Sortie DVD/Blu-ray – La révolte des Cipayes de Laslo Benedek

ESC Éditions inaugure une nouvelle série de DVD-Blu-rays intitulée « Épées de Légende » et qui sera dédiée aux grands classiques du cinéma d’aventure hollywoodien. Parmi les trois titres venus introduire ce nouveau catalogue, Le Mag Cinéma a choisi de se pencher sur La Révolte des Cipayes (1954) de Laslo Benedek, qui profite d’une remasterisation totalement inédite en France (jusqu’alors seules des éditions DVD de piètre qualité et en langue étrangère étaient disponibles à la vente).

Né à Budapest en 1907, Laslo Benedek arrive à Hollywood en 1937. Formé comme opérateur aux studios de la UFA et de la Terra de Berlin, l’apprenti-réalisateur a appris son métier aux côtés du producteur Joe Pasternak. C’est d’ailleurs lui qui produira son premier film américain, Le Brigand amoureux (1948), interprété par Frank Sinatra. Sa carrière décolle véritablement aux débuts des années cinquante avec une belle adaptation de Mort d’un commis voyageur (1951). Mais c’est bien L’Équipée sauvage (1954), produit par Stanley Kramer, qui lui permettra d’atteindre la postérité. Boudé par le public et la critique au moment de sa sortie, le film est aujourd’hui connu et apprécié de tous les cinéphiles, principalement grâce à la présence de Marlon Brando qui en blouson noir terrorisant une petite ville américaine trouvait un rôle apte à magnifier son image de rebelle romantique.

Difficile a priori de trouver un sujet plus éloigné de La Révolte des Cipayes pourtant réalisé la même année que L’Équipée sauvage. Aux voyous brutaux et organisés répond l’inflexible droiture du Capitaine de la Compagnie anglaise des Indes orientales qui, bien que démis de ses fonctions, restera fidèle à sa patrie. La théâtralité et le naturalisme de Brando s’effacent alors devant le maintien sculptural de Rock Hudson, tandis que le réel préconisé par les productions de Stanley Kramer laisse sa place aux artifices d’une Inde de studio qui se rattache à la grande tradition des aventures exotiques mises en scène par la Universal.

Beaucoup de faste, de couleurs (et de maquillage) accompagnent donc ce récit de guerre qui profite d’une certaine maîtrise scénographique particulièrement sensible dans le traitement des séquences de bataille. S’il faut bien reconnaître que le scénario adapté d’un roman de Hall Hunter souffre de quelques facilités (l’histoire d’amour faussement contrariée entre Rock Hudson et Arlene Dahl, la distinction quelque peu manichéenne entre les « bons » et les « mauvais » Indiens), l’ensemble est malgré tout sauvé par la présence d’une qualité onirique imprégnant certaines scènes-clé du film.

Le numéro de danse condensant en une série de mouvements la lutte intérieure des personnages ou la séquence des marais évidant le cadre d’une brume opaque, rappelant la poésie des toiles impressionnistes, subliment la forme d’un drame qui parvient dans ses excès mêmes à détourner l’atmosphère sirupeuse encadrant son contenu (ainsi de la présence de Arnold Moss qui confirme son talent pour les rôles de composition à travers son incarnation du vil Rajah Karam).

Du côté de l’édition Blu-ray en elle-même, il faut souligner l’importance du travail de restauration opéré sur la copie d’origine. Si certains défauts persistent (de façon très ponctuelle, le spectateur attentif remarquera des zones de flou au niveau des bordures du cadre), le traitement général permet une réhabilitation esthétique de l’œuvre. Les couleurs retrouvent ainsi leurs tonalités originales, tandis que le lissage parcimonieux des images souligne la valeur première des compositions et des décors.

Au niveau des suppléments, ESC Éditions a eu la bonne idée de proposer un entretien avec la romancière et philosophe Catherine Clément, spécialiste de l’histoire et de la culture indienne (on lui doit entre autres une instructive Promenade avec les dieux de l’Inde, et le beau roman La Reine des cipayes paru en 2012 aux Éditions du Seuil).

La faconde orale ainsi que les multiples perspectives de lecture proposées par l’intervenante rendent ce bonus passionnant : du retour très complet sur l’histoire de la première guerre d’indépendance indienne à la description de la reine guerrière Lakshmi Baï que l’on retrouve dans le film à travers la figure de l’énigmatique personnage interprété par Ursula Thiess. On regrettera cependant l’absence de tout supplément qui aurait pu éclairer le contexte de production et de réalisation du film, ou permis d’en apprendre plus sur la carrière et le style de son réalisateur.

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