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L’adieu à la nuit: Techiné livre une belle réflexion sur le terrorisme

Dernière mise à jour mai 19, 2019

Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein

Muriel est folle de joie de voir Alex, son petit-fils, qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir vivre au Canada. Intriguée par son comportement, elle découvre bientôt qu’il lui a menti. Alex se prépare à une autre vie. Muriel, bouleversée, doit réagir très vite…

Film d’ André Téchiné avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet Klein, Oulaya Amamra, Stéphane Bak, Mohamed Djouhri

L’Adieu à la nuit est un titre probablement trompeur. Il détonne en ce qu’il interroge: si l’on dit adieu à la nuit, est-ce pour mieux retourner vers la lumière du jour ? De quelle nuit, Téchiné nous parle-t-il, de quelles ténèbres ? Quels jours pourraient être meilleurs, quels espoirs sont promis ?

Comme souvent dans les films d’André Techiné, les intentions sont limpides, les sujets linéaires et encrés dans un quotidien bien établi, aux accents chaleureux et nostalgiques. Le réalisateur choisit des sujets qu’il connaît bien, il s’entoure d’acteurs en qui il a toute confiance, et évoque un pays qu’il connaît sur le bout des ongles. Sa filmographie, comme Travelling Tanger nous l’avait rappelé, si besoin en était, illustre les affinités, pour ne pas dire l’histoire d’amour, de Téchiné avec le Maroc.

Le sujet de la radicalisation d’un jeune homme blessé par la vie – mère décédé d’un accident de plongée, père parti reconstruire sa vie en Guadeloupe-, son projet de rejoindre la Syrie vaille que vaille, peut sembler éloigné des aspirations Techinienne, un exercice délicat à relever pour un cinéaste qui n’excelle jamais autant que lorsqu’il parle de ce qu’il a connu de prêt, de lui même. L’exercice de style aurait pu s’avérer des plus compliqués si Téchiné n’avait eu la bonne idée d’ancrer cette histoire sur des bases solides, une terre occitane, une amitié franco-orientale, une vision optimiste de l’islam.

Kacey Mottet-Klein saisissant dans l’Adieu à la nuit

Deux récits se confrontent l’un à l’autre, deux voies se proposent au personnage interprété par Kacey Mottet Klein, selon qu’ils suivent les conseils de l’une ou l’autre des deux femmes qui le conseillent, l’entourent d’un amour qui lui est nécessaire, dont il a manqué.

Catherine Deneuve joue avec tact Muriel, une grand mère d’abord aveuglée, qui passera ensuite par différents états d’âmes: l’ouverture, l’empathie et la compréhension laisseront la place au doute, à l’inquiétude qui deviendra peur, à l’instinct de protection.

Oulaya Amamra, née à l’écran dans l’excellent Divines réalisé par sa sœur, incarne Lila, une jeune fille passionnée, en quête d’ascension sociale ou d’élévation spirituelle, qui cherche à se construire par elle même, à s’informer, à se réapproprier une éducation qu’on lui a inculquée malgré elle, et dont elle vient à douter des biens-fondés, voire des fondements. D’autres lumières lui sont promises, d’autres voies/joies qui lui sont dans son quotidien inconnues ou refusées lui sont vantées sur des sites webs – obscurantistes ?. Elle est vive, alerte, dynamique, volontaire et passionnée. Elle est convaincue et convaincante, elle aime Alex le plus sincèrement du monde et envisage avec lui un avenir meilleur que celui que le monde traditionnel lui réserve.

Alex, jeune homme blessé, est à l’écoute des autres, il cherche des réponses aux questions qui le rongent. Son passé lui a été volé, il lui a même été partiellement interdit: sa grand mère, dans une intention protectrice, est très fermée lorsqu’il s’agit de revenir sur les circonstances de la mort de sa mère.

Téchiné tente à travers cette histoire à questionner un message et une vision optimiste; allant même jusqu’à introduire un pardon et une rédemption possible; tout en maintenant une narration qui laisse entièrement ouverte la possibilité de la tragédie. Le doux amer si Téchinien n’en ressort que mieux, le réalisateur prend grand soin des ambiances. La nature, la terre, les couleurs chatoyantes s’affirment comme des éléments de contraste au drame qui se vit, comme de possibles espoirs de retour à la vie d’autrefois. La nostalgie s’invite dans la réflexion, dans le choix de vie. La tradition, la chaleur des sentiments d’une grand mère très protectrice, le giron familial ne sont ainsi pas de simples ornements, bien au contraire, ils sont le cadre même de la réflexion mise à l’écran par Téchiné.

Sa conférence de presse lors de la Berlinale était à ce titre passionnante, André Téchiné y fait preuve tout à la fois d’une grande humilité et d’une connaissance très approfondie. Son point de vue sur le terreau terroriste, sur la possibilité d’un apaisement des tensions, ne se nourrit que très peu des clichés journalistiques, des différents raccourcis communs, manichéens, si courants. Il englobe la complexité humaine, l’histoire, le passé et le présent; son acuité s’entend dans ses discours, et l’Adieu à la nuit se fait fort de traduire à l’écran les différentes nuances, subtilités, mais aussi les zones de doute qui habitent cette réflexion.

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