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#Lumiere2020 : Restauration de films de patrimoine iranien et un miracle !

The Chess of the Wind de Mohammad reza Aslani, l’une des œuvres remarquables dans l’histoire du cinéma iranien, a été restaurée par la Cinémathèque de Bologne avec le soutien de la fondation Martin Scorsese et de la fondation George Lucas. Selon les témoignages du réalisateur, la copie originale du film, qui n’a été diffusé qu’une seule fois avant la révolution iranienne, était perdue pendant longtemps avant d’être retrouvée par hasard dans un marché au puce, par sa fille, qui s’est ensuite lancée dans une démarche pour que le film puisse de nouveau exister.

La version restaurée du film a été sélectionnée pour le Festival de Cannes (Cannes classiques) cette année, mais finalement la première de ses projections a eu lieu en août au Festival Il Cinema Ritrovato à Bologne. Il continue sa tournée des festivals à Lyon, au festival Lumière.

Le film

The Chess of the Wind se déroule dans une maison aristocratique de Téhéran à la fin de 19ème siècle. Il raconte la corruption généralisée du pays pendant la période Qajar, ainsi que les divisions sociales et l’émergence de la classe moyenne à l’époque du Shah (d’Iran). En cela, il était visionnaire sur ce qui allait se passer quelques années plus tard en Iran. Le film est l’une des œuvres les plus détaillées et les plus créatives du cinéma d’avant-garde iranien, et à l’issue de sa seule projection au festival du film de Téhéran en 1976, il a attiré l’attention de Satyajit Ray, alors président du jury. Sur le plan technique, le film fut considéré comme l’un des plus réussis du cinéma iranien à l’époque.

Lors de cette projection unique, les rares personnes présentes ont témoigné que la séance fut entachée de problèmes, outre une détérioration de l’image à la fin de chaque bobine, certaines scènes, essentielles au récit, n’avaient tout simplement pas été projetées.

Dans la version restaurée, la beauté visuelle du film peut enfin être appréciée à sa juste valeur.

Le film a été produit par Bahman Farman Ara, directeur de la Société de développement des industries du cinéma iranien, qui quittera l’Iran après la révolution et co-produira quelques films importants à Hollywood, comme par exemple: La dernière tentation du Christ, Le déclin de l’empire américain,… Parmi les acteurs du film, on peut citer Shohreh Aghdashloo – exilée aux Etats-Unis, et que l’on a ensuite retrouvée dans de nombreuses séries américaines à succès (Urgences, 24 h chrono, …) également dans des films tels que House of Sand and Fog (elle fut nommée à l’Oscar de la meilleur actrice dans un seconde rôle).

Le tournage spectaculaire du film, inspiré des peintures de la période Qajar, des miniatures persanes, mais aussi de la peinture européenne est l’œuvre de Houshang Baharlou. Quant à la musique, moderne, elle est signée de l’une des compositrices les plus prolifiques du cinéma iranien, Sheida Qaracheh Daghi.

Contrairement à ce qu’on a pu croire, The Chess of the Wind n’a jamais été officiellement censuré, mais la réception très négative du film – par les critiques et le public du festival du film de Téhéran – avait eu pour effet qu’il ne sorte pas en salle. Il y avait en partie méprise, par exemple, la scène finale du film (l’une des plus belles scènes dans l’histoire du cinéma iranien) qui propose un saut dans le temps, n’a tout simplement pas été comprise du fait des scènes manquantes, et fut attribué par certains critiques comme une maladresse du réalisateur.

L’équipe du film en conférence de presse à festival de Téhéran en 1976

Par ailleurs, les innovations techniques du film et son rythme lent n’étaient pas nécessairement du goût des spectateurs de l’époque. Puis le film fut, selon sa fille, interdit, avant que les différentes bobines du film ne disparaissent.

La restauration

Tous les films analogiques devront un jour être restaurés. La bande celluloïd sur laquelle le film est enregistré est très vulnérable et sensible, et avec le temps elle peut être gravement endommagée. Un stockage inadéquat accélère cette détérioration progressive. Cela dépend du matériel de la pellicule, de la longueur du film et de son format. La restauration des longs métrages peut durer de plusieurs mois à plusieurs années. La Cinémathèque de Bologne, par exemple, a passé des années à restaurer le film muet de sept heures La Roue (Abel Gance, 1923).

Le coût de restauration des films varie, mais d’une manière générale, il s’agit d’un processus onéreux. Pour une copie en bon état, restaurer 2 heures de film peut, par exemple, revenir à un prix entre 50 000 et 100 000 euros. Des critères tels que la couleur, le type de matériau utilisé et les dimensions du cadre du film influent sur le montant total.

Dans un premier temps une réparation physique du support existant est effectuée. Ensuite, le film est numérisé pour pouvoir travailler numériquement le son et l’image. Ce travail s’effectue sous la surveillance du réalisateur ou du directeur de la photographie. Idéalement, la restauration du film doit être effectuée sur le négatif original de l’image et du son. En l’absence de cet élément clé, on peut travailler à partir des copies des négatifs ou des copies des positifs. Certaines personnes pensent, à tort, que restaurer un film signifie le réécrire: ce n’est jamais le cas.

L’affiche du film

Le laboratoire de restauration de la cinémathèque de Bologne, connu sous le nom d’Immagine Ritrovata, n’est pas seulement le centre de restauration de films le plus important au monde mais aussi le partenaire principal de la fondation Scorsese. Le laboratoire possède également des succursales à Paris et à Hong Kong. En raison de la propagation de covid-19, une partie du travail sur The Chess of the Wind a été effectuée dans l’unité parisienne.

La fondation Scorsese est une organisation à but non lucratif fondée en 1990 par Martin Scorsese pour préserver et restaurer le patrimoine cinématographique. Elle a soutenu la restauration de The Chess of the Wind aux côtés de « Acatone » de Pier Paolo Pasolini dans le cadre des célébrations d’anniversaire des trente ans du film. La fondation a un programme en cours appelé « World Cinema Project », qui répare les œuvres cinématographiques de pays sans ressources, les films victimes de distorsions politiques et culturelles, y compris des films d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud.

D’autres projets de restauration des films du patrimoine iranien en cours

la Cinémathèque de Bologne a également restauré une collection d’œuvres d’Ebrahim Golestan, Ragbar de Bahram Beizai, et des films d’Abbas Kiarostami (pour MK2). Cette année, le festival Il Cinema Ritrovato a présenté trois courts métrage de Kiarostami.

Un projet appelé « Golestan » est en cours à la Cinémathèque de Bologne pour collecter et restaurer toutes les œuvres cinématographiques d’Ibrahim Golestan et de les montrer dans le monde entier. Jusqu’à présent, Le brick et le miroir, Marlik Hills et The House is Black (Forough Farrokhzad) ont été restaurés sous la supervision d’Ebrahim Golestan et ont été projetés au Festival de Venise. D’autres films du Golestan doivent être restaurés de la même manière. « Clay and Mirror » a été restauré pour la première fois dans la version originale du réalisateur à partir du négatif de la caméra, et toutes les scènes manquantes dans les autres versions ont été renvoyées au film après plus d’un demi-siècle.

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