Mis à jour le 18 mai, 2026
Un film de Kantemir Balagov
Avec: Talha Akdogan, Riley Keough, Barry Keoghan, Harry Melling, Monica Bellucci, Will Fitz, Zaramok Bachok, Michael Kupisk, Princesstorm Woody, Liyah Richards
La relation difficile entre Pyteh, un jeune de 15 ans, et son père, au sein de la communauté kabarde (originaire du Caucase) de Newark aux Etats-Unis. Tiraillé entre son admiration pour son père et ses récentes désillusions, Pyteh se retrouve confronté à une violence qui va le contraindre à grandir plus vite qu’il ne le souhaite.
Notre avis : ★★★
Kantemir Balagov revient au Festival de Cannes, cette fois-ci non pas en sélection officielle, mais avec une séance d’ouverture de la Quinzaine, pour son nouveau film, Butterfly Jam, qui se déroule dans le New Jersey, alors qu’il devait initialement se tourner dans la région natale de Kantemir Balagov en Russie circassienne. Lorsqu’il a commencé à écrire ce film, son intention était d’explorer une relation père-fils atypique, ayant pour trame sous-jacente une interrogation sur la vulnérabilité et la tendresse entre hommes, ainsi que sur la faiblesse, considérée comme un défaut majeur dans cette communauté où les hommes refusent de montrer leur faiblesse, jusqu’à la poignée de main. Kantemir Balagov souhaitait ainsi interroger ses compatriotes à travers ce film, mais également rendre compte d’un pays, d’une région du monde plutôt méconnue, la question des origines et des racines traversant le film dans son ensemble.
Kantemir Balagov a décidé de déplacer l’action de son film dans le New Jersey après avoir appris qu’une importante communauté circassienne s’y était installé, ce qui lui a permis de travailler avec des acteurs américains et britanniques, tels que Riley Keough, la petite-fille d’Elvis Presley, aux côtés de Barry Keoghan et Harry Melling, le rôle principal revenant à Talha Akdogan. Déplacer le film écrit depuis 2019, pour mieux déplacer le point de vue, Balagov citant son impression d’avoir réalisé jusqu’alors des films qui se concentraient essentiellement sur des personnages féminins, quand ici, son intention était de se recentrer sur des personnages masculins, un thème qui, s’il est classique et éculé, rappelle ceux abordés par James Gray dans ses premiers films, notamment Little Odessa (les deux réalisateurs présentent des similitudes dans leur approche et obsessions).
Butterfly Jam surprend, au delà de son titre sorti d’on ne sait où, en ce qu’il propose un schéma narratif particulier, surprenant, lequel maintient de façon constante un mystère autour des personnages, prenant son temps pour bien les décrire et les inscrire dans des relations les uns avec les autres, à la fois simple et complexe. Nous partageons et appréhendons ainsi leurs émotions, ce qu’ils ressentent, en un mot, Balagov procède de sorte que nous nous intéressions à eux, à leur évolution, leurs quêtes, ce qu’ils vont traverser et ce que le destin leur réserve, sans que jamais nous puissions deviner où le fil nous mène. Outre sa très belle et déconcertante utilisation de symboles – qu’ils soient purement visuels, ou même poétiques, par instants, souvent avec succès, outre son scénario bien étudié qui ne sème jamais de détails gratuitement, chacun donnant lieu à une intrigue secondaire ou à un développement particulier, Butterfly Jam présente un très bel équilibre entre ses thématiques (racines, appartenances communautaires, importance de la famille, des amitiés, le contexte social difficile, …) , entre ses tonalités (douceur et âpreté), mais aussi ses personnage, et résiste à une lecture trop simpliste, basculant dans sa toute fin dans une dimension psychologique déroutante. Autant d’ingrédients qui en font un film tout à la fois plaisant et intéressant.










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