Mektoub, my love … Excellent Kechiche


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Sète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale, pour retrouver famille et amis d’enfance. Accompagné de son cousin Tony et de sa meilleure amie Ophélie, Amin passe son temps entre le restaurant de spécialités tunisiennes tenu par ses parents, les bars de quartier, et la plage fréquentée par les filles en vacances. Fasciné par les nombreuses figures féminines qui l’entourent, Amin reste en retrait et contemple ces sirènes de l’été, contrairement à son cousin qui se jette dans l’ivresse des corps. Mais quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider.

Mektoub, my love Chant I d’A. Kechiche est difficile à juger de but en blanc. Car le chant I est avant toute chose une mise en place, qui instaure une ambiance, sur un air doux amer, une promesse d’une histoire plus complète. Un peu comme si l’on avait considéré La vie d’Adèle I sans poursuivre avec La vie d’Adèle II. Il nous semble qu’il nous faut le tout pour juger la partie. La qualité de l’effet produit ne peut se juger qu’au regard de l’effet qui s’en suivra; peut-on juger une chanson sur ses simples couplets, ou  son refrain, peut-on juger d’un tableau si l’on en conserve que le décor, peut-on pertinemment juger d’une pièce de théâtre au premier acte, d’un livre aux premiers chapitres ? Résolument, non.

Ceci étant dit, l’exercice mérite d’être tenté, si l’on s’en fie à ce que l’on perçoit, à ce que l’on devine. Car si le jugement complet est bien impossible, une première impression en ressort indéniablement, dont nous pouvons vous faire part, d’autant plus que l’échantillon qu’il nous a été proposé de voir correspond selon Kechiche lui même à un tiers du projet. (Mektoub my love devrait être composé de 3 chants)

Le regard apporté par ce premier chant est pour partie nostalgique: on sent pour autant que des drames vont se nouer, que des destins vont se jouer; cette sensation repose principalement sur le temps pris pour raconter l’histoire. On pense parfois au cinéma le plus lumineux de Téchiné, mais aussi aux précédents films de Kechiche lui même, quelque part entre La graine et le mulet et La vie d’Adèle; pour autant on note une dimension intime, une projection. Il se dégage une impression d’unité entre les différents protagonistes, d’insouciance; les personnalités et sensibilités diverses s’expriment et cohabitent telles différentes danses. Le regard artistique, l’envie de vivre, de s’amuser, le rapport à la séduction, des êtres plus ou moins friables, plus ou moins sensibles, fragiles sont quelques uns des thèmes évoqués dans cet épisode estival, où l’amour se fait et se défait, dans une logique qui appartient à chacun des protagonistes. La sève réside ici: certains se cachent, d’autres s’exhibent, certains savent ce qu’ils veulent, d’autres non, certains vivent pour se définir, d’autres observent, certains vivent les choses avec sérieux, d’autres avec une grande légèreté. Certaines scènes sont étonnantes comme souvent dans le cinéma de Kechiche, pour faire ressortir une impression de temps réel, il use de sa liberté de producteur pour proposer des séquences longues que beaucoup auraient coupées. L’explication, s’il en fallait une, est que Kechiche considère son travail comme celui d’un impressionniste, et pour qu’une impression naisse, un temps d’exposition suffisant est nécessaire. Ceci est juste et se vérifie une fois de plus avec ce Mektoub, my love Chant I qui nous donne surtout envie de découvrir la suite …

 

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