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Gentle Monster de Marie Kreutzer

Mis à jour le 22 juin, 2026

Un film de Marie Kreutzer

Avec: Léa Seydoux, Catherine Deneuve, Jella Haase, Laurence Rupp, Sylvester Groth, Katharina Lorenz, Regina Fritsch, Raphael Nicholas, Anton Rubtsov, Nils Strunk

Lucy et Philip sont heureux, ils viennent d’emménager avec leur fils dans une maison de campagne près de Munich. Un matin, leur vie bascule lorsque la police se présente à leur domicile pour arrêter Philip et saisir ses ordinateurs. Bouleversée, Lucy cherche la vérité sur son mari. Qui est-il réellement ? Doit-elle l’éloigner de son fils ?

Notre avis : ★★

Marie Kreutzer aime les décalages. Après son remarqué, mais clivant Corsage qui se jouait de façon très assumée des anachronismes, pour pouvoir transposer (transporter?) un récit historique dans une vision féministe contemporaine et ainsi en interroger les fondamentaux, la réalisatrice revient à Cannes en compétition officielle, avec Gentle Monster, qui lui aussi cherche dans son habillage musical à aller à l’encontre des règles usuelles que le cinéma a pu instaurer de longue date, à savoir souligner, avec plus ou moins d’emphase, une action qui se déroule sous nos yeux, pour l’intensifier ou susciter l’émotion. Les violons tire larmes, les sons stridents, les battements (de cœur) et autres pulsations trouvent dans nombre de productions de nos jours encore plus que leur place; ils participent peut être plus encore que l’image à la restitution ou à l’instauration de l’ambiance générale. Kreutzer s’attaque ici à un sujet hautement sensible, un sujet très proche de celui qu’Andréa Bescond avait mis en image, avec beaucoup de sincérité, de malice mais aussi de tact, dans les Chatouilles, celui du proche, dont on apprend qu’il commet l’acte le plus ignoble, le plus irréparable qui soit, par pulsion pédophile. Le fort de Gentle Monster ne réside pourtant aucunement dans sa forme, qui se contente d’une forme douce portée par une musique pop en contraste avec la gravité du sujet, concept formel au final mal venu et inopérant, mais plus dans son fond, dans l’interrogation que le sujet porte nécessairement en lui. L’interprétation de Léa Seydoux, plus encore celle de Laurence Rupp, sauvent un peu le film des détours dans lequel l’enquête nous plonge, sans réel impact, en ce qu’ils donnent à voir une lecture très humaine de leurs personnages. L’absence de radicalité, la volonté de retarder le jugement, de brouiller un peu les pistes, peuvent sembler audacieux voire novateurs, mais en d’autres temps, nous aurions pu tout aussi bien parler de fausses notes; pour s’affirmer comme une réalisatrice qui compte Marie Kreutzer devra prouver d’avantage, autrement que par le simple pas de côté, au demeurant, ici, ni éblouissant, ni pertinent.

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