David Zimmerman a bientôt 40 ans, il est photographe mais personne ne le sait. Alors qu’il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard, la suit… Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l’inconnue.
Avec: Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville, Lilith Grasmug, Radu Jude, Shanti Masud, Jonathan Turnbull, Victoire du Bois, Alexandre Hubert
Notre avis : ★★★
Niché quelque part entre une production de Kiyoshi Kurosawa, auquel aurait été ceci dit confié une idée originale de Quentin Dupieux, et, dans une moindre mesure, un film moral – sur notre époque – qui ne dit pas son nom, laissant entrevoir un rien de lumière et de grâce au milieu d’une noirceur omniprésente, un peu à la manière de Krzysztof Kieślowski, L’inconnue d’Arthur Harari semble longtemps valoir essentiellement pour son concept mystérieux et schizophrénique (métaphore?) autour de la question d’identité.


Il s’y colle, s’y attarde, et avance très linéairement, presque sereinement – en dépit de l’urgence que l’intrigue impose – dans un récit dont on se dit rapidement et nonobstant sa portée symbolique, qu’il ne peut mener, au mieux, qu’à la fausse bonne idée, à l’impasse dans laquelle tombent trop de films par trop guidé par leur concept narratif emprisonnant. En parvenant dans son second tiers à le ramifier puis à le résoudre dans son final, Harari réussira cependant à diffuser, à force de détours et de paraboles démultipliées viralement, une interrogation politique voire sociétale, qui justifie les espoirs que nombre de critiques et spectateurs placent en lui.


Outre cet indéniable art du rebond, il convient d’accorder à Harari un certain talent à amener ses interprètes dans des directions nouvelles pour eux, nous ne pouvons que constater les transformations physiques opérées par les deux interprètes principaux, Léa Seydoux et Niels Schneider, tous deux très investis et parfaitement dirigés pour que leur regard et leurs gestes traduisent leurs angoisses et autres perditions. Si la forme, relativement peu sophistiquée – voire étonnamment sobre, privilégiant un grain d’ensemble et une continuité plutôt que des effets – un cinéaste comme Cronenberg les aurait multiplié par exemple sur un tel sujet-, peut sembler en retrait, elle vise cependant à laisser le regard là où Harari souhaite le porter, du côté du réel, de l’interrogation de notre monde tel qu’il est, et non de la science-fiction.


L’inconnue s’inscrit résolument dans le cinéma-question et non dans le cinéma-divertissement. A la manière de Kieślowski ou du cinéma américain des années 70, la scénographie s’appuie non pas sur d’incessants ou d’ambitieux mouvements de caméras, des plans larges ou des séquences au cordeau, mais sur le rapport que l’œil du spectateur entretient naturellement avec celui derrière la caméra, mais aussi celui des protagonistes. Place donc aux zooms fluides et alentis, aux focus progressifs pour mieux ressentir la déformation du réel. Sciemment Harari verse dans un récit aux milles interprétations; lors de la séance officielle à Cannes, ses premiers mots anticipent que critiques comme spectateurs tenteront de lui faire avouer le message subliminal, d’autant que pléthore y vont déjà de leurs certitudes (transsexualités, identité sexuelle).

Nous n’en sommes nullement exempts puisqu’à ce quelques évidences purement identitaires, nous rajoutons la question psychiatrique soulevée. Tout ceci relèverait de la seule malice, plus anecdotique que marquante, si nous n’y décelions une connaissance fine, voire intime. Ainsi suspectons-nous assez fortement qu’ Arthur Harari se serve de son concept, comme média, plus qu’il ne s’intéresse à celui-ci, en tant que tel ou comme défi cinématographique. Un média, mais tout autant un masque, vis à vis d’un message, d’une douleur pouvons même dire, qui s’inscrive en premier dans un registre plus personnel qu’universel, le paradoxe demeurant que l’inverse pouvant tout aussi bien s’affirmer. Mystère, mystère, …










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