Leave no trace – La différence pour indifférence

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2018, Leave no trace a aussi été projeté durant le festival de Deauville. En cela, le troisième long-métrage de fiction de Debra Granik suit les traces laissées par ses deux aînés : Down to the bone (2004) puis Winter’s bone (2010). A l’identique, la réalisatrice américaine laisse la nature au cœur de Leave no trace. Elle sera l’écrin parfait pour représenter le réalisme social cru d’une Amérique alternative animée par un désir d’indépendance.

Tom a 15 ans. Elle habite clandestinement avec son père dans la forêt qui borde Portland, Oregon. Limitant au maximum leurs contacts avec le monde moderne, ils forment une famille atypique et fusionnelle. Expulsés soudainement de leur refuge, les deux solitaires se voient offrir un toit, une scolarité et un travail. Alors que son père éprouve des difficultés à s’adapter, Tom découvre avec curiosité cette nouvelle vie. Le temps est-il venu pour elle de choisir entre l’amour filial et ce monde qui l’appelle ?

Dans sa thématique, Leave no trace s’inscrit dans le sillon de films tels que Vie sauvage (2014) de Cédric Kahn ou Captain fantastic (2016) de Matt Ross. L’originalité du film n’est donc pas dans son sujet mais dans le traitement de celui-ci. Ainsi Debra Granik ne fait porter aucun message utopiste à des personnages qui ne seront jamais antagonistes. La réalisatrice conserve donc une narration usant des mêmes postulats que ceux exposés dans Winter’s bone (2010) et éloigne Leave no trace des films de Kahn et Ross précités.

L’histoire portée à l’écran est adaptée de L’abandon (2009), un roman que son auteur Peter Rock a inspiré de l’histoire vraie d’un père et de sa fille qui ont vécu quatre ans dans une forêt voisine de Portland. Granik a tourné Leave no trace dans cette ville de l’Oregon et ses environs et fait camper son couple père-fille par Ben Foster (Will) et Thomasin McKenzie (Tom). Fidèle à ses précédents films, son filmage continue à voisiner avec celui de sa compatriote Kelly Reichardt (Certaines femmes, 2016).

Granik poursuit sa quête à filmer des Américains, ni marginaux, ni SDF, mais désirant échapper aux modes de vie dictés par notre société consumériste. Contrairement à un film comme Captain fantastic, il n’y a pas dans Leave no trace une volonté de rejeter et fuir cette société. Il n’y a pas non plus de protagonistes antagonistes ce qui est la force mais aussi la faiblesse du film. La réalisatrice donne ainsi à voir une Amérique où l’humain est au centre de tout et peuplée de gens solidaires et attentionnés aux autres. Cette Amérique existe mais elle n’est pas unique.

Les personnages de Will et Tom sont bien campés. Foster hérite d’un rôle taiseux justifié par les névroses post-traumatiques de Will, vétéran de la guerre en Afghanistan. Son choix de vivre à l’écart de la société est né de ce traumatisme gardé enfoui et qui sera révélé au détour d’une coupure de presse. Will ne revendique pas son mode de vie ni même son désir indépendance. Alors que la dernière séquence de Leave no trace montre sans ambiguïté possible le chemin à suivre, Will et Tom le suivront-ils ?

Film minéral au drame éthéré, Leave no trace se pare de questionnements d’ordre écologique et politique. Dans ce qui reste du rêve américain, il semble subsister une place infime pour ceux qui souhaitent vivre autrement, s’évaporer sans laisser de trace. L’indépendance recherchée par les personnages de Granik, c’est aussi celle du film et celle de sa réalisatrice-documentariste. Une volonté louable qui devrait laisser quelques traces dans l’esprit des spectateurs notamment chez ceux qui auront prêté attention aux paroles de la chanson Moon boat qui vient habiller le générique de fin…

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