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L’Affaire Abdallah – incarnation d’un cas emblématique d’injustice

Huit mois après la mise en liberté du plus ancien prisonnier de France pour des faits à caractère politique, Pierre Carles retrace l’affaire absolument captivante et scandaleuse de Georges Abdallah. Condamné pour des faits de terrorisme et arrêté en octobre 1984, le résistant communiste, faisant parti du FPLP1, a dû attendre Juillet 2025, âgé de 74 ans, pour retrouver sa terre natale du Liban. Alors qu’il se trouvait en prison pour une peine de quatre ans, reconnu coupable d’utilisation de faux passeports et d’obtentions d’armes pour les FARL2, il fut incriminé de terrorisme. Sous la pression indéniable des États-Unis et l’influence non négligeable des médias de l’époque, s’en suivit pour Georges Abdallah une condamnation à perpétuité.

Ce dossier offre un exemple frappant d’injustice et de détournement du droit à des fins politiques, un exemple qui continue de résonner dans l’actualité, bien que peu médiatisée. « Comment un militant politique libanais s’est-il retrouvé à subir, en France, la peine la plus sévère infligée depuis l’abolition de la peine de mort ? » Cette question, posée au début de L’affaire Abdallah, se présente comme le point fondamental des recherches menées par Pierre Carles, en France et au Liban, depuis 2018.

UN DISCOURS PROVOQUANT, UNE VÉRITÉ OSÉE

Pour ce nouveau projet, Pierre Carles effectue un méticuleux travail de documentariste. Il utilise judicieusement différentes images d’archives qui retracent les évènements, des bombardements de camps palestiniens à Beyrouth en 1982 jusqu’aux journaux télévisés de l’époque relayant la condamnation d’Abdallah. Il les mêle à son enquête, à des témoignages de personnes clés (journalistes, avocats, experts judiciaires, et figures politiques…) afin de retracer l’Histoire de façon détaillée dans un montage particulièrement bien rythmé, captivant de tout son long. Son approche provocatrice et osée – qui plus est pour un journaliste-, très présente depuis ses premiers documentaires, bouscule. Inéluctablement, il emploie des méthodes peu conventionnelles mais récurrentes dans son travail : entre deux rediffusions de journaux télévisés de l’époque, nous verrons, par exemple, ses équipes interviewer, de manière parfois discrète et peu académique, des personnalités publiques impliquées. Audacieux et téméraire, Pierre Carles affronte son sujet et cherche à sensibiliser. L’usage d’images particulièrement choquantes de morts par bombe thermique, entre autres, ne peuvent laisser indifférent. Son but, as usual : critiquer la fabrique médiatique du mensonge et faire ressortir une vérité marginale qui ne soit pas celle imposée par les puissants sur le plan économique ou politique. Le cas d’Abdallah qui fit tant de bruit lorsque la sentence tomba en 1986, puis sombra intentionnellement dans l’oubli, avant une libération enfin obtenue, après 43 ans de détention, ne pouvait que faire réagir Pierre Carles et le mettre en mouvement.

ENTRELACER LES FAITS AUX RESSENTIS INDIVIDUELS

L’Affaire Abdallah invite chacun des ses intervenants à revenir sur les propos tenus durant les évènements. Ils partagent ainsi leurs impressions avec un regard neuf, offrant une nouvelle perspective sur l’affaire, certains allant, presqu’étonnamment, jusqu’au mea culpa. En reliant des ressentis individuels, propres à chaque personne interviewée, aux évènements et à leurs conséquences factuelles, le montage de Pierre Carles procède d’un effet « passerelle ». Il confronte des journalistes, comme Georges Malbrunot du Figaro ou Véronique Brocard de Libération, à leurs écrits de l’époque lesquels avaient impacté le sort de Georges Abdallah, et les replace dans leur contexte. Néanmoins, nous nous étonnons que certains acteurs clés manquent à témoins — nous pensons par exemple à Edwy Plenel, fondateur de Médiapart — un mystère plane : pour quelles raisons ?

Ce cas d’école rappelle l’importance de la responsabilité individuelle et collective, d’autant qu’il résonne pleinement avec l’actualité. En entrelaçant avec fluidité les faits et les ressentis personnels pour révéler le sort réservé à Georges Abdallah, Pierre Carles dénonce ce qu’il convient de nommer un scandale d’État. Tous deux véhiculent un message fort aux nouvelles générations et appellent à la lutte.

L’Affaire Abdallah, réalisé par Pierre Carles, à découvrir en salle dès le 8 avril 2026

  1. Front Populaire de Libération de la Palestine ↩︎
  2. Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises ↩︎

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