La Momie – Sous les bandelettes

Caracolant en tête du box-office international depuis sa sortie, La Momie (The Mummy) ouvre le bal des blockbusters de l’été. Réalisé par Alex Kurtzman (surtout connu pour son travail de scénariste et de producteur sur différentes franchises à succès de Transformers à Spider-Man en passant par Star Trek et Xena, la guerrière), le film se présente comme le reboot de la trilogie dirigée par Stephen Sommers. Alors, coup gagnant ou échec cuisant ? Le Mag cinéma vous donne son avis.

Un peu d’histoire

La Momie de Karl Freund

Formé à la photographie auprès de Murnau (Le Dernier des hommes) Fritz Lang (Metropolis) ou Robert Wiene, Karl Freund passe à la réalisation en 1932. Persuadée que son expérience germanique saura faire la différence, la Universal lui propose un film d’horreur : La Momie qui s’inscrit à l’intérieur du « cycle de films de monstres » lancé un an plus tôt par la maison de production. La mise en scène stylisée de Freund et l’interprétation remarquable de Boris Karloff en font un véritable succès qui occupe aujourd’hui encore une place privilégiée auprès des amateurs du genre (bien qu’il faille sans doute lui préférer le génial Les Mains d’Orlac réalisé trois ans plus tard avec Peter Lorre).

Boris Karloff dans La Momie de Karl Freund

Le film popularise la figure de la momie dont les bandelettes réapparaitront au début des années quarante (toujours chez la Universal) avant de trouver un second souffle auprès de la Hammer, maison de production britannique qui de 1959 à 1971 lui consacrera quatre films. Puis… plus rien. Il faut dire que Hollywood ne s’intéresse plus vraiment aux mythes du cinéma d’horreur, par trop éloignés du réalisme quémandé par les spectateurs des seventies. Certains cinéastes parviendront cependant à reprendre à leur compte ces figures archétypales, soit pour en actualiser le discours (Romero et les zombies), soit pour nourrir leur vision poétique du spectacle cinématographique (Branagh et la créature de Frankenstein, Coppola et Dracula).

La Momie de Stephen Sommers

Lorsqu’en 1999, le réalisateur Stephen Sommers décide de présenter un remake du film de Freund, son approche doit nécessairement s’acclimater au goût ambiant. Or, à la fin des années quatre-vingt-dix, la mode est au numérique et au clin d’œil cinéphile (post-modernité oblige), deux éléments qui fonderont la réussite de la trilogie. À partir de la persona de son interprète principal, Brendan Fraser, Sommers propose une perceptive décalée qui ne dégrade pourtant jamais l’efficience horrifique de la créature. Aventureuse et innovante, cette nouvelle version joue des possibilités offertes par l’image de synthèse et le morphing (transformation numérique du corps de l’acteur) pour actualiser le caractère spectaculaire de l’œuvre originelle ; différents aspects réapparaissent dans ce (nouveau) retour de La Momie.

Détour mortel

Plutôt que de chercher à développer la veine comique de la trilogie précédente, Alex Kurtzman a visiblement désiré revenir à un esprit plus horrifique. Là où les films de Sommers se présentaient comme un retour (partiel) à la vie, celui de Kurtzman se propose en effet comme un détour vers la mort. Ce nouvel opus joue d’abord du lien généalogique unissant la momie au mort-vivant pour produire ses effets de terreurs. Même démarche lente et hasardeuse, même murmure guttural inquiétant… Cette association aurait pu toucher son but, si le réalisateur avait agi avec plus d’honnêteté. Car dans sa quête de succès, le reboot n’a pas pris le risque de se démarquer de son aîné mais a cherché à en recycler l’esprit pour l’adapter à l’actualité. Le retour de l’horreur ne signifie donc pas un abandon de l’effet comique, mais suppose un couplage qui apparait comme une véritable faute de ton(s).

Nulle authenticité ici, une impression que l’on retrouve à travers le jeu peu inspiré de la super star Tom Cruise. Visiblement peu à l’aise dans son rôle de pilleur de tombes, l’acteur pousse son jeu jusqu’au cliché. La surabondance des double-takes burlesques confine au stéréotype, tandis que la crispation plus ou moins volontaire de son visage manifeste de façon très sensible son désintérêt à l’égard du métrage. La chose est d’autant plus regrettable que Cruise avait, même dans ses plus mauvais films, toujours su assurer d’un professionnalisme et d’un talent qui apparaissent aujourd’hui bien fanés.

Ambition formelle

Reste la construction formelle du film qui, détachée de son contexte narratif, présente un certain intérêt esthétique. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la forme semble bel et bien avoir été réfléchie en fonction de thématiques ô combien théoriques. La première est sans doute celle d’un dédoublement moral aux accents manichéens. En jouant de la traditionnelle opposition entre le Bien et le Mal, le film cherche à vérifier ses dires à travers une composition savante de son cadre : élément du décor figurant un split-screen naturel, dialogue avec un mort face à un miroir, personnage travaillé par une fracture hydienne (interprété avec conviction par Russell Crowe), symétrie chorégraphique parfaite entre deux combats à mains nues, multiplication numérique d’une pupille.

Le cercle comme principal motif, La Momie affirme la prédominance d’un mouvement cyclique que l’on retrouve à l’intérieur de son découpage, jouxtant plans du passé et du présent selon une temporalité binaire propre à la relation du champ-contrechamp.

Pour cette seule raison, La Momie mérite sans doute d’être vu ; reste à voir si ce critère unique saura remporter les suffrages du public.

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