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Peaux de Vaches : un film où les dérives de la vie s’entremêlent

Ivres, les frères Roland et Gérard Malard mettent le feu à la ferme du second, provoquant la mort d’un vagabond. Dix ans plus tard, Roland revient chez Gérard, bouleversant sa nouvelle vie…

Née dans une famille de paysans et intriguée par ce monde de la terre à en connaître toutes les marques des moissonneuses-batteuses de la plus chère à la moins chère, Patricia Mazuy était destinée à écrire sur ce sujet. Avec un léger bagage cinématographique, âgée de 28 ans, elle écrit et réalise en 1988 son premier long-métrage : Peaux de Vaches. En 2021, elle en dirige la restauration et le présente de nouveau dans nos salles de cinéma.

Jeune, innocente et sans appréhension, Patricia Mazuy voulait mettre sous les projecteurs de grands noms du cinéma pour son film. Admiratrice de Jean-François Stévenin et de Sandrine Bonnaire, l’écriture pouvait enfin démarrer.

Découvert par la réalisatrice dans Passe Montagne, Jean-François Stévenin joue le rôle fort, brutal, rude et agressif de Roland. Son personnage est effrayant, mystérieux, inquiétant rempli de secrets. Il ressemble à un fantôme parmi les vivants, il évolue au fur et à mesure des minutes, ce qui nous aide à éprouver de la bienveillance envers lui. A ses côtés, Sandrine Bonnaire partage l’affiche. Grande actrice et figure féminine du cinéma français, elle incarne Annie, le rôle le plus difficile du film. Presque inexistant au stade de l’écriture du scénario, son personnage prend de l’ampleur au tournage. Magnifique, sauvage, vêtue de rouge aux cheveux blonds, notre regard se porte sur l’actrice car nous suivons cette histoire douloureuse à travers elle. Pour finaliser le trio perturbateur de Peaux de Vaches, Patricia Mazuy avait découvert celui qui allait les unir : Jacques Spiesser, un acteur dramatique, mystérieux, oublié du cinéma français. Son personnage Gérald, surprenant, révèle doucement son vrai visage comme dans un processus de métamorphose. Les trois personnages sont liés et inséparables. Ils brillent, se déchirent, se détestent, s’aiment ensemble. Inconsciemment, ils sont identiques : anéantis par les blessures et les mensonges tout en étant doux et amoureux. Nous ne savons pas ce qu’ils veulent – ils sont placés dans une ambiguïté constante tout au long du film.

Passionnée pour les films d’Antonioni, John Ford ou encore Clint Eastwood avec son film Josey Wales hors-la-loi (sa référence pour la séquence d’ouverture qui met en scène une ferme enflammée), Patricia Mazuy nous offre une touche de western avec un décor boueux et pluvieux. Dans sa filmographie, la cinéaste s’intéresse particulièrement aux rapports que les hommes ont avec la nature. Dans ces pâturages, où se mêlent chants d’oiseaux et rayons de soleil, nous pensions découvrir un film doux et apaisant. Cependant, l’éclairage « orange-sodium-lampadaire routier », la brutalité des gestes, les bruits stridents et assourdissants, les regards sombres, la musique rock’n’roll et le scénario pesant, nous font parvenir une sensation bien différente, de l’ordre de la désorientation, voire de la peine.

Patricia Mazuy casse tous les codes, ose et nous bouscule: Peaux de Vaches, film énergique et violent, perturbe pour mieux nous surprendre.

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