White God – Regards croisés


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En 2002, Pleasant Days annonçait l’émergence d’un auteur. Trois ans plus tard, Johanna, puis Delta (2008) et Tender Son – The Frankenstein Project (2010) confirmaient le talent du cinéaste hongrois Kornél Mundruczó. Sa popularité, pourtant, semblait se limiter aux cercles cinéphiliques les plus avertis, parcours typique d’un réalisateur à l’univers singulier. White God dément cet écueil, faisant la synthèse d’un cinéma populaire et engagé, à la fois sensible et critique. Lors de sa présentation en festivals, le film sut convaincre le public et la critique, en dénote ses nombreuses récompenses (prix « Un certain regard » à Cannes, « Octopus d’Or » du FEFFS), preuve de son universalité.

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(Ré)union des regards

L’origine du projet naît d’un constat amer : en Hongrie, le gouvernement inflige aux propriétaires de chiens bâtards une lourde taxe qui les obligent souvent à abandonner leur chien. Kornél Mundruczó voit dans cette législation une métaphore parfaite de son pays, gangrené  par une idéologie nationaliste qui rejette l’Autre sous prétexte de son apparente impureté. Le récit s’ancre donc dans un réel contemporain mais revêt sur l’écran la forme d’une fable onirique.

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Le chien Hagen jette sur sa jeune maîtresse Lili (superbe Zsófia Psotta) le regard doux et confiant de l’ami. Relation intemporelle qui unit l’enfant et la bête mais que viendra briser la résolution du père (Sandor Zsotér) choisissant d’abandonner Hagen plutôt que de payer la taxe imposée par l’état. Déconnectés du même espace, les regards se retrouveront à la faveur d’un montage parallèle reliant la dérive du chien à celle de l’enfant. À la solidarité canine s’oppose la cruauté des hommes. Hagen doit se battre tandis que Lili (s’)abandonne, cherche à combler l’absence du regard en adaptant le sien à l’autorité patriarcale. Il faudra alors bousculer l’espace, l’annihiler tout à fait par son occupation massive. Les chiens évadés du chenil envahissent les rues, défient l’ordre, obligent à voir leur présence. La flûte  du joueur de Hamelin se transforme en trompette que brandit Lili à la manière d’une arme apte à apaiser la violence. La Rhapsodie hongroise de Liszt fait entendre la beauté d’un regard enfin accompli car accordé à celuique l’on croyait à jamais disparu.

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Un regard unique

Pour retranscrire ce récit d’initiation à quatre pattes, Kornél Mundruczó choisit un dispositif propice à la division scopique. Le mouvement heurté de la caméra portée à l’épaule s’accompagne d’élégants travellings traversant des plans à la beauté proprement picturale. Le choix du ralenti n’y est pas pour rien, la suspension du mouvement magnifiant la lutte des exclus.

À l’image des 250 chiens-acteurs de son film, Kornél Mundruczó détruit les remparts d’un discours où la haine est une entrave à l’épanchement de nos émotions. Grâce soit rendue à White God d’avoir ainsi révélé, par le truchement du regard canin, la plus belle facette de notre humanité.

 

 

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