Mis à jour le 19 mai, 2026
Un film de Lászlo Nemes
Avec: Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Christian Harting, Hortense de Gromard, Félix Lefebvre, Marcin Czarnik, Pierre Nisse, Cser Kinga
Jean Moulin est parachuté en France occupée pour unifier les réseaux de la Résistance, sous l’égide du général de Gaulle. Malgré ses efforts pour rester dans l’ombre, Moulin est trahi puis livré à la Gestapo à Lyon, dirigée par l’impitoyable Klaus Barbie. Torturé sans relâche, il ne cède jamais. Sa détermination silencieuse contribuera à galvaniser les forces de la Résistance et à faire naître un nouvel esprit de combat et de liberté en France…
Notre avis : ★★★
Pourquoi diable le titre Moulin s’est-il imposé quand il nous aurait semblé tellement plus juste (et subtil) d’opter pour Jean Martel ou tout autre titre autrement plus énigmatique. En aucune façon Nemes ne se livre à un exercice biographique de Jean Moulin, il s’arrête sur un élément historique et ce qui a pu en être dit, laissant la place à une reconstitution fictive (fictionnée). Sur le plan technique, et sans surprise, le film excelle, proposant notamment un final particulièrement réussi, à la dimension symbolique percutante, renvoyant tout aussi bien aux fours crématoires qu’aux feux de notre époque. Soyons honnête, nous pourrions raisonnablement faire le même procès à Nemes que celui envers Giannoli: celui de s’appuyer sur un contexte historique avéré, un ou des personnages qui attirent leur curiosité, et de les inscrire dans une fiction composée pour susciter émotions comme interrogations, diffuser intrinsèquement un message politique tout en faisant appel à la bonne intelligence du spectateur. Le second a omis sciemment tous les traits antipathiques de ces protagonistes (que l’on peut nommer héros malgré tout) pour susciter l’empathie, et jeter le trouble sur quelques certitudes et évidences que la plupart des films historiques ont perpétués (à des fins didactiques, mais aussi d’accessibilité), à savoir la binarité d’un monde qui se serait divisé entre les méchants collabos et les gentils résistants, sans qu’aucune pensée complexe ne puisse être permise. Le premier, lui s’inscrit dans la démarche inverse, puisqu’il parle d’un héros, il enlève de son récit tout ce qui pourrait faire de lui un homme, vulnérable, faible, lâche, sensible même, comme il se permet d’insister sans gants sur la nature terrifiante de ses adversaires allemands. Nemes représente donc l’Allemand, et plus encore Klaus Barbie, tel un tortionnaire (nous nous lassons quelque peu de cette représentation surabondante de l’allemand hurlant, ici Lars Eidinger, aux bottes bien cirés et mises en avant après, pour une énième fois, Sandra Hueller dans le soporifique Pawlikovski). D’entrée de jeu, Moulin nous est présenté tel un Dieu, quand il prend la parole, les autres se taisent. Par autorité naturelle. Sans aucune subtilité. Nous aurions pu nous détourner du film pour ces raccourcis peu crédibles, historiquement orientés, mais les talents techniques de Laszlo Nemes ne sont plus à prouver. La narration s’accompagne d’une mise en scène magistrale, clinique et pleine de souffle tout à la fois. Subsidiairement, elle permet à Nemes de pouvoir revenir sur un territoire qui l’avait déjà fait découvrir (Le fils de Saul relevait de l’exercice technique s’appuyant sur un sujet fort, l’holocauste) et nous proposer un film qui, sans aucun doute, après avoir passé la barrière de la sélection, devrait trouver sa place au palmarès.










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