Mis à jour le 2 juin, 2026
Un film de Félix de Givry
Avec: Milo Machado-Graner, Jane Beever, Emmanuelle Destremau, Maïa Sandoz, Erwan Kepoa Falé, Catherine Artigala
Âgé de quatorze ans, Otto adresse une lettre de suicide à sa famille et à ses camarades de classe, mais rate sa tentative. Trop honteux pour rentrer chez lui, il se cache. La nuit tombée, il hante les rues de la ville, comme un fantôme, jusqu’à ce qu’une fille de son lycée, Léna, dont le rôle a été confié à Jane Beever, le reconnaisse.
Notre avis : ★★
Félix de Givry pour son premier film en tant que réalisateur (il fut récemment le scénariste d’Ugo Bienvenu pour Arco) convoque un cinéma intemporel, inspiré tout à la fois par Louis Malle ou François Truffaut, un cinéma en Je détourné, où la romance s’insère au delà de l’état d’âme, des faits et des gestes. Un cinéma provincial, qui s’écarte cependant de la veine naturaliste d’un Pialat ou d’un Eustache. Remarquablement incarné par Milo Machado-Graner, aux faux airs de Jean-Pierre Léaud, le jeune Otto, désireux d’en finir avec une vie que les autres rendent difficiles, s’éveille; l’évasion, la seconde chance que le destin lui réservent, et surtout ses émois, l’amenant à reconsidérer son existence, le sens de celle-ci. Certes académique, et formellement appliqué à défaut d’être expérimental, Adieu monde cruel – au titre évocateur, suit une ligne toute tracée, nullement déplaisante, car empreinte de mélancolie, de tendresse, et finalement d’espoir. Le scénario parvient à suspendre le temps, à concevoir un espace protecteur, une bulle d’air, à fonction de sas de transit, et s’y attarde, pour que le spectateur lui même puisse s’y évader, y puiser toute la positivité que Felix de Givry y sème, après avoir dans un premier temps, décrit un mal être qui fut le sien du temps de l’adolescence, et avoir de la sorte, rappeler l’importance de lutter à tout niveau contre le harcèlement scolaire. La voix off, le grain de la pellicule, l’importance accordée aux paysages, aux arcanes d’un hôtel qui accueille des touristes de passage, les différents cadres et points de vue qu’il propose, mais aussi et surtout le jeu constant avec la lumière, reflet de l’état d’esprit du jeune Otto, instaurent une atmosphère travaillée et pensée, tout en permettant à Félix de Givry de placer à la fois son propre regard et celui de ses deux jeunes protagonistes, dialoguant naturellement avec La Femme d’à côté de Truffaut tout en transposant ses dynamiques passionnelles à l’adolescence, s’inscrivant ainsi dans la lignée de récits d’adolescences que l’on voyait fréquemment jusqu’en 1990 (Le Blé en herbe de Claude Autant-Lara, Le Grand Meaulnes de Robert Enrico, Les Amitiés particulières de Jean Delannoy, Les Quatre Cents Coups de Truffaut, Un sac de billes de Jacques Doillon, Diabolo Menthe de Diane Kurys, L’Effrontée de Claude Miller, Les Roseaux sauvages de Téchiné, …) et conversant également avec la mélancolie signature du jeune cinéma français des années 90 (Un monde sans pitié, au titre proche). Une forme nostalgique donc d’une certaine conception du cinéma, très peu financé de nos jours, celle d’avant tout raconter des histoires, que le naturalisme et plus encore le sensationnalisme ont largement supplanté. A ce niveau, et quoi que l’idée pouvait sembler séduisante, la voix certes posée de Françoise Lebrun, généreuse, trahit cependant quelques manquements de mises en scène; à double titre. Lorsque les images parlent d’elles même, elle devient redondante, lorsque qu’elle complète pour apporter des repères narratifs, elle nous prive d’une certaine incertitude, d’un mystère que de simples ellipses auraient merveilleusement apporté, Félix De Givry transmettant ici une certaine angoisse, celle que son spectateur se déconnecte, se perde en route, ou ne soit pas capable de raccrocher.









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