Le grand jeu – l’art de se faire comprendre

Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger. Au milieu de ce tumulte, Pierre tombe amoureux de Laura, une jeune militante d’extrême gauche; mais dans un monde où tout semble à double fond, à qui peut-on se fier ?

Le grand jeu est un premier film français dont certains disent le plus grand bien, signé Nicolas Pariser. Inspiré de l’affaire Tarnac, le récit s’en éloigne pourtant très allègrement, pour proposer une chronique juridiquo-policière, thriller à la française, comportant une petite part de mélo, comment faire autrement quand Melvil Poupaud est à l’affiche ?

La forme est plutôt ordinaire, nous noterons les interprétations très correctes d’André Dussolier,  de Melvil Poupaud, ou même de Clémence Poésy – casting alléchant pour un premier film- plus que quelconque effet de mise en scène. Ceci étant dit, le film se veut surtout intéressant sur le fond.

Sur le fond, il s’agit de narrer une histoire politique alambiquée et fictionnelle. Le pari est très difficile, n’est pas Costa-Gavras qui veut … Le genre n’est pas très couru ces derniers temps, il le fut bien davantage dans les années 70, où les arcanes du pouvoir intriguaient, révoltaient. L’exercice du pouvoir aujourd’hui ne semble plus nécessairement aussi sulfureux, les zones d’ombres sont bien moindres, et surtout elles ne surprennent plus personne. L’affaire Tarnac en comportant, Nicolas Pariser y a vu l’occasion d’imaginer que cette affaire puisse être l’inspiration d’une affaire bien plus scandaleuse, des intérêts personnels, des stratégies politiques pourraient avoir entraîné une manipulation d’Etat.

Si l’intention nous semble assurément intéressante, si la réalité rejoint – quand elle ne dépasse pas – très certainement la fiction, si les hommes politiques ne sont pas avares de coups bas et de stratégies pour se « dézinguer » les uns les autres, au sens propre comme au sens figuré, si d’autres affaires politiques ont pu conduire à des suicides maquillés, à des décisions comportant son lot de bouc-émissaires, si l’exercice du pouvoir requiert toujours aujourd’hui de ne pas trop s’éloigner des principes érigés par Machiavel, nous avons juste un petit problème avec Le grand jeu: on ne comprend rien !

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C’est tout un art … Assumé probablement. En faisant un petit effort, raccrocher est possible, reconnaissons-le. Certains ne manquent pas de s’en enorgueillir, et ce peut être un challenge intéressant. Se creuser les méninges est un exercice bienvenu et appréciable. Rappeler l’existence de la réflexion situationniste, faire référence à la Société du Spectacle, peut sembler participer à un élitisme intellectuel qui se perd, certes. Pour notre part, l’effet fut autre. L’intention louable nous semble gâchée par un effet de trop plein; d’omniscience des personnages politiques, néfaste même au message que le film se voulait probablement porter: la politique d’aujourd’hui ne se joue pas sur le terrain des idées mais sur celui de la domination et de la lutte d’influence. A oublier que les hommes politiques sont hommes, que les arcanes du pouvoir sont aussi faits de faiblesses, d’innocence, d’erreurs, à oublier donc la complexité que peuvent introduire les nuances, le récit de Nicolas Pariser perd en subtilité et en poids. Les quelques scènes étirées et ennuyeuses nous reviennent alors à l’esprit, et notre espoir de découvrir un nouveau Z fait pschitt.

 

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