Sortie DVD: La terre et l’ombre – Caméra d’or 2015

En sortie DVD ce 7 Juin 2016, La terre et l’ombre de César Acevedo.

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Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.

Nous étions très curieux de voir quel était ce film qui avait obtenu en 2015, au nez et à la barbe de Mustang multi-récompensé par ailleurs, la Caméra d’Or au festival de Cannes, décerné au meilleur premier film toute compétition confondue – en l’occurrence La Terre et l’ombre était à la Semaine de la Critique.

Sabine Azema, présidente du Jury de la Caméra d’Or, avait alors parlé de trèfle à quatre feuilles trouvé dans un champs de cannes à sucre. L’expression a pour avantage de rester mystérieuse, tout en précisant le décor, si important pour ce film.

Ce film colombien ne trahit aucunement son origine, il parle de la Colombie, d’une famille colombienne, du temps, du changement, il en parle de façon essentiellement métaphorique, selon un tempo que l’on ne retrouve que dans ses contrées où la chaleur écrase, où les espaces naturels dominent l’homme et son agitation. Le temps y prend de la valeur, les observations sont plus fiables, et plus dures également, fussent-elles au travers de fenêtres entrouvertes.

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La terre et l’ombre se joue des contrastes jusqu’à son titre. La petite maison, volets fermés, possède une ouverture vers le monde extérieur, vers le monde passé et présent. La santé souffreteuse du père de la famille pourrait être le cœur du sujet, elle n’en est que l’élément catalyseur, celui qui ramène le grand père au bercail, celui qui impose que les volets soient constamment fermés, que la famille se recompose de force, qu’elle mette au grand jour ses contradictions, ses blessures.

Sans sa portée sensuelle, il nous arrive de penser au cinéma de Lucrecia Martel La cinéaga, en ceci que la Terre et l’ombre narre avant toute chose une histoire familiale par l’entremise d’une atmosphère extérieure brûlante, étouffante, porteuse de désespoir: le drame intérieur « individuel » n’est qu’un corollaire inéluctable du drame extérieur plus collectif qui se noue.

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L’écriture est sudiste, une grande place est accordée à l’espace entre les lignes. Faulkner n’aurait certainement pas renié cette volonté de camoufler le sujet principal, une absence elliptique. Acevedo partage également avec lui une forme d’ambivalence troublante, qui consiste à parler de son pays, celui que l’on connaît par cœur pour y avoir grandi, et jamais abandonné, avec une nostalgie bienveillante évidente, mais aussi un regard noir et accusateur.

Ceci dit, outre cette qualité scénaristique, si Acevedo a obtenu la Caméra d’Or, il le doit très probablement à ses choix de mise en scène, atypiques ici, plus courants là-bas.

Le temps du récit est très alenti, propice au mystère, que ce soit sur le plan individuel – les blessures passées ou présentes des personnages, ou sur le plan collectif – ce qui se trame dans la plantation, ce qui s’y est également probablement passé naguère.  Les dialogues sont rares pour être précieux, la communication est montrée difficile, donnant du poids aux blessures entrevues. La caméra elle même suit ce rythme, les travelling sont lents et précis. L’ouverture du film en est la marque, l’immensité de la nature induit une contrainte temporelle, chaque déplacement demande du temps et ce temps domine les relations entre les êtres.

Ce cadre formel laisse également la place à un livre ouvert, portant quelques réflexions aucunement secondaires. La thématique de la transmission, d’un père vers son fils, puis vers son petit-fils traverse ainsi le récit, accentuant également le mystère de la cassure familiale originelle. Bien entendu, il s’agit encore de nature.
Les premières impressions sont les bonnes,  la maladie puis la mort du père sont propices aux résurgences du passé, aux marques d’amour et de réconciliation. Elles témoignent également d’une forme d’inéluctabilité:  la maladie est celle d’un individu, d’une famille, d’un pays tout entier qui connaît des gangrènes sociales.
Toutes les vérités ne se dévoileront pas, le mal est enfoui, la douleur sommeille, le silence protège de sa réapparition. Le tout se fermera par un plan final prévisible car amené avec précision, la page doit se tourner, la nature se retourner et laver les mémoires.

 

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