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Coup de coeur du festival international de courts métrages de Clermont-Ferrand 2021: zoom sur cinq films de la compétition nationale

Mis à jour le 13 février, 2021

Le Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand s’est déroulé cette année au format numérique. Retour sur un top 5 des films en compétition nationale.

1. Salem de Sophie Beaulieu, une ode à l’émancipation féminine

Dans ce qui semble être le quotidien des repas de famille, les hommes discutent voitures et business dans le salon, pendant que les femmes s’affairent en cuisine. Seule la nouvelle femme d’un des membres de la famille peine à trouver sa place -interprétée par Agathe Bonitzer.

Entremêlant commentaires stéréotypés de la part des membres de la famille et codes genrés au sein des comportements et des distributions de cadeaux, deux femmes décident de bousculer cet ordre bien défini à travers une partie de tennis au sein du salon familial.
Malgré l’échec de la tentative de rébellion des deux femmes, Sophie Beaulieu filme de l’espoir au sein de la nouvelle génération. Sans dialogues et à travers des mouvements de caméras centrés, la réalisatrice nous montre deux jeunes enfants qui ne font pas fi des différences que nous essayons de leur enseigner.
La force de ce court-métrage se trouve dans la justesse de ses dialogues et la manière de rendre compte fidèlement des moments de vie et des silences d’un repas de famille. Le court aborde les stéréotypes de genre à travers les habitudes d’une famille aisée, dans un esthétisme maîtrisé et un rythme fonctionnant parfaitement.
A noter notamment le passage de contestation des deux femmes qui dans ce qu’il a de plus excentrique est rendu sérieux et bouleversant par la présence de la bande-son. Barbara Carlotti rend un bel hommage à la chanteuse féministe Anne Sylvestre à travers son interprétation d’Une sorcière comme les autres, chanson «à haute résonance sociale » pour la citer collant parfaitement au thème.

2. Précieux de Paul Mas, l’innocence de la méchanceté

Une petite fille, Julie, n’arrive pas à s’intégrer dans son école et se retrouve victime des brimades de ses camarades. Julie trouve dans l’arrivée d’Emile, jeune garçon autiste, un ami avec qui échanger. Mais grâce au don qu’elle développera aux côtés d’Emile, Julie sera peu à peu acceptée par les autres élèves.  

Réalisé en stop motion, ce second court-métrage sur l’enfance du réalisateur Paul Mas interroge sur la violence de l’école et le rapport sauvage des enfants entre-eux.
Les réalisations en stop motion restent rares dans le domaine de l’animation. La minutie de ce court-métrage ajoute au sujet délicat du handicap et de l’acceptation d’autrui. A l’instar des visions de l’enfance souvent présentées comme une époque d’innocence et de joie, Paul Mas nous montre la méchanceté à l’œuvre dans une cour de récréation. Julie et Emile se rapprochent autour de leur vulnérabilité commune et apprennent l’un de l’autre, mais la jeune fille n’hésitera pas à rejeter le jeune garçon pour être acceptée.
Si les deux personnages principaux sont représentés avec des expressions modulables et des traits spécifiques, les autres enfants eux sont identiques et peuvent être apparentés à un tout, au groupe social auprès duquel il faut se faire accepter. Paul Mas nous montre dans un réalisme douloureux l’acceptation du groupe social passant par la perte de l’innocence et l’apprentissage de la méchanceté, même au plus jeune âge.

3. Le sang de la veine de Martin Jauvat, la tendresse 2.0

Simon rencontre Zoé sur l’application Tinder. Quand Zoé lui donne rendez-vous, Simon n’imagine pas qu’il se retrouvera nez-à-nez avec la famille de Zoé et que ses goûts musicaux créeront un décalage entre les deux jeunes adultes.

Pour son troisième court métrage Martin Jauvat nous dépeint le déroulement d’une rencontre Tinder atypique entre William Lebghil et Anaïde Rozam, drôle et touchant, interrogeant les relations amoureuses 2.0 sous le prisme d’une comédie burlesque.
La technologie fait partie intégrante du quotidien de ces jeunes protagonistes : de la Switch aux côtés de Simon au début du court à la famille prostrée devant la télévision, du THC fumé à l’aide d’une cigarette électronique aux rencontres amoureuses via une application ou encore aux plaisirs suggérés par un sex toy dernier cri. Mais la technologie est aussi un outil : outil via le choix d’une playlist pour cacher le malaise d’une conversation qui peine à démarrer, outil comme activité commune pour vérifier la provenance du THC de Zoé à travers une balade du Yucatan sur google maps, outil pour créer un lien à travers les jeux vidéo avec le frère de Zoé.
Martin Jauvat interroge à travers un humour décalé les liens s’établissant par le biais de la technologie. Si les vrais échanges semblent de primes abords se trouver à l’extérieur -à travers la partie de ping-pong faite en famille-, Simon paraît lui coincé à l’intérieur de la maison. Mais, une fois les écrans dissipés, le court révèle un échange maladroit et tendre entre les deux protagonistes.

4. Dieu n’est plus médecin de Marion Le Corroller, le mélange des genres

Interne en médecine Margaux travaille dans le service des urgences de nuit. Epuisée par la cadence des gardes, elle oublie un jour une patiente qui devait être traitée en urgence. La vieille femme meurt et Margaux se retrouve à transpirer du sang abondamment.

Marion Le Corroller a expliqué vouloir décrire les conditions de travail et la pression auxquels étaient soumis les internes en médecine dans le milieu des urgences hospitalières à travers le témoignage d’un de ses proches.
Dans ce court-métrage breton est montrée la pression à laquelle fait face le personnel soignant dans un genre qui s’apparenterait quasiment au film-documentaire. Mais le revirement de situation n’est pas sans rappeler Grave de Julia Ducournau. Le film oscille entre approche réaliste et fiction d’horreur dans un mélange des genres qui fonctionne parfaitement.
Bel hommage au personnel soignant, le scénario écrit avant le confinement reste brûlant d’actualité, avec une Judith Zins dans le rôle principal à suivre de près.

5. L’effort commercial de Sarah Arnold, les coulisses de la précarité

Avant de partir en voyage, Léa, jeune étudiante, trouve un travail de caissière dans un supermarché.
Léa, jeune femme ici pour quelques temps seulement, s’inquiète pour Nour, une femme qui semble de plus en plus affaiblie au fil des semaines. Le court-métrage raconte l’histoire vraie de Fadila, ayant porté plainte contre X en novembre 2016 contre le Auchan de Tourcoing. Cette dernière malgré les nombreuses alertes à sa hiérarchie n’a bénéficié d’aucun aménagement, jusqu’à faire une fausse couche en caisse.

Dans un décor vide et immaculé, le film traite le quotidien des caissières au sein d’un supermarché d’une grande enseigne auquel nous ne voyons que les caisses et les vestiaires. Ce décor aseptisé appuie l’impression du travail à la chaîne où les gestes répétés des salariés sont en déconnexion totale d’avec le potentiel client non représenté, le tout dans une ambiance de compétition entre les salariées.
A travers les yeux d’une jeune étudiante, ce court-métrage nous montre avec justesse la réalité d’un travail non épanouissant où la pression managériale flirte parfois dangereusement avec illégalité des conditions de travail et la réduction des employées à leurs seules tâches précaires et robotisées.

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