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Tout s’est bien passé, Marceau et Pailhas très justes

A 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout, aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir.

François Ozon continue de filer une filmographie faite de va et vient entre sujets qui l’interrogent , dans l’absolu, et des univers beaucoup plus personnels, qui le touchent plus directement, sur le fond, et des tentatives formelles plus ou moins appuyées et aventureuses.

Avec Tout s’est bien passé, il tient un sujet auquel beaucoup de quinquagénaires français peuvent s’identifier. Il le traite avec la délicatesse qu’on lui connaît, le mot pas trop haut, pour ne pas heurter, le verbe pas trop fort, l’humour parcimonieux, parfois même un peu juif, mais aussi, avec une grande légèreté (là où sur un sujet corolaire, la dépendance, Haneke cherchait à questionner plus en profondeur). 

Ozon se trouve ici bien aidé par une Sophie Marceau dont on vient à se rappeler qu’elle est une bonne actrice, au bon souvenir de ses propres films ou de feu son mari Zulawski, et qu’elle aurait pu trouver toute sa place dans le cinéma d’auteur, si ses choix de carrière lui avaient un peu plus fait tourner le dos à des comédies françaises sans intérêt. A ses côtés, nous retrouvons Géraldine Pailhas, qui se fait plus rare sur nos écrans, qui incarne sa sœur, différente, plus en retrait, plus détachée, en partie parce que son père lui accorde moins d’importance.

Le duo ainsi formé s’avère tout à fait crédible, parfaitement à l’écoute des variations souhaitées par le réalisateur, et les deux actrices, chacune dans une partition différente, semblent particulièrement investies. La justesse de leur interprétation peut avoir puisé dans leur expérience personnelle, et la qualité du film dépend (dépendait également) de leur aptitude à nous émouvoir par de petits détails, à mimer des ressentis et des réactions que l’on aura pu observer soi même, et ainsi enclencher un processus d’identification fort. Certains pourraient même revivre des instants douloureux à l’écran, et retraverser des émotions liées à jamais dans leur mémoire, à la perte d’un parent, revivre leur propre deuil.

Pour autant, Ozon reste Ozon, si son sujet, le deuil, la douleur, la préparation à la fin de vie, vise à émouvoir – et un peu à réfléchir, il profite de la trame principale pour glisser des références personnelles, des petits détails qui lui sont chers. Il fait notamment le choix de l’homosexualité du personnage interprété (de manière trop appuyée) par Dussolier.

Lorsque nous l’avons découvert en compétition officielle à Cannes, nous avons pensé que Tout s’est bien passé ne présentait pas un sujet suffisamment universel, qu’il n’arrivait pas à suffisamment se détacher de sa problématique légale, très française – d’autres pays autorisent la fin de vie assistée – , pour pouvoir prétendre à un prix – autre que celui d’interprétation.

D’autre part, la mise en scène, dans l’ensemble discrète, le récit trop cousu de fil blanc, n’en font pas un grand film d’Ozon. Maintenant, si vous avez à choisir entre Dune et Tout s’est bien passé, nous ne pouvons que vous conseiller de passer votre chemin pour le premier, et de vous intéresser au second …

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