Les Proies : magistral

En pleine guerre de Sécession, dans le Sud profond, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.

Les Proies avait déjà été adapté au cinéma en 1971 par Don Siegel et joué par Clint Eastwood. Sofia Coppola n’a cependant pas fait un remake : elle signe sa vision propre du roman de Thomas P. Cullinan. Par la même occasion elle rentre dans la cour des très grands. Plus profond que les petits chef-d’œuvres de ses débuts, Les Proies est un Sofia’s Coppola movie : un film avec principalement des femmes, des points de vue radicaux et féminins, une esthétique marquée, qui n »est pas sans rappeler celle de feu David Hamilton : images volontairement floues ou dans la brume, couleurs passées, robes blanches en dentelles, jeunes femmes blondes éthérées.

Le film est composé en deux parties : l’une où flotte un suspense sentimental, fait de désir, l’autre où un retournement de situation imprédictible fait tout basculer dans l’horreur. Tous les personnages sont ambigus, on ne sait jamais qui ils sont, quelles sont leurs intentions, s’ils sont foncièrement mauvais ou pervers. Cette seconde partie nous laisse coi et interdits, elle ne ressemble à rien d’existant. On retrouve certains acteurs à contre-emploi : Elle Fanning exsude une sexualité incandescente, et l’ex nymphomane fatale des Virgin Suicides, Kirsten Dunst, devient une femme introvertie, sage, frustrée, traditionnelle. Nicole Kidman, quant à elle, n’en est pas à son premier rôle diabolique, mais il risque de vous la rendre antipathique pour longtemps. Après le mauvais Bling Ring, Sofia Coppola signe son film de la maturité, du passage à l’âge adulte, avec une oeuvre plus étoffée, plus profonde, plus troublante que toutes celles qui les ont précédées. Un film qui laisse des questionnement et des marques bien profondes. Magistral.

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