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La Mort aux trousses – La beauté du spectacle

La mort aux trousses (affiche)

Vingt-troisième long métrage américain de Alfred Hitchcock, La Mort aux trousse (North by Northwest, 1959) ressort en salles. Un bon moyen pour  le spectateur de découvrir ou redécouvrir ce chef d’œuvre du cinéma hollywoodien.

Une épure hitchcockienne

S’il fallait montrer un film de Hitchcock à un jeune cinéphile désireux de connaitre la manière du maître, ce serait celui-là. La Mort aux trousses est volontiers cité comme l’exemple type de l’utilisation du « Mac Guffin ». Ce procédé inventé par Hitchcock consiste à tromper le spectateur en focalisant son attention sur un détail qui se révèle n’être qu’un prétexte pour faire avancer l’histoire. La Mort aux trousses applique plus particulièrement ce principe  via le personnage de Kaplan, un agent secret inventé de toutes pièces par le FBI. Le leurre met en péril la vie du malheureux Roger O. Thornill (Cary Grant) qu’un malentendu fait passer pour Kaplan. Pris au piège, poursuivi par un groupe d’espions mené par Phillip Vandamm (James Mason), puis par la police, ce tranquille publicitaire new-yorkais devra affronter moult périls pour prouver son innocence, vaincre ses agresseurs et devenir un homme.

La mort aux trousses
Source de malentendus, le « Mac Guffin » opère à merveille

Hitchcock a toujours entretenu une connivence avec le spectateur, ses mécanismes n’étant pleinement efficaces qu’en fonction d’un échange avec la salle: ainsi du fameux suspense hitchcockien consistant à donner au spectateur un maximum d’informations sur le péril encouru par le personnage à l’écran. Conscient du danger, le public anticipe sur la suite des évènements tandis que son identification au héros amplifie sa réaction. L’intelligence de Hitchcock est de prendre en compte les attentes du spectateur et d’en retarder la concrétisation pour renforcer son plaisir. Parmi les nombreux exemples proposés par La Mort aux trousses, on peut retenir la trahison de la belle Eve Kendall (Eva Marie Saint). Rencontrée dans un train, la jeune femme vient en aide à Thornill. Un insert sur un bout de papier apprend au spectateur que Eve est de mèche avec les espions. À partir de ce moment, chaque évènement devient suspect aux yeux du spectateur, craignant de voir son héros pris au piège par ses agresseurs. Eve indique à Thornill que Kaplan l’attendra à un arrêt de bus. On sait que Eve ment mais Thornill lui ne le sait pas et se rend sur le lieu du rendez-vous. Un homme sort d’une voiture. On pressent le danger, tandis que Thornill s’avance innocemment vers l’individu. La tension monte progressivement jusqu’à ce qu’un dialogue s’engage entre les deux hommes et que le criminel présumé se révèle être un simple quidam attendant son bus.

La mort aux trousses
L’implacable mécanique du suspense

Cette courte description résume toute la qualité du suspense hitchcockien. Le cinéaste livre une information confidentielle au spectateur, celui-ci profite de sa supériorité pour chercher dans le plan ce que le héros ne peut pas voir, mais au dernier moment le cinéaste reprend les choses en main, affirmant sa prédominance sur le film. Ici, la durée du suspense (près de vingt minutes) en fait un essai quasi-théorique. On prend conscience du jeu mis en scène par le cinéaste et son procédé est rendu visible par la durée de son exécution. Véritable épure, La Mort aux trousses révèle les formes qui firent la renommée de Hitchcock.

Un film matriciel

Revoir La Mort aux trousses permet de comprendre l’influence qu’a pu exercer Hitchcock sur le cinéma américain contemporain.

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Une action matricielle

La Mort aux trousses entraine le spectateur des buildings de New York au Dakota du Sud en passant par Chicago. Loin du parcours de santé, le périple de Thornill est ponctué d’événements spectaculaires dont le plus célèbre reste le fameux duel opposant le héros à un avion. Champs-contrechamps, travellings, explosion finale sublimée par la musique dramatique de Bernard Hermann, tous les ingrédients du parfait film d’action sont présents. Trois ans avant le début de la saga des James Bond, Hitchcock définit un genre appelé à prospérer. Des films comme Die Hard (John McTiernan 1988) ou la série des Transformers (Michael Bay, 2007-2014) n’auraient pu exister sans La Mort aux trousses. Prototype, le film fait de l’espace un régulateur dramatique. Thornill doit combler la distance qui le sépare de Eve, tandis que son voyage à travers les États-Unis prend une valeur initiatique. Les obstacles rencontrés par le héros sont avant tout plastiques : les lignes abstraites des bâtiments, la foule envahissant le hall de gare, la route vide et donc à découvert lors de son face à face avec l’avion. Thornill doit se familiariser avec l’espace, en décrypter les dynamiques pour parvenir à le dompter et assurer sa place dans le cadre.

La mort aux trousses
Décrypter l’espace

Thornill annonce d’ailleurs les futurs héros des films d’action. L’interprétation humoristique de Cary Grant confère au personnage une assurance détachée. Sûr de lui, le héros va à l’encontre des institutions pour sauver ce qui lui semble juste. La maturité de l’acteur – qui avait 55 ans au moment du tournage – fait de son personnage l’archétype de ces héros charismatiques, marqués par le temps mais toujours capables d’accomplir des prouesses. Distingué, impeccablement habillé, Grant exprime un raffinement viril qui s’oppose à l’attitude maniérée de James Mason. Dans sa manière de se déplacer, de se raidir subitement sur place ou d’adopter des poses affectées, Grant a quelque chose du danseur, un rapprochement que l’acteur souligne lorsqu’il sifflote le célèbre air de Chantons sous la pluie (Stanley Donen et Gene Kelly, 1952) dans sa chambre d’hôtel. Sa partenaire exerce un charme discret. Moins voluptueuses que Kim Novak ou Ingrind Bergman, Eva Marie Saint a quelque chose de Marlene Dietrich dans sa manière d’afficher son profil, un art de la dissimulation propice au doute et au désir.

La mort aux troussesLa Mort aux trousses signe l’unique collaboration de Hitchcock avec la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). Ce détail explique en partie le gigantisme du film. Dans les années cinquante les studios luttent contre l’invasion de la télévision dans les foyers américains. Pour convaincre le public de venir en salles, il faut lui proposer un spectacle que le petit écran ne pourra lui offrir. Les grandes fresques épiques (Ben-Hur, William Wyler, 1959) ou les comédies musicales (Brigadoon, Stanley Donen, 1954) ont le vent en poupe, et la MGM n’hésite pas à augmenter les budgets de ses films pour assurer leur succès, une stratégie dont saura profiter La Mort aux trousses. Le film de Hitchcock ne craint pas l’excès-la reconstruction en studio du Mont Rushmore- et fut filmé en VistaVision, un format que seule la salle de cinéma peut prétendre restituer.

Voir La Mort aux trousses c’est découvrir l’œuvre d’Hitchcock dans son ensemble mais aussi comprendre les origines du grand spectacle hollywoodien.

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