« Nos futurs » de Rémi Bezançon : un film sympathique

Après s’être essayé au dessin animé avec Zarafa, après avoir mis à l’écran Louise Bourgoin aux côtés de Pio Marmai, « un heureux évènement« , Rémi Bezançon, à qui l’on doit également « Ma vie en l’air » et le très récompensé « Le premier jour du reste de ta vie »  – déjà avec Pio Marmai- revient avec un projet au titre résolument punk, « nos futurs », en sortie en salle en France le 22 Juillet. Punk mais pas trop dirons-nous, doucettement punk, ce n’est pas non plus « Le grand soir« . Bowiesque tout au plus, un rien garage. La bande originale est soignée et anachronique, d’un remake des Pixies « where is my mind » – en référence à Fight club, nous apprend Rémi Bezançon -,  à The offspring en passant par Air ou par Cécile Cassel, oups, Hollysiz, et bien sûr Bowie himself.

Elle accompagne tout au long du récit nos deux personnages principaux, duo composé par Pio Marmai et Pierre Rochefort, dont le rapprochement peut sembler aussi improbable que celui d’un François Pignon – Pierre Richard – avec un Jean Lucas –Gérard Depardieu –, dans un registre cependant bien différent. Les traits ne sont pas si tirés, les défauts en eux même ne servent pas nécessairement le comique. Les différences se situent au niveau des situations  et trajectoires sociales et de leur personnalité en apparence opposée.

 

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Au départ, ces deux là sont des amis, née d’une amitié assez improbable, l’entraîneur qui s’intéresse à l’enfant rêveur et isolé. Ils s’épanouiront en faisant leur 400 coups, plus ou moins auréolés de succès, avant que leurs chemins ne se séparent et que chacun avance dans la vie dans une direction diamétralement opposée, le surplace total pour l’un, la reprise de l’entreprise de papa, le mariage avec Estelle – Mélanie Bernier – pour l’autre, l’installation dans une vie qui le dépasse, le lasse et l’isole.

Le concept du film se fonde principalement sur une résurgence du passé , très récurrent dans le cinéma, que ce soit dans le traitement de la crise de la quarantaine, ou de la crise existentielle d’une manière générale, de Broken Flowers de Jarmush à Youth de Sorrentino par exemple. Ce procédé a quelques vertus, il interroge, distrait assez souvent, laisse la place au burlesque mais n’est pas sans piège; il convient notamment d’en détacher un propos profond, de trouver une voie propre qui ne sonne pas le réchauffé, de surprendre et de retenir un point d’atterrissage.

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Rémi Bezançon choisit de ne pas choisir entre comédie et film d’auteur français, il déroule simplement son histoire, s’accorde le loisir d’une fuite en avant, d’un road movie, glisse quelques dialogues parfois percutants, règle quelques comptes avec des personnages  qu’il a probablement lui même cotoyé, et mise beaucoup sur la symbiose des deux personnages mais aussi la différence de style de jeu entre Pio Marmai, le nouveau Dewaere – mais il n’en a pas eu le prix – sorte de brute dotée de sensibilité, et Pierre Rochefort, fin, flegmatique et raffiné comme pouvait l’être son père.

Pour ne rien vous cacher, nous pensons le moment à passer en leur compagnie fort agréable et ludique, à défaut d’être parfaitement intellectualisé,  mais émettons une légère réserve sur la direction d’acteurs. Autant Pierre Rochefort s’était affirmé avec force dans Un beau dimanche, laissant entrevoir une complexité et une partition de jeu particulièrement saisissante, autant Pio Marmai a su nous séduire à de nombreuses reprises dans le passé, autant il nous semble que cette fois-ci chacun perd un peu de sa force au contact de l’autre. Pourtant, les deux acteurs ont nourri une belle amitié, comme peut en témoigner notamment les séances de présentation du film au public, où les deux larrons semblent jouer une copie du film: Pio étonne et amuse Pierre, Pio le sait et en surjoue.

 

 

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