Divines : divin !

 

Ce n’est pas là un jeu de mots qui parodierait Libé.

Le divin est l’une des thématiques -foisonnantes- et pas des moindres, de ce film coup de poing, qui enfin pose une vision concrète, réelle, de ce que sont les choses de la vie -comme dirait l’autre. La vie n’est pas le cinéma, or le cinéma est par trop fait de films où la moitié de la population ne peut s’identifier, en ceci qu’ils ne sont composés que de protagonistes masculins, l’autre partie de la population étant irréalistement relégué au rang d’accessoire -figuratif-faire valoir.

Du reste, lors de notre rencontre avec la cinéaste Houda Benyamina, un journaliste de sexe mâle d’un grand canard très vendu a maladroitement insisté sur ce film où les femmes sont les principaux héros, dotés de qualités qui, dans la culture, l’art et l’inconscient collectif, sont attribués aux hommes. Et, facétieuse tout autant que sincère, la réalisatrice de rétorquer que l’auteure de cet article est sans doute une femme très forte alors que le journaliste mec est par ailleurs gracieux et délicat -comme le danseur dans le film, comme le sont tant d’hommes de par le monde.

Par quel bout évoquer Divines, cet OFNI génial  ? le meilleur film de 2016, le meilleur film depuis longtemps et à venir ?

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Allons-y pour les thématiques : l’Amitié, le Culte de l’Argent, Dieu, l’Art -musique rap et classique, peinture, danse contemporaine et hip-hop, la Transcendance, la Violence, ce que la précarité engendre… et un peu d’amour amoureux aussi, mais au second plan.

Il s’agit, au départ, d’une histoire d’amitié entre deux adolescentes, dont l’une vit dans un bidonville avec une « infamille », et l’autre, qui vit en cité, dans un cadre plus classique et cadré. Toutes deux aiment trainer ensemble, font les folles, rêvent de Money Money Money, elles ont des aspirations bling clichées -plein d’argent, la Ferrari, Miami, la villa, des rêves de Booba, l’argent pour l’argent, au détriment des jolies choses -humaine ou raffinées-, le fric comme valeur propre définissant les gens.  Mais elles aiment tout autant se questionner sur des concepts, des espoirs théologiques qui sont le sens de leur vie ou se cacher pour observer des ballets de danse contemporains, qu’elles apprécient avec justesse et sensibilité.

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Le parrain de la came du quartier, c’est une meuf et elle s’appelle Rebecca, elle gère, d’une poigne de fer, toute un gros réseau de drogue, elle se paye des escorts, va kiffer en Thaïlande, et les pires cailleras de la cités sont ses dociles employés.  (à noter que ce personnage incroyable existe vraiment et a failli jouer son propre rôle dans le film)

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Dounia (Oulaya Amara) va choisir d’emprunter cette voie dangereuse qui va la confronter aux potentiels dangers et violences les plus extrêmes. Elle a quitté l’école après s’en être prise à une prof -lui reprochant avec véhémence, voire une colère terrible, avec toute la violence verbale dont elle est capable, sa médiocrité du train de vie de la vie d’enseignant, le « peu » d’argent qu’elle gagne.  Car Dounia rêve de luxe et de réussite à la Scarface. Elle va toute traverser, et pas de la manière dont on l’imagine.

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Divines est un film qui infuse de la force à son spectateur. Le scénario est posotivement sur-écrit, comme on ne voit jamais en France : il se passe quelque chose toutes les trois secondes, et l’on passe d’une émotion à l’autre (rire, l’émotion, peur, stupeur) tout aussi rapidement. La photo, la mise en scène, les incroyables jeunes actrices (notamment Jisca Kalvanda,  qui joue un rôle purement de composition, aux antipodes de ce qu’elle est réellement dans la vie) sont à tomber par terre.

Bien qu’il soit un objet unique, du jamais vu, on pense à Bande de filles, à Drive (Dounia est Ryan Gosling) ; d’autres ont mentionné les meilleurs films de Scorcese ou Ferrara -ils n’ont pas tout à fait tord.

Si la fin, qui se veut spectaculaire, tel le bouquet final d’un feu d’artifice dément, essuie quelques maladresses cinématographiques, il n’en demeure pas moins que Divines est un chef-d’œuvre (bien meilleur que le Ken Loach palmé ou le très remarqué Toni Erdmann), un film qui nous donne une énergie et nous émeut, une chose nouvelle et explosive dans le cinéma français voire mondial, une proposition inédite, de ces films qui nous marquent à jamais, dont on ressort changés, et que l’ont veut voir et revoir et garder dans sa dévédéthèque, tout près de soi tout près du cœur.

Allez le voir, c’est un ordre.

                                                                                                                       Emilie Ollivier

Et voici une galerie photos (cliquez sur une photo pour lancer le diaporama en grand format)

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