Rétrospective Tarkovski – du grand, du très grand cinéma

La cinémathèque française a consacré une rétrospective à Andrei Tarkovski, en Juillet. Dans le cadre de différents partenariats, cette rétrospective trouve également écho dans des salles d’art et essai, comme par exemple celle du cinéma TNB à Rennes. Nous ne pouvons que vous enjoindre à redécouvrir ou à découvrir, au travers de 5 copies de son oeuvre restaurées, l’immense talent de Tarkovski, à classer assurément parmi les plus grands cinéastes, toute époque confondue.

Les films projetés sont l’enfance d’Ivan, Solaris, le miroir, Andrei Roublev, et Stalker.

Nous ferons évoluer cet article sous peu, avec nos avis sur chacun de ses films, mais commençons avec Stalker, un récit initiatique très étrange et très inspiré.

Stalker

Stalker propose un scénario complexe et simple à la fois. Son rythme est très particulier, parfaitement étudié. Le spectateur embarque avec un homme dont l’identité apparaît très floue vers une Zone dont l’évocation même n’est pas sans nous rappeler le goût de la science fiction mystique de Tarkovski, que nous avions découverts avec Solaris.

Le cinéma de Tarkovski est différent de tout autre cinéma, il est presque impossible de le rapprocher d’un autre auteur, tant il propose ses propres formes. Stalker n’échappe pas à cette règle. Là où de nombreux réalisateurs excellent en multipliant, ou plus exactement, en additionnant les qualités artistiques- la photographie, le son, la lumière, le scènario, la peinture… Tarkovski, lui,  se distingue en ce que son art n’est pas un mélange dont on devine les couleurs primaires, n’est pas une composition  bien sentie. Il emprunte évidemment à la poésie de son père, qu’il entremêle de réflexions philosophiques de haute volée, il use sans cesse de symbôles et en convoquent de nouveaux, réels ou imaginaires, il excelle dans l’alternance entre silences, dialogues, jamais anodins.

Tout se répond presque magiquement, images et sons, réflexions et décors. Jamais le spectateur ne peut lire les expressions, à aucun moment Tarkovski ne choisit un chemin pour lui, bien au contraire, il fait le choix permanent de l’impression. Il illusionne, intrigue, étourdit, entretient un mystère plannant, à la frontière de quelque chose de quasi indicible.

Stalker est résolument à la frontière de. Il est sans genre. Impossible d’y voir un film de science fiction, un film religieux, un film angoissant. Il n’est rien de tout ceci, et un peu de tout cela tout à la fois. Il questionne, perturbe, éveille les sens et la réflexion.

Les éléments sont comme toujours dans les films de Tarkovski au centre même du projet. L’eau, la terre dominent ici sur le feu et l’air, présents par ailleurs,  rappelant que Tarkovski fils se destinait à devenir géologue.

Les images et les cadres sont particulièrement soignées, les décors parlent et se confondent parfaitement avec les discours des personnages.  Les mots prononcés ne semblent jamais provenir des personnages en tant qu’individus, mais bien plus d’un au-delà autrement plus symbolique, d’une Force régnante, qui nous semble tenir tout à la fois de la création, divine ou non, de l’âme russe, des tourments relatifs à la question vitale, qu’ils prennent forme de philosophie ou de poésie.

Stalker tout entier exprime un sentiment mélancolique, profond, lyrique et angoissé. Sa forme n’est ni théatrale ni littéraire, quoi que placée sous l’égide de la poésie, elle n’obéit pas plus à une aspiration chorégraphique, ou à une recherche picturale.

Pourtant il s’agit assurément d’une figure de style totale, que l’on ne peut que nommer Cinéma.

Andrei Roublev

Andreï Roublev – L’art pictural pour témoin

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