Nocturnal animals : à tomber

Susan Morrow, une galeriste d’art de Los Angeles, s’ennuie dans l’opulence de son existence, délaissée par son riche mari Hutton. Alors que ce dernier s’absente, encore une fois, en voyage d’affaires, Susan reçoit un colis inattendu : un manuscrit signé de son ex-mari Edward Sheffield dont elle est sans nouvelles depuis des années.  
Dans ce récit aussi violent que bouleversant, Edwards se met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille aux prises avec un gang de voleurs de voiture ultraviolents, mené par l’imprévisible Ray Marcus.

Concernant le film, il est assez intéressant de se pencher sur le fossé qui sépare la réception internationale -Prix du Jury à la Mostra de Venise, éloges des plus grands critiques anglophones- de la critique hexagonale. Quand la première émet des dithyrambes sans réserve, la seconde va des louanges aux lazzis.

Nous ferons parti des louangeurs. Aucun défaut à trouver à ce film, d’une beauté plastique époustouflante, beauté qui ne prend nullement le pas sur l’histoire et la texture profonde du film. Dans la joliesse irréelle de certains acteurs -le mari de Susan- dans l’apprêt des maquillages, des costumes -so chic et actuels-, des décors -la galerie notamment- de la mise en scène -certaines images sont dignes des plus grands photographes- on ressent que nous avons affaire à un metteur en scène différent des autres. Un metteur en scène qui est aussi un grand styliste voire un inventeur de tendances mondiales -le porno chic– mais il n’est pas que ça, il est aussi un grand réalisateur, et la diversité de son regard, le fait qu’il vienne justement d’un monde extérieur au cinéma, apporte toute sa richesse au film.

L’incroyable concernant Nocturnal Animals c’est, qu’à l’image de l’héroïne, nous sommes saisis par l’histoire narrée dans le manuscrit que Susan lit, au point d’oublier qu’il s’agit d’une fiction -dans la fiction. Aussi, deux récits, parfaitement liés, se font en parallèle : celui de Susan, dans son présent, lisant notamment le manuscrit, celui d’un homme se faisant attaquer avec sa femme et sa fille adolescente par trois jeunes hommes ultra violents. On pourrait y ajouter un troisième récit : les flash-back de l’histoire entre Susan et Edward.

Le fait que le personnage Edward -l’écrivain- et Tony -le héros du roman- soient tout deux joués par Jake Gyllenhaal rajoute au trouble du spectateur. Cela ajouté aux deux récits (la fiction dans la fiction donc, deux histoires qui nous apparaissent tout autant réelles) a certainement encouragés les comparaisons faites par certains à Lynch : deux histoires dont on ne saurait plus laquelle est la vraie, deux personnages incarnés par le même acteur. Ces donnes ajoutées à un glamour notoire, très « âge d’or d’Hollywood », ont pu étayer la comparaison à un film comme  Mulholland Drive. 

Mais si le film propose une histoire qui en éprouvera certains, nous sommes loin des visions psychotiques et cauchemardesques de Monsieur Lynch. Tom Ford s’est, du reste, défendu de s’être inspiré du réalisateur de Lost Highway.

Nocturnal animals est un film mystérieux. Le roman décrit une vengeance et est une vengeance -assez subtile.  Si des phrases de l’histoire dans l’histoire renvoient à l’histoire entre Susan et son ex-mari, il est conseillé de réfléchir à deux fois avant d’établir en quoi le roman est une vengeance et en quoi l’histoire qu’il décrit peut se renvoyer entre ce qu’on vécu Susan et Edward.

Jake Gyllenhaal est parfait, qu’il s’agisse de jouer le jeune Edward, puis l’Edward avec plus de bouteille ou Tony, le père de famille. Amy Adams, pareillement crédible en jeune femme de 25 ans ou riche galeriste mère d’une adolescente, trouve l’un de ses meilleurs rôles : elle porte beaucoup le film, elle en est l’héroïne principale. Une importance rare accordée aux femmes dans les films américains.

Nocturnal Animals mérite largement son prix, et sera, au-delà des vaguelettes de certaines réception critiques, un film qui restera.

 

 

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