Tout l’argent du monde – Opus mineur

Tout l’argent du monde s’est d’abord fait remarquer par son travail de post-production. Tête d’affiche du film avant sa sortie en salles, l’acteur Kevin Spacey s’est vu remplacé in extremis par Christopher Plummer. Un choix autant commercial qu’éthique faisant suite aux accusations d’agressions sexuelles émises quelques mois plus tôt à l’encontre de Spacey. Mais au-delà du seul caractère insolite de cette anecdote de tournage que vaut vraiment le dernier opus de Ridley Scott dont la sortie en DVD-Blu-Ray est prévue pour le 27 avril 2018 en France ?

À l’origine de Tout l’argent du monde, il y a l’histoire vraie de John Paul Getty troisième du nom (Charlie Plummer), petit-fils d’un magnat du pétrole (Christopher Plummer), kidnappé contre une rançon de plusieurs millions. À l’époque, l’épisode avait fait couler beaucoup d’encre, une médiatisation essentiellement dû au fait que le richissime entrepreneur avait obstinément refusé de payer le moindre centime aux ravisseurs.

Scott a sans doute d’abord été intéressé par la valeur symbolique de ce récit, jouxtant à la fracture familiale un discours plus ou moins engagé à l’encontre du sacro-saint billet vert. Mais, malgré toute la valeur de cette approche, c’est surtout le caractère sensationnel de l’événement que retient le film. Peut-être trop préoccupé par l’ancrage contextuel du scénario, le cinéaste se révèle peu inspiré dans la conduite de sa fiction. Au thriller d’action escompté se substitue un film policier somme toute conventionnel et aux rebondissements attendus.

 

Tout l’argent du monde retrouve en quelque sorte les défauts de Seul sur Mars (2015) : loin de subvertir les codes génériques de son film, Scott adopte un rythme de croisière qui cherche à répondre aux attentes d’un grand public supposément réticent aux surprises et autres démarquages scénaristiques.

La chose est d’autant plus dommageable que le réalisateur n’hésite pas à recourir aux facilités de la caricature. Figure centrale du film, le milliardaire incarné par Christopher Plummer se présente comme un mélange raté du Charles Foster Kane de Welles et du Ebenezer Scrooge de Dickens. Là où les protagonistes de Mensonges d’État (2008) présentaient comme des métaphores intéressantes, et quelque peu nuancées, de l’impérialisme américain, ceux de Tout l’argent du monde forcent sans cesse la platitude du propos.

Au générique, Michelle Williams semble dépassée par son personnage de mère meurtrie, tandis que Mark Whalberg peine à s’épanouir à l’intérieur d’un rôle aussi lisse qu’insipide. Seul Romain Duris, qui en petite frappe repentie, parvient à cultiver un caractère grotesque non dénué de charme.

Reste la question de la mise en scène, particulièrement importante dans le cas d’un réalisateur de la trempe de Scott. Là encore, et ce malgré une photographie de qualité (signée Dariusz Wolski), le surprenant manque à l’appel. Depuis son American Gangster (2007), le cinéaste semble privilégier la continuité du fond sur la construction de la forme. Sans profondeur, sa réalisation tourne à vide et évite soigneusement toute audace qui aurait permis, ne serait-ce que ponctuellement, d’élever le niveau général du film.

De film en film, le spectre du grand Ridley Scott s’estompe. Cinéphiles, passez donc votre chemin.

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