The Double – Une valse à deux temps

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The Double, second long métrage du britannique Richard Ayoade fait de la substitution un moyen de (co-)existence, une manière d’aborder le monde et de le réfléchir à la lumière d’une personnalité multiple. Curieuse danse que celle qui nous est donné à voir. Une valse à deux temps où les partenaires se ressemblent étrangement. Un mouvement et tout bascule, les positions changent, les danseurs se confondent.

Une œuvre cinématographique

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En adaptant le roman éponyme de Dostoïevski, Ayoade et son co-scénariste Avi Korine ont perçu les possibilités cinématographiques contenues dans l’œuvre de l’écrivain russe. Le double est une figure maîtresse du cinéma, intimement liée au principe de projection. Spectacle macabre par excellence, le cinéma est le domaine des ombres et des spectres, fantômes du passé ressuscités au présent. Sans spectateurs pas de cinéma, et, confortablement assis dans nos fauteuils, nos regards sont captifs d’un étrange jeu de miroirs. Face à nous se meuvent des formes étranges auxquelles nous prêtons une existence par procuration. Ce travail propre au spectateur de cinéma est aussi celui de Simon (Jesse Eisenberg), le héros de The Double. Un jour, James entre dans la vie de Simon, évènement inédit car James est Simon, ou plutôt son double, son image inversée. Physiquement identique, James et Simon diffèrent par leurs comportements. Le premier est assuré et séducteur, le second timide et maladroit. Simon peine à aborder Hannah (Mia Wasikowska), James, en permanence dans l’action, n’a qu’à « claquer des doigts » pour obtenir ce qu’il désire. Grâce à ce double-rôle, Jesse Eisenberg s’affirme un peu plus s’il en est comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération, évoluant avec aisance dans les deux registres, dédoublant sa voix et son attitude afin de rendre crédible ces deux personnalités opposées.

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Dans un premier temps avantageuse, la relation des deux hommes finira par se révéler dangereuse, James empiétant progressivement sur la vie de Simon. La logique se perd dans les couloirs labyrinthiques de l’absurde. La tragédie est kafkaïenne, mais réfléchie par le prisme des images. Les nombreux travellings aidant, on songe à l’adaptation du Procès (1962) par Orson Welles, tandis que l’humour rappelle celui, cruel et cynique, de La Garçonnière (Billy Wilder, 1960).

Aliénation

Le double trompe son monde, complète son modèle avant de lui voler sa place. L’univers du film est un espace clos, replié sur lui-même. Du métro à l’appartement, du bureau au restaurant, les espaces se confondent. La photographie de Erik Wilson n’évolue qu’en fonction de ses protagonistes, leurs émotions déterminent les couleurs et les changements de lieux. Les décors signés Denis Schnegg renvoient au travail de Norman Garwood pour le Brazil (1985) de Terry Gilliam.

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Rétro-futuriste au possible, The Double entrelace les temporalités pour mieux perdre son spectateur. L’aliénation revêt différents sens. Dans un premier temps il s’agit de l’espace qui se dérègle et emprisonne les personnages par le truchement de cadres dans le cadre, d’un jeu d’ouverture et de fermeture. Dans un second temps, il s’agit des personnages eux-mêmes sans cesse réfléchis par des miroirs, hypnotisés par leur propre reflet. Par effet de contraste, les sons naturels (le vent, la mer, l’orage, la pluie) deviennent irréels,  composent une musique concrète appartenant à un hors-champ d’origine inconnue  – hallucinations ou souvenirs ? -.  Cet espace-temps indéfini relève de l’instable, du fugitif,  de l’évanescent, à la manière de la double-chute qui ouvre et clôt le film.

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Pénétrer dans le film de Richard Ayoade c’est choisir de perdre ses repères, de prendre part à une danse avec un étrange partenaire. Véritable OVNI cinématographique, The Double est une œuvre sensorielle, à voir et à entendre.

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