Willy 1er : déjà culte

À la mort de son frère jumeau, Willy, 50 ans, quitte pour la première fois ses parents pour s’installer dans le village voisin. “À Caudebec, j’irai. Un appartement, j’en aurai un. Des copains, j’en aurai. Et j’vous emmerde !”. Inadapté, Willy part trouver sa place dans un monde qu’il ne connaît pas.

Au départ, on pense ne pas être happé par cette histoire, la façon dont elle est filmée : la bande annonce fait penser à un avatar d’un film de Gustave Kervern et Benoît Délépine, voire un sketch Grolandais.

Or il n’en est rien. Ceci est une histoire vraie, une biographie hallucinante interprétée par la personne ayant vécu les faits -des faits qui paraissent improbables, car la réalité à plus d’imagination que nous et la fiction.

Le film a ceci de particulier qu’il a été réalisé par un quatuor de réalisateurs. On connaissait les binômes Cohen et Dardenne, ici ce ne sont pas des frères, mais quatre jeunes réalisateurs  :  Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas. Tous ont fait l’Ecole de la Cité de Luc Besson dans la première promotion, celle de 2012.

Cette pluralité se remarque dans les différents styles et tons qu’emploie le récit filmique :  un chouia de Groland -mais si peu, si peu ; des séquences ironiques -lors de la mort du frère jumeau, le spectateur a droit à un montage vidéo kitch/inculte/de mauvais goût -dauphin, palmier, musique atroce, citation débiles et bourrées de fautes dont internet est truffé depuis qu’un certain style de gens ont accès à Photoshop ou autres ; des séquences d’un tel réalisme et non dénuées de cruauté et de gueules digne d’un jeune Dumont (La vie de Jésus, toussa) ; des partie planantes esthétisées qui rappellent Drive -dans la photo, la musique, le contexte.

Au départ, car nous revenons au départ et de notre entrée dans cet OFNI, nous culpabilisons de rire, car il n’y a rien de drôle dans les événements tragiques -et réels !- qui nous sommes montrées, sinon justement le fait que Willy et son entourage soient des gens simples. Mais par la suite, le rire, quand il surgit, ne se sent pas coupable car Willy (Daniel Vannet) a du caractère et n’est pas un « gogol » ou un « trop gentil simplet ». Hilarante séquence où il loge chez un ami Don Juan de village (la seule personne qui puisse le loger), et qu’il quitte dès le lendemain en lui disant : « Je me casse, tu me tires vers le bas. » Willy/Daniel est cash, ne s’embarrasse pas de politesse ou d’hypocrisie, dit tout haut ce que beaucoup se disent tout bas et il est d’un courage, d’un ténacité, d’une détermination que bien des winners n’ont pas.

A noter les participation de Noémie Lovsky (amaigrie et seule actrice connue du film) et du génial autre Willy -un jeune gay sophistiqué, brimé et solitaire- Romain Léger, qui apporte une autre dimension au film. Par ailleurs, pas de miscasting, tout les interprètes sont bons et nous semble aussi réels que le meilleur des reportage.

Signe qui ne trompe pas pour évaluer un bon film : bien après l’avoir vu, Willy 1er nous reste en tête, nous marque, et l’on y repense souvent. Ce n’est pas par hasard qu’il ait obtenu le Prix d’Ornano-Valenti au festival du film américain de Deauville ainsi que le 1er prix du Festival International du film culte de Trouville-sur-mer et ait été nommé à l’ACID – Cannes 2016.

Mais retenez surtout cela : il est pour nous, sans conteste, un des meilleurs films de l’année, sur les centaines que nous ayons pu voir.

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