L’étonnante lune de Jupiter

Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent.

Le film ouvre assez mystérieusement sur un panneau explicatif statique (non ce n’est quand même pas Star Wars), citant Europe comme la lune de Jupiter à laquelle se réfère le titre du film. Sous la glace, pourrait exister une forme de vie.

S’agissait-il d’une inspiration de départ ou au contraire de dernière minute, toujours est-il que cette référence présente quelques avantages. Mystérieuse, elle ne trouvera que très peu de développement dans la suite du récit, ce qui au demeurant lui confère indéniablement un caractère lyrique. Paradoxalement, en ne livrant pas ses intentions, en ne les soulignant pas,  Kornel Mundruczo nous en dit bien plus long qu’il n’y paraît … Son nouveau film vise à interroger, du côté d’un au-delà mal connu, du côté de la science. Il enrobe ainsi son récit de super-héros d’une dimension rare, mystique. Il ne s’agit pas nécessairement d’en mettre plein la vue.

A l’instar d’American Hero qui nous avait beaucoup plu, la lune de Jupiter est assurément un film de super héros d’auteur. Un nouveau genre se confirme donc. Ceci étant dit, le rapprochement s’arrête là, American Hero réunissait en un seul film les deux pans de la création cinématographique américaine: le film de super-héros Marvelien, et le film indépendant. La lune de Jupiter certes reprend le principe d’un héros qui ne cherche pas à sauver le monde ou à user à tord et à travers de ses pouvoirs mais pour le placer dans un contexte bien différent.

Le point de départ du film, Mundruczo l’avoue, est une expérience qu’il a lui même vécue dans un camps de réfugié syrien. Il s’est interrogé sur la dualité humaine, la bonté d’une part, mais aussi ses limites: le bien et le mal. Voilà une constance dans ses films, Mundrunczo reconnaît continuer de s’interroger sur l’éducation religieuse qu’il a pu recevoir, qui est courante en Hongrie, quoi qu’il voit dans la pratique religieuse un grand archaïsme, raillant notamment l’ennui que les ambiances cléricales lui inspirent. Seulement, la mythologie chrétienne l’a intrigué, et nourrit nombre de ses films. Ici, donc, un ange s’invite dans une histoire sordide.

En 2014, avec White God, à défaut de nécessairement nous éblouir,  Mundruczo nous avait séduit par ses qualités. La première, nous venons de la citer pour la lune de Jupiter, le caractère mystique, métaphorique en l’occurence. Deux autres points communs sont à noter, qui montrent probablement la patte du réalisateur hongrois. Le premier concerne l’ambiance « crasseuse » dans lequel le réalisateur place son histoire; il semble prendre plaisir à faire évoluer ses héros dans un milieu où les trafics en tout genre règnent. Trafic d’animaux ici, trafic de miracles là, dans un cas comme dans l’autre l’argent corrompt, tue. Le regard porté semble désabusé, en tout cas, il est sans concession.

Nous relevons un second point commun entre les deux films à mettre sur le compte des qualités du metteur en scène: son goût prononcé pour les effets spéciaux, le challenge technique.

Les scènes de course poursuite des chiens dans les rues de la ville de White God nous restent encore à l’esprit tant leur rendu était impeccable, tant l’image était belle. Il en est de même des séances de lévitation du héros de La lune de Jupiter. Techniquement parlant, les images sont particulièrement intéressantes; une fois de plus nous nous demandons le truc qui permet la magie.

Mundruczo, s’il avoue nécessairement avoir été influencé par le cinéma Hongrois et ses maîtres, Bela Tarr ou Jankzo par exemple, se distingue cependant en ce qu’il propose un cinéma très universel, particulièrement accessible, qui jamais ne se place sur le terrain intellectuel. Les dialogues sont simples, et n’occupent pas une place centrale. L’action, au contraire, et plus particulièrement les courses poursuites, les combats priment.

La lune de Jupiter ne livre pas nécessairement toutes ses clés, ni sur le fond, ni sur la forme. Le rythme par exemple, qui la plupart du temps est celui de l’urgence – eut égard à la situation des réfugiés, la lutte pour la survie inhérente – s’autorise des temps de pause à mesure que le jeune héros prend de la hauteur et observe ce qui se passe à la surface. L’impression d’ensemble, étrangement ou non, est celle d’un rythme majoritairement suspendu.

L’intention principale de l’auteur continue de nous interroger à mesure que le film avance, et c’est là probablement sa principale qualité. Malgré la simplicité de la narration, quelque chose nous échappe, nous rend imprévisible le développement. Ainsi par exemple de la relation entre le jeune héros et le médecin cupide: une complicité semble naître, par intérêt réciproque certes, mais pas uniquement.

Ces quelques symboles qui viennent se glisser ici ou là font tout le charme et l’intérêt de la lune de Jupiter qui lui ont certainement valu sa sélection officielle au dernier festival de Cannes, qui nous semble a minima mérité.

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