La Belle et la Bête – (Re)découverte

L’avenir de Disney se trouverait-il dans la prise de vue réelle ? D’un point de vue commercial, la chose est certaine. Le rachat et l’intégration réussie de Lucasfilm et de Marvel Studios a considérablement enrichi le catalogue du studio en films photoréalistes. Disney semble aujourd’hui avoir fait le pari de l’animation 3D (sous l’influence de Pixar cette fois-ci), mais aussi avoir succombé à la mode du remake. Depuis quelques années en effet, le studio a choisi de proposer au public de nouvelles versions de ses classiques de l’animation. Après le spin off de La Belle aux bois dormants (Maléfique, sorti en 2014), et Cendrillon (2015), c’est au tour de La Belle et la Bête de se voir offrir son adaptation en prises de vues réelles. Une nouvelle forme pour une nouvelle réussite ? Le Mag Cinéma vous donne son avis.

Remarquons d’abord que dans le cadre de ses remakes, Disney a soigneusement choisi de se détacher du simple recyclage pour viser la nouveauté. Maléfique s’attardait sur l’un des personnages secondaires du dessin animé, tandis que Cendrillon était parvenu à développer considérablement le caractère de la cruelle marâtre (interprétée avec brio par Cate Blanchett). La Belle et la Bête déroge pourtant à la règle, se présentant comme une copie quasi-parfaite de son modèle animé. Alors certes, le passé de Belle (Emma Watson) et de la Bête est quelque peu développé (on en apprendra ainsi un peu plus sur la mère de la première et sur l’enfance meurtrie de la seconde), mais le développement narratif et la structure dramatique restent identiques. Ce travail de maniériste semble s’expliquer principalement par le désir de préserver la forme musicale de l’original. L’idée est excellente, le dessin animé sorti en 1991 avait en effet profité d’une bande-musicale particulièrement soignée qui avait même valu à son compositeur (Alan Menken) l’obtention d’un oscar. Le spectateur retrouvera donc la totalité des chansons qui avaient assuré le succès du premier film, avec en bonus la présence de quelques nouveaux titres.

Cet apport lyrique confère à La Belle et la Bête la valeur d’une comédie musicale. Dans le cadre de la prise de vue réelle, la présence de moments chantés déporte le récit vers la production d’un pur spectacle. Les chorégraphies investissent le cadre et emportent le tempo de l’ensemble. Douze ans après Dreamgirls (2005), le réalisateur Bill Condon, assure à nouveau de son talent dans ce domaine. Cette résurgence musicale fonctionne donc à la manière d’une réminiscence qui saura convaincre les fanatiques du dessin animé tout en offrant aux plus jeunes des spectateurs la vision d’un inoubliable musical.

En 2014, Christophe Gans présentait sa version en tout numérique du roman de Jeanne-Marine Leprince de Beaumont, sans parvenir à nous convaincre. Bien qu’intéressant, le projet n’atteignait jamais le merveilleux onirisme de l’adaptation de Jean Cocteau (sortie en 1946). À l’inverse de Gans, Bill Condon ne s’est pas tourné vers le foisonnement des effets spéciaux, mais a préféré privilégier la structure de ses compositions. Ce n’est pas tant les possibilités offertes par l’image de synthèse qui impressionnent ici, que la façon dont le cinéaste a su profiter de la beauté des décors pour travailler sa profondeur de champ. Signalons à notre lecteur que si l’envie lui prend, cette version de La Belle et la Bête doit être vue en 3D. On déplorera ainsi que certains multiplexes aient choisi de faire l’impasse sur ce dispositif, tout en continuant à projeter des films qui ont pourtant été réalisés dans ce but. La célèbre séquence du bal, ou la découverte de la chambre de Belle jouent sans cesse du rapport synthétique entre l’avant et l’arrière-plan, offrant au regard du public la possibilité d’examiner avec attention la surface creusée et stratifiée d’un cadre multi-dimensionnel.

Disney a bel et bien remporté son pari. Son remake parvient à offrir du nouveau à partir du semblable. Curieux palimpseste que celui-ci, jouant des souvenirs suscités par la résurgence des motifs de son modèle, pour mieux en développer les principes constitutifs. Une (re)découverte couplée d’une franche réussite.

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