Timbuktu: l’art de la simplicité ou la simplicité vue art ?

ATTENTION cette critique peut choquer un public pourtant ici averti.

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Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et…

Timbuctu reçoit une critique quasi unanime, chacun y va de son compliment, les superlatifs ne manquent pas  … Si l’on en croit (nous faisons rarement cette erreur) le sacro-saint baromètre d’Allo Ciné, la moyenne est de plus de 4 étoiles, 4,3 pour être très mathématique …

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Il n’y a guère que Les Cahiers du cinéma à oser mal noté cette oeuvre africaine sélectionnée au festival de Cannes en sélection officielle, et qui sur place recevait déjà un accueil plutôt enthousiaste… Vous l’aurez compris, nous sommes passés complètement à côté du chef d’ oeuvre …

Les qualités mises en avant le plus souvent sont la qualité filmique, la somptuosité des décors, la simplicité du propos, l’humour, la gravité du sujet. On nous parle même de Palme oubliée … Soit …

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Nous ne pouvons que reconnaître que le désert est filmé de façon très réaliste, il s’étend au loin, semble délicat à vivre, aride et sec, les saisons de pluie sont attendues avec patience. Cela n’est pas sans nous rappeler le Paris Dakar, dont personne n’a jamais dit que c’était parfaitement filmé.

Les scènes extérieures sont donc superbes, ainsi des scènes intérieures. Sous la tente, ou sous les tentes tout est merveilleusement dépouillé, vous ne trouverez aucun décor IKEA, ni même HABITAT, aucun luxe bien de chez nous, bien occidental. Quel voyage intellectuel que de voir que des hommes vivent à notre époque loin de notre délire matérialiste ! On se croirait presque dans une émission de Frédéric Lopez, il manque juste une future ex-star qui vit une expérience hors du commun, le spectateur la remplace.

Le film fait place à une histoire, très simple, un homme paisible, calme, apaisé, bon ?, sa femme, ses enfants, leurs existences simples.

Osons la comparaison: « Très chasse, très pêche« , même si la culture a une place importante dans l’histoire.

On note évidemment ce qui fait tout le charme du cinéma des pays où la parole n’est pas libre, l’utilisation de métaphores, de paraboles, d’ellipses pour dénoncer plus violemment encore le sujet de fond, ici le conflit au nord du Mali, les exactions religieuses, les atrocités perpétrées contre ceux qui ne se plient pas à certaines injonctions, l’injustice.

Sauf qu’à trop vouloir tourner autour du pot, on tourne autour du pot. On parle de football. Avec humour, paraît-il ! Ah quelle légèreté bienvenue que de voir des combattants extrémistes évoquer des noms qui nous parlent à tous, Zidane ou Messi ! On filme également un match de football sans ballon, symbole s’il en est d’une société qui sacralise les interdits.

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Le sujet est grave, nous ne dirons jamais le contraire, mais quel est-il ? Cette histoire de justice, de rébellion d’un homme qui finalement poussé à bout se fait justice lui même, ou bien l’Histoire qui se passe sous les tentes, et bien plus largement. Le contraste saisit, plaît semble-t-il. Probablement parce que l’espace est donné au spectateur de mettre en perspective, de rêver à un monde meilleur, à une histoire meilleure. On est très proche du Prophète de Gibran dans la simplicité, mais très loin du Petit Prince de Saint Exépury dans la profondeur évocatrice ! Car si les symboles sont de mises, ils sont par trop évidents . Si nous avons quitté la phase du sommeil paradoxal, ou plus justement si nous ne l’atteignons pas encore, il nous est donné à voir une histoire simpliste, une fable oui, qui s’épargne toute provocation, tout affrontement. Et cela peut heurter tout autant que la provocation ! Heurter parce que l’on s’ennuie, parce que le propos s’étire, parce qu’on le prévoit, parce que l’on passe à côté de l’émotion simple, de la poésie comme nous passons à côté de celle de Francis Cabrel.

Nombreux sont les spectateurs et critiques qui se saisissent de l’objet, des non-dits pour leur attribuer une portée plus personnelle, des intentions artistiques.

Nous ne pouvons donc pas conseiller Timbuktu. Nous faisons preuve ici, il est très vrai d’une mauvaise foi manifeste et assumée, et Timbuktu n’est assurément pas un film indécent ou indigeste.

Mais nous savons pertinemment que notre critique a du vous interroger, peut être plus encore qu’une critique élogieuse, et qu’en cela nous assurons une publicité au film. Et notre intention est bien là. Notre vérité n’a pas vocation à être la vérité de tous d’une part, et d’autre part, le propre du cinéma est de proposer des directions différentes les unes des autres, libre à chacun d’en privilégier certaines plus que d’autres. Timbuktu est singulier dans l’offre actuelle du paysage cinématographique, c’est une oeuvre qui traite d’un sujet important, et qui le traite simplement, sans fards, à pas de loup. Nous nous sommes certes ennuyés, presqu’autant qu’à regarder trois heures durant une chaîne d’actualité racontant la libération de Serge Lazarevic, mais l’oeuvre est d’autant plus respectable qu’elle est très respectée par ailleurs, que nombreux sont ceux qui en reconnaissent la valeur, et que nous aimons le cinéma Africain, son indépendance, son acuité, son contre-modèle !

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