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Felicita, une route vers quelque part

Pour Tim et Chloé, le bonheur c’est au jour le jour et sans attache.
Mais demain l’été s’achève. Leur fille, Tommy, rentre au collège et cette année, c’est promis, elle ne manquera pas ce grand rendez vous.
C’était avant que Chloé disparaisse, que Tim vole une voiture et qu’un cosmonaute débarque dans l’histoire.

Assurément déjanté, le second film de Bruno Merle 13 ans après Héros, s’aventure très clairement hors sentiers battus, pour un ton rafraîchissant. Il nous est donné à voir un jeu de pistes déroutant, en deux actes, le premier naît sous l’angle totalement assumé de la comédie alerte, il se concentre sur 3 personnages aussi mystérieux qu’improbables, unis par un attrait pour l’anticonformisme -la liberté qu’elle confère-, à la complicité remarquable; le second se charge de précisément explorer l’ombre qui peut se cacher derrière ces mystères, explore différents possibles, se joue des perceptions du spectateur.

Tout pourrait presque se résumer d’une part à cette interrogation philosophique martelée tel un adage par le père Tim- Pio Marmai – vers sa fille Tommy – Rita Merle, fille du réalisateur: « Tu as toujours le choix dans la vie, mais les mauvaises décisions peuvent avoir de lourdes conséquences », mais aussi, d’autre part, à ce choix si particulier du registre humoristique, noir, qui se joue des semblants et apparences. Ce dernier unit la famille, la caractérise, confond le spectateur, qui, peut prendre les affirmations au premier degré dans un premier temps, comprendre comme les protagonistes que le second degré était de mise, puis surtout, s’interroger, avec les protagonistes une fois encore, si le second degré ne masquait pas une vérité inavouable et donc avouée …

Cette intention de malmener son spectateur, de se jouer de sa compréhension première pour l’emmener, façon road movie, dans des directions parfois légèrement éclairantes mais plus souvent improbables, serait vaine si la forme du film ne parvenait pas à insuffler un rythme d’ensemble qui maintienne de tout son long le spectateur captif, dans cet état éveillé, par la curiosité que les mystères des personnages – leur passé, leur psychologie, leur philosophie, leur liberté – suscite, par la sympathie qu’on peut avoir pour leurs singularités, leur relations très complices et soudée, et par le doute qui s’invite sur le regard réellement porté sur le mode de vie emprunt de liberté, potentiellement sans vergogne.

La forme, parlons-en. Elle tient une place importante pour imprimer ce rythme si particulier qui nous a emporté. Dans son ensemble, et dés les premières images, elle porte une fonction importante mais finalement rare de nos jours, celle non pas de souligner l’action, mais bien au contraire, de venir en complément d’ambiance d’une part – la dynamiser, l’électriser, ou lui conférer une touche vivante, moderne et alternative – et d’autre part, fait encore plus rare, de porter un sens, à l’instar de ce titre ringard « felicita », ressorti avec brio, dans une scène entraînante, touchante de vérité et sincérité – moment réellement et très simplement joyeux qui se ressent – qui comme le fait dire le personnage de Tim, était probablement la musique la plus parfaitement choisi pour traduire la vérité de l’instant. La mise en abyme s’avère ici, pour le spectateur qui la remarque, d’une subtilité assez confondante; la voix du réalisateur se fait entendre au travers de ses personnages, en direction première des spectateurs, procédé que l’on pouvait retrouver, sous d’autres formes (la caméra stylo, le regard caméra assumé, le détachement soudain de l’acteur vis à vis de son rôle) par exemple souvent dans les nombreux essais de Godard pour réinventer la narration cinématographique. La musique nous semble à ce point importante dans le film, qu’elle semble former la colonne vertébrale sur laquelle les images viennent s’articuler. A ce niveau aussi, Bruno Merle fait preuve d’un talent notoire, celui de proposer un montage atypique, souvent accélérer, aux transitions recherchées, et variées.

A contrario, la photographie semble plus rechercher l’absence de fausse notes que la prise de risques. Elle repose sur quelques valeurs sûres, les lumières et décors naturels du littoral de Paimpol – La Bretagne, ça vous gagne ! -, quelques néons de discothèques; mais ne se fait pas remarquable, ne permet pas de relever le récit en soi

Bruno Merle par contre ne s’est pas trompé, cela aurait été fort préjudiciable, dans la formation de son trio d’acteurs. Le sujet était d’importance puisque la caméra suit les trois personnages de la première à la dernière minute du film. Le premier des bons choix, qui se note dés l’introduction, est celui de confier la partition de Tim à Pio Marmai, que l’on retrouve très en forme, juste, imposant, à l’entrain communicatif, et souvent magnétique. A ses côtés, Camille Rutherford, incarne un personnage certes plus en retrait, mais à son instar, elle montre du répondant, véhicule une énergie complémentaire. La partition principale, Bruno Merle, la confie à sa propre fille, Rita, pour qui le rôle a été de façon très manifeste composée, et qui de façon subliminale, comporte probablement quelques messages d’un père à sa fille, qui s’inscrivent à l’écran sans qu’on n’y puisse accéder au sens propre, mais dont on ressent la substance. Bien plus que le rôle, le film tout entier s’adresse à elle, en privé. En public, il s’adresse par rebond à tout père, ou à toute fille.

Bruno Merle parvient également, au delà de son récit principal, à nous intéresser à un autre univers, par le prisme du regard de l’enfant. Il repose à ce niveau, de façon très habile, sur des procédés qui nous ont fait apprécier des films comme Toto le héros, le tambour, ou plus récemment Jojo Rabbit. Le point de vue principal, n’est pas celui du réalisateur omniscient, n’est pas celui des personnages adultes, mais bien celui de Tommy, jeune enfant qui aime parfois se couper de la réalité du monde, pour mieux s’échapper, faire vivre son imaginaire – le caméo d’Orelsan est du meilleur effet, il joue ce rôle si particulier d’intermédiaire entre monde réel et monde fantasmé, pour Tommy, et, pour le spectateur, de commentateur éclairé sur le récit, là encore, porteur de messages.

Certains reprocheront probablement à Bruno Merle de ne pas mieux baliser son récit, de ne pas prévenir son spectateur de là où il cherche à l’amener, de prendre donc le risque de le perdre très rapidement à ne pas le rassurer, à ne pas le prendre par la main, à ne pas lui donner des points de repères forts notamment sur ses personnages. Pourtant, la destination nous a semblé à nous très claire: cinéma

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