Hungry hearts, un Rosemary’s baby à l’italienne ?

Hungry Hearts est un film de Saverio Constanzo qui sort en DVD et BLU-RAY le 7 juillet.

Jude est Américain, Mina Italienne. Ils se rencontrent à New York, tombent fous amoureux et se marient. Lorsque Mina tombe enceinte, une nouvelle vie s’offre à eux. Mais l’arrivée du bébé bouleverse leur relation. Mina, persuadée que son enfant est unique, le protège de façon obsessionnelle du monde extérieur. Jude, par amour, respecte sa position jusqu’à ce qu’il comprenne que Mina commence à perdre contact avec la réalité.

Saverio Constanzo n’avait pas réalisé de film depuis le très émérite et salué La solitude des nombres premiers, où l’on retrouvait déjà à l’affiche Alba Rohrwacher, que l’on a vu à Cannes dans le très néo-réaliste La Meraviglie de sa sœur Alice, mais aussi cette année dans Tale of Tales de Matteo Garrone actuellement à l’affiche. Elle s’affirme comme une actrice phare du cinéma italien, puisqu’outre Matteo Garrone, elle a déjà tourné sous la direction de Marco Bellochio dans La Belle endormie, et on devrait également la retrouver au casting de son prochain film Sangue del mio sangue.

A ses côtés, et pour former un couple aussi crédible qu’isolé, nous retrouvons Adam Driver, connu pour son interprétation dans la série Girls, mais qui compte aussi dans sa filmographie, des participations à des films aussi divers que Inside Llewyn Davies des frères Coen, J. Edgar de Clint Eastwood, Frances A, et que l’on retrouvera même dans le prochain Star Wars. Un parcours au succès très rapide, pour ce fils de pasteur qui à la suite des attentats de 2001 s’engagea dans les marines, et pour lequel on pouvait prédire un tout autre destin.

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Hungry hearts leur offre un terrain de jeu très particulier où la délicatesse, les silences, les regards, les postures, les gestes se doivent d’être millimétrés pour accompagner les intentions du réalisateur. L’histoire emprunté au livre Il bambino indaco de Marco Francozo et transposé en Italie est simple et troublante, presque dérangeante. Elle touche à un sujet tabou, et finalement peu traité au cinéma, la maternité déviante. Le film pose tout au long de ce déroulement de nombreuses questions, apporte un regard décalé, notamment sur une cette forme d’anti-conformisme contemporaine que l’on retrouve de plus en plus dans notre société qui se cherche de nouveaux repères (retour  à la nature, à la biothérapie, au végétalisme, …).

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Le film ne renferme aucun jugement, bien au contraire, une de ses grandes qualités est de brouiller finement les pistes. L’auteur questionne la limite de la raison. Il oppose la pensée rationnelle, établie, partagée par le plus grand nombre, à une pensée plus étrange, bien moins rationnelle. Il interroge la folie. La folie de croire tout mieux savoir que les autres, que cela soit par lubie personnelle, ou en s’appuyant au contraire sur la pensée communément acceptée. La folie s’immisce dans ce couple atypique jusqu’à leur rencontre, où l’amour prend une place destructrice. La conception même de l’amour est au cœur du sujet.  Peut-on imposer à l’autre sa vision de ce que doit être l’amour, qu’il soit conjugal ou parental ?

Le drame et le fantastique réside dans l’incapacité du couple à s’entendre à deux sur cette question, chacun souhaitant garder le contrôle, imposant sa radicalité.  Tour à tour, ils se retrouveront victime et coupable. Une première piste développée dans la seconde partie du film prédispose le spectateur à prendre le parti pris de la raison, du père, et à mettre en doute l’amour de la mère, quand la troisième partie du film crée le doute.

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Nous nous souvenons alors de cette première partie, assez pataude, qui laissait entrevoir un parti-pris fantastique. Si une comparaison directe avec Rosemary’s baby est impossible, une filiation semble pourtant évidente. Le jeu des acteurs y est certainement pour beaucoup, le jury de la Mostra de Venise y a en tout cas été très sensible, puisqu’Alba Rohracher comme Adam Driver ont tous deux été récompensés de la Copa Volpi de la meilleure interprétation.

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Au final Hungry hearts fait parti de ces films que l’on a du mal à classer. Les répétitions scéniques, le rythme volontairement arrêté, la forme triste, quelque peu austère, rebute. Mais au final, le trouble fonctionne, l’interrogation reste, et on se dit que l’oeuvre vaut.

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