Saint Laurent de Bertrand Bonello

Yves Saint Laurent par Bertrand Bonello

Est-il mieux que « l’autre film » ? Oui. Assurément. Nous commençons par répondre à cette question car c’est ce que la plupart des gens veulent savoir.

Le voici, le film de Bonello, celui qui n’a pas eu les grâces, la bénédiction de Pierre Bergé, veuf et gardien officiel de la mémoire du couturier disparu. Pourtant, le film de Bonello est plus pudique et plus respectueux de la mémoire d’YSL : on ne le verra pas se faire avilir dans les backrooms (séquence de la cage dans le film de Jalil Lespert). L’autodestruction jusqu’à l’intimité, la sexualité, sera sous forme d’ellipse. Ainsi le retrouve-t-on sur un terrain vague, en ne pouvant que s’imaginer ce qui a pu se passer. Ce qui étonne aussi, et qui étonnera sans doute Pierre Bergé, c’est justement de quelle -jolie- manière il est dépeint : homme concret, aimant, bienveillant, incarné avec justesse par Jérémie Renier.

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Jacques De Bascher, l’ange funeste, décadent, dandy toxique, n’a jamais été aussi vivant, depuis sa mort, donnant à Louis Garrel son meilleur rôle, celui où l’on parvient à enfin l’oublier au profit de son personnage.
Le film entend survoler une partie de la vie d’Yves Saint Laurent en la mettant en parallèle avec une époque, de 1967 à 1976 « officiellement », mais l’histoire se prolonge aussi dans les années 80.

Une discontinuité étrange s’opère par le casting. Gaspard Ulliel, 30 ans, est YSL de 31 à 40 ans. Helmut Berger, 70 ans, sera l’YSL de 40 à un âge indéfini. Le hiatus est trop visible. Le contraste est trop fort. Les 30 ans de différence entre les deux acteurs se voient, et si Helmut Berger aurait été crédible dans les toutes dernière années, il n’est assurément pas le couturier de la fin des années 70/début 80.

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Comme dans L’apollonide, l’ambition du réalisateur est de montrer le basculement dune époque à une autre.

L’Apollonide, justement : le plus beau, le plus viscontien des films de B.B -on parle du réalisateur. Saint Laurent, le film, est un peu moins beau, un peu moins parfait que Les souvenirs de la maison close.
Quand le film n’était qu’à l’état de projet, il avait enflammé les esprits : le plus raffiné et perfectionniste des couturiers donné à voir par le plus esthète, le plus sombre des réalisateurs français actuels. Du coup, chacun s’est imaginé ce que serait le film, et les rêves sont toujours plus beaux que la réalité.
Une autre chose aussi : qu’il s’agisse de ce film, de celui de Lespert, ou des fameuses révélations posthumes faites dans Vanity Fair, on ressent une gêne. Avait-on besoin de savoir tout cela ? Nullement. Le film, comme son prédécesseur, ressemble aux biopics sur les peintres : aucun ne vaut leur tableaux. L’oeuvre de Saint Laurent est-elle plus grande et plus intéressante que l’artiste ? Oui. Aussi, ces films et révélations nous donnent à voir les petits secrets honteux de quelqu’un qui n’est plus, et qui, discret et pudique à l’extrême, aurait réprouvé tout cela. Il en reste une impression confuse, un peu comme lorsque l’on lit le journal intime d’un proche disparu.

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