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Les siffleurs – Policier, adjectif, siffleur

Auteur-cinéaste de la Nouvelle Vague du cinéma roumain aux côtés de Cristian Mungiu et Cristi Puiu notamment, Corneliu Porumboiu a vu la quasi-totalité de ses réalisations sélectionnées par le festival de Cannes. Dès 2006, une Caméra d’or venait honorer 12h08 à l’est de Bucarest, un premier long métrage marqué d’une belle radicalité. La section parallèle Un certain regard a permis au cinéaste roumain de voir récompenser d’autres de ses réalisations :  Policier, adjectif en 2009 puis Le trésor en 2015. En 2019, Les siffleurs a été le premier film de Porumboiu à concourir en sélection officielle, sans succès.

Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par des trafiquants de drogue, est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera, il doit apprendre vite le Silbo, une langue sifflée ancestrale. Grâce à ce langage secret, il pourra libérer en Roumanie un mafieux de prison et récupérer les millions cachés. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu…

Les siffleurs résonne d’un air singulier dans le paysage cinématographique dessiné par la Nouvelle Vague du cinéma roumain. En effet, il semble illusoire de chercher à rattacher ce film de Corneliu Porumboiu aux précédentes réalisations du cinéaste et même aux filmographies des autres piliers du cinéma roumain contemporain. L’air sifflé trouve bien moins d’écho sur les terres roumaines que sur celles des contrées plus occidentales. Il faut ici remarquer que le metteur en scène a tourné une partie du film sur l’île de La Gomera, aux Canaries. Un choix motivé notamment par le fait qu’une partie de l’histoire écrite et filmée par le cinéaste se déroule sur cette île dont le nom vaut pour titre original du film.

Les siffleurs surprend d’abord par sa bande originale. Le film s’ouvre dans le calme d’un bord de mer alors que retenti The passenger d’Iggy Pop. Les images et la bande son entrent en dissonance. Plus surprenant encore, la chanson pop de la séquence liminaire se révélera nullement prémonitoire des airs d’opéra qui joncheront la suite du film jusqu’à l’opéra final en guise de spectacle son et lumière. Les nombreux choix musicaux interrogent à défaut de pouvoir les justifier et leur donner sens.

Porumboiu use des codes du film noir dans ce polar avec gangsters. Cristi, policier véreux et désabusé est interprété par Vlad Ivanov, acteur déjà membre du casting de Policier, adjectif. Les siffleurs s’inscrit d’ailleurs comme une sorte de suite à ce film réalisé une décennie plus tôt. Autour de Cristi, gravitent ses supérieurs, quelques mafieux et une jeune femme possiblement fatale, prénommée Gilda avec référencement, incarnée par Catrinel Marlon. Classiquement, sur fond d’affaires de trafics illicites et de blanchiment d’argent, la hiérarchie de Cristi usera depuis Bucarest d’écoutes et de vidéo surveillance envers leur subalterne pas aussi blanc que l’argent blanchi par ailleurs. Gilda, pour sa part, usera sans surprise de ses charmes. Les ressorts du récit sont eux affaires de double jeux, trahisons, filatures, violences et autres maraudes nocturnes.

Porumboiu, dont pourtant nombre des précédentes réalisations ont prouvé une singularité de regard certaine, manipule sans originalité les codes d’un genre cinématographique. La visite très référencée et convenue proposée n’aboutit pas au film de genre espéré. Le réalisateur opte pour davantage de romanesque (parfois surligné) au détriment de l’originalité. La seule idée un peu nouvelle nous est annoncée par le titre du film. Outre le roumain, l’espagnol et l’anglais – multilinguisme caractéristique des coproductions européennes – le cinéaste recourt au silbo pour faire communiquer les protagonistes mafieux mis en scène. Ce langage sifflé a été transmis aux Espagnols par les Guanches, peuple indigène de l’île de Gomera aux Canaries.

Si Cristi fait preuve d’une belle capacité d’apprentissage de ce langage sifflé, Porumboiu rend pour sa part l’ensemble assez incompréhensible. Le réalisateur-scénariste déroule sur plusieurs temporalités un récit trop déstructuré et trop peuplé. La narration peu captivante des Siffleurs, inutilement trop complexe, maintient les spectateurs à distance. Enfin, la réalisation sans éclat et les personnages peu expressifs figent quelque peu un film dont le visionnement laisse perplexe en regard des intentions du cinéaste. Quelles étaient-elles ?

 

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