Red Sparrow: La taupe façon Jennifer Lawrence

Une jeune ballerine, dont la carrière est brisée nette après une chute, est recrutée contre sa volonté par les services secrets russes. Entraînée à utiliser ses charmes et son corps comme des armes, elle découvre l’ampleur de son nouveau pouvoir et devient rapidement l’un de leurs meilleurs agents. Sa première cible est un agent infiltré de la CIA en Russie. Entre manipulation et séduction, un jeu dangereux s’installe entre eux.

Le film d’espionnage d’ambition, si fréquent dans les années 70 lorsque la Guerre Froide sévissait, victime probablement de la main mise des James Bond voire des satyres de James Bond jusqu’à peu se faisait fort rare depuis les 90. La sortie de La taupe, en 2011, avait ainsi crée l’événement, et les critiques furent dans l’ensemble dithyrambiques: qui y voyait l’inspiration coppolienne, qui citant Pakula, qui convoquant Pollack. Il faut dire que les moyens étaient de mises, pour constituer un décor d’époque, d’une part, s’attacher un casting britannique de circonstance – John Hurt, Toby Jones, Gary Oldman, Colin Firth-, mais aussi et surtout adapter un roman de John Le Carré. Le tout était suffisamment alambiqué pour que certains croient tout comprendre mieux que les autres, égarés, se raccrochant à quelques saillies la plupart verbales d’ un récit que pour notre part nous jugions fat et insignifiant.

Si nous rappelons à notre bon -sic- souvenir La Taupe pour évoquer Red Sparrow, c’est qu’à quelques détails prêts – la présence de Jennifer Lawrence, quelques scènes de tortures, la composante sexuelle, l’ultra-compétition féminine au Bolchoï non sans rappeler Black Swann – il nous semble que les ambitions, mais aussi le résultat des deux films sont très proches. Rassurez-vous, il y a très peu de chances que vous vous rangiez dans ceux qui ont tout compris. Les énigmes sont multiples, les réponses, des énigmes elles-mêmes, les intérêts des uns contraires à ceux des autres, la vérité permet de feindre le mensonge ou la dissimulation, de brouiller des pistes déjà brouillées.

Adapté d’un roman éponyme de Jason Matthews, ancien agent de la CIA – on eut peine à croire que le récit ait pu venir de l’autre camp- le fond de l’histoire prend un malin plaisir à convoquer de vieux démons géopolitiques : Red Sparrow propose une lutte sans merci entre centres d’espionnages russes et américains, qui plus est avec une taupe ! Reconnaissons-le cela rattrape quelque peu l’actualité, mais les dés en sont jetés ! Le film remplira sa fonction puzzle à merveille, pièce à pièce le spectateur pourra reconstituer le tableau final, il devra parfois défaire pour mieux refaire, de façon quasi ludique.

La construction obéit à quelques règles renouvelées, brouillées plus exactement. Si Matthias Schoenaerts s’en sort admirablement – le travail qu’il a pu faire sur son accent russe quand il parle anglais se remarque- la pauvre Jennifer Lawrence nous semble, comme nous, particulièrement égarée, quand nous aurions aimé retrouvé les qualités indéniables d’actrices qu’elle démontrait dans Winter Bones.

Même Charlotte Rampling nous semble très désagréablement utilisée dans un rôle de directrice d’école d’espionnages, où des pratiques de séductions dégradantes sont enseignées, de façon tout aussi dégradante, à celles qui justifient le titre du film, futures espionnes russes. Charlotte Rampling incarne certes plus qu’aucune autre actrice le courage de porter à l’écran des sujets sulfureux, et de faire corps avec des personnages féminins en lien avec la perversion, mais ici, il nous semble qu’il est affaire bien plus d’un effet de récupération maladroit que d’une quelconque intention artistique. En tout cas, la partition qui lui est confiée nous a semblé tout aussi futile que consternante.

Bref, que l’on n’y comprenne rien, tout ou plus probablement partie, le hic principal au delà de l’aspect superproduction sans vergogne que l’on déplore et quoi que sur le plan purement technique le film ne soit pas sans qualité – photographie, décors, lumières, costumes… -, est la portée intellectuelle du tout. Car la force des Coppola, des Pollack, des Pakula, étaient de se faire témoins éclairés d’une époque, de mettre en images des faits inspirés de la réalité pour en faire ressortir la dimension héroïque mais aussi et surtout géo-stratégique. Certes, tout comme Red Sparrow, ils n’apportaient pas forcément des lumières justes, puisqu’il s’agissait également de dramatiser, de scénariser,  mais ils étaient en phase avec leur époque, quand La Taupe ou Red Sparrow font le choix – facile- de placer leur récit dans une époque révolue, presque factice.

 

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