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Evil does not exist de Ryusuke Hamaguchi

Mis à jour le 6 septembre, 2023

Un film de Ryusuke Hamaguchi
Avec: Hitoshi Omika, Ryo Nishikawa, Ryuji Kosaka, Ayaka Shibutani
Dans le village de Mizubiki, près de Tokyo, Takumi et sa fille Hana vivaient. Un jour, les habitants du village prennent connaissance d’un projet de construction d’un site de glamping près de la maison de Takumi, propose un habitant de la ville et cela affecte la vie de Takumi.

Notre avis: *

Hamaguchi, après s’être fait connaître pour des formats de narration amples, multipliant les thématiques avait commencé à resserrer son cinéma sur une forme courte, avec ses Contes du hasard et autres fantaisies, qui le rapprochait de Rohmer, ou de son disciple corée assumé, Hong San Soo. « Espérons qu’à la manière du réalisateur coréen, Hamaguchi sache également si bien manier les styles et essayer sans cesse de nouvelles formes pour montrer cet éclairage intime dont il est maître, et dont nous ressentons toute la poésie. » concluions nous lors de notre critique de Contes du hasard et autres fantaisies, qui avait su séduire l’ensemble de nos chroniqueurs quand ses précédents œuvres nous divisaient davantage. Evil does not exist poursuit effectivement cette démarche de renard, pour citer Michel Ciment, de nouvelle forme. Ryusuke Hamagushi dés les premières images nous indique qu’il s’éloigne résolument de l’ampleur narrative de Drive my car ou Asako, pour se diriger vers un cinéma, du geste, de la précision, un slow cinéma qui emprunterait plus à Keilly Reichardt qu’à Bresson; laissant une large place aux décors bruts, à l’enracinement des personnages dans leur fonction, interrogeant l’existence, la fonction de l’homme sur le planète, un cinéma critique plus que pamphlétaire qui prône une cause, délivre un message simple, limpide, tout en essayant de surprendre narrativement et d’insérer des sous-contextes trompeurs, de proposer des réflexions émotionnelles comme dans toute l’oeuvre d’Hamagushi, mais cette fois-ci, clairement au second plan. Le résultat ne nous a pas ébloui, les scènes liminaires en imitation temps réel où un homme, qui s’avérera bien plus tard notre héros, coupe du bois près d’une rivière, instaure certes une atmosphère, mais l’arrivée des citadins dans ce territoire provincial et relativement épargné, où les cerfs peuvent encore se frayer des chemins à travers la forêt, menace l’équilibre de la nature, mais aussi du film… On pense alors, à tort, que le film opère un virage vers le cinéma contestataire qui aime à rendre compte du ridicule, à appuyer une farce autour de décisions prises par un petit nombre au détriment d’une population installée. On pense donc qu’Hamaguchi s’inspire des caméras scalpel de Radu Jude, ou de Mungiu pour nous livrer soit une farce, soit un procès pamphlétaire de la marche du monde … Partir d’une situation, la développer, l’exagérer, conclure, tel aurait pu être la trame narrative. Mais en lieu et place, et de façon déconcertante, Hamaguchi développe alors une autre histoire, celle qui concerne les deux personnes venus jouer les intermédiaires vis à vis de la population locale, sur ordre du patron d’une entreprise qui souhaite investir dans le « Glamping » (camping glamour) … leur conversation dans la voiture, lors d’un trajet entre la ville et la campagne, d’apparence très anodine, semble alors vouloir suivre la trajectoire déjà rencontrée dans Drive my car, qui consisterait à ce chacun s’ouvre à l’autre et dévoile sa part la plus intime, au hasard et au détour d’autres réflexions. Tout ceci aurait pu nous interloquer dans le bon sens du terme, nous emporter, si un fil était tenu, reliant plus précisément les situations, s’il n’y avait finalement pas ce retour à la situation initiale, au problème soulevé. Certes, Hamaguchi parvient à créer une forme de faux suspense en reprenant son histoire un peu là où il l’avait laissée, mais d’une manière générale, il nous perd avec lui, pour avoir suivi des chemins trop différents les uns des autres, n’être allé au bout d’aucuns d’entre eux, et surtout, ne pas avoir fait le choix, fort d’une direction. Jusqu’à son titre, Hamaguchi nous livre un film marqué par l’hésitation, ou introductif à ce qu’il aurait pu être mais n’est finalement pas, mettant en lumière finalement plus ses manques (notamment la radicalité, la provocation, la confrontation, la force, la complexité) que ses qualités (la finesse, le sens du détail, le constat, le sens de l’observation, la réflexion sur la marche du monde, la simplicité).

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