les Ch’tis (Danny Boon, 2008), La Grande Vadrouille (Gérard Oury, 1966) était le succès populaire du cinéma français. Pendant plus de quarante ans, le film de Gérard Oury a maintenu le record du plus grand nombre d’entrées, un français sur trois ayant été allé voir le film en salle. Une belle performance qui continue de perdurer sur le petit écran, sa diffusion touchant un public multi-générationnel. Preuve que le rire n’a pas d’âge. La ressortie dans quelques semaines de ce classique de la comédie française nous a poussé à nous interroger sur sa popularité jamais démentie.

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El clan – Les faits de groupe

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En sortie DVD et Blu-ray ce 21 juin, El clan est un thriller froid et rugueux au montage étonnant. Sur fond de chronique familiale historique, Pablo Trapero, en optant pour l’hyperréalisme,  plonge peu à peu le spectateur dans des méandres psychologiques voire horrifiques. L’épreuve est rude comme la démocratisation de l’Argentine, autre thème du long métrage.

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