Creepy, Kurosawa prolifique et inspiré !

Un ex-détective devenu professeur en criminologie s’installe avec son épouse dans un nouveau quartier, à la recherche d’une vie tranquille. Alors qu’on lui demande de participer à une enquête à propos de disparitions, sa  femme fait la connaissance de leurs étranges voisins.

Creepy, film de Kyoshi Kurosawa, qui fut projeté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2016 est en ce moment au cinéma. Le très prolifique et relativement sous-estimé réalisateur japonais nous revient après une escapade française restée confidentielle (Le secret de la chambre noire sortie en Mars en France), un téléfilm fantastique en deux volets de très haute volée (Shokuzaï) et avant de proposer un film de science fiction très minimaliste sur les effets mais au scénario léché – Avant que nous disparaissions projeté cette année à Cannes en sélection Un Certain Regard et dont la sortie en salle est prévue pour Octobre-  avec un thriller noir des plus déroutants, des plus surprenants.

 

Son génie réside probablement dans sa capacité à sublimer le fantastique, le poisseux, comme le fictif pour le rendre crédible. Là où tant de réalisateurs empruntent aux codes des films de genre pour colorer un film fadasse, Kyoshi Kurosawa lui emprunte au cinéma d’auteur pour que ses films de genre nous touchent, nous intriguent, nous retournent, nous fassent réfléchir. Il file de film en film une métaphysique qui interroge le vivant, le réel,  l’Homme, dans tout ce qu’ils ont de plus dual, paradoxal.

Ainsi, les frontières entre l’inconscient et le conscient, entre la folie et la raison, entre le traumatisme et la culpabilité, entre la sensibilité et l’indifférence   sont auscultées au peigne fin pour en faire ressortir toute la porosité, remettre en cause les certitudes.

Son cinéma n’a de cesse de semer le doute, la zizanie. Il surprend et captive. Son sens de la narration l’oblige le plus souvent à un rythme volontairement alenti dans ses introductions, avant de proposer quelques déflagrations imprévisibles, qu’elles soient comiques comme le merveilleux Tokyo Sonata,  surnaturelles et fanstamagoriques comme Shokuzaï, violentes ou horrifiques comme ses premiers films – Kyoshi Kurosawa s’est fait connaître avec des séries B, romans pornographiques, quand il revendique comme premières influences des cinéastes tels que Don Siegel, Sam Peckinpah, Richard Fleischer ou encore Robert Aldrich, avant de s’être éveillé lycéen au cinéma de Federico Fellini ou encore de Jean-Luc Godard !

Sa patte n’a donc nul pareille, et Creepy ne déroge pas à la règle. S’il s’agit bel et bien d’un film d’ambiance – plus que de genre-, d’un thriller noir même, qu’il est difficile de le rapprocher des maîtres du genre … Ne cherchez pas une quelconque ressemblance avec Hitchcock par exemple, nous en sommes à 100 000 lieues, tout comme nous sommes aux antipodes de la vogue Coréenne et ses effusions de violence, mais aussi des drames psychologiques à la française, à la Chabrol, à la Corneau. Son ancrage dans la culture asiatique, japonaise lui confère un style exclusif. A bien y réfléchir pourtant, un parallèle nous vient pourtant à l’esprit avec le chef d’oeuvre de Bong Joon-Ho, Memories of Murder.

Car l’art de Creepy est de maintenir le spectateur éveillé, en permanence. Le mystère n’a de cesse d’enfler tout au long du récit, le naturalisme avec lequel Kyoshi Kurosawa traite son sujet, pourtant de nature horrifique, son sens du retrait, de la fausse piste – façon thriller coréen-, le soin qu’il met dans la mise en scène sont tout simplement bluffant. Il développe avec précision et finesse les traits psychologiques de chacun de ses personnages, naturellement en opposition et laisse une place importante aux contradictions, mais aussi aux failles. Les lectures sont très rarement linéaires, le bien et le mal habitent le tout à chacun.

Nous pourrions comme d’autres critiques se permettent – très dévastatrice introduction dans le papier de Télérama par exemple, ne la lisez surtout pas !  – de vous en dire plus long, de vous parler de tel ou tel personnage, de la qualité du jeu des acteurs, ou même de la mise en scène, mais peut être plus encore que pour tout film à l’intérêt narratif et formel fort, il nous semble  un devoir de nous taire et de vous exhorter à vous faire votre propre avis, surtout si vous ne connaissez pas Kyoshi Kurosawa ! Allez hop, en salle !

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