Invasion – La SF en concept… évasif

Invasion fait suite à Avant que nous disparaissions sorti en salles en mars dernier. Ces deux derniers films en date de Kiyoshi Kurosawa sont autant d’adaptations d’une même pièce de théâtre de Tomohiro Maekawa ! Si Avant que nous disparaissions était un produit destiné aux salles sombres, Invasion n’est autre qu’un montage alternatif en (trop) long-métrage d’une minisérie en cinq épisodes produite pour la télévision japonaise. L’illusion ne fait pas long feu.

Pourquoi tout le monde change-t-il soudainement de comportement ? Etsuko est-elle la seule à se rendre compte que son amie, son patron, son mari ne sont plus tout à fait les mêmes ? Peu à peu, elle réalise que les humains sont en train de perdre leurs émotions…

La première séquence d’Invasion se conclut par la voix-off d’Etsuko (Kaho) : « Tout a commencé par un léger malaise ». Effectivement, il nait de cette scène liminaire un certain malaise qui, malheureusement, se dissipera rapidement sans jamais réapparaître. Notre désaffection envers Invasion est motivée par plusieurs griefs.

Il y a d’abord la photographie peu soignée. Elle trahit un tournage insuffisamment préparé et réalisé dans l’urgence. Ensuite, le même amateurisme contraint par un faible budget caractérise un casting frappé de jeunisme alors que rien dans l’argument du film ne vient étayer ce choix, bien au contraire. L’intrigue se cristallise autour d’un triangle composé du jeune couple formé par Etsuko et Tetsuo (Shôta Sometani) et du juvénile Dr Makabe (Masahiro Higashide). Ce dernier fait partie des extra-terrestres à l’apparence humaine mais dénués d’émotions. Quelques humains, dont Tetsuo, sont choisis comme guides dans le vol nécessaire de « concepts » (peur, vie, mort, amour, famille, etc.) par ces envahisseurs qu’ils pratiquent par un simple contact du majeur sur le front de leurs victimes.

Ces postulats permettent à Kiyoshi Kurosawa de livrer un film de science-fiction recourant à très peu d’effets spéciaux numériques. Au rayon des raretés, plaçons aussi les quelques scènes d’action. En fait, rien dans Invasion ne rompt un rythme languissant à l’image d’une mise en scène sans imagination, invariablement plate nullement relevée par des dialogues souvent peu profonds. Comme Etsuko, « femme exceptionnelle » car immunisée contre les vols de « concepts », nous sommes restés étrangers aux menaces de l’invasion-titre.

En fait, en dehors d’un habillage musical plutôt réussi, l’intérêt d’Invasion réside dans la manière adoptée par Kurosawa pour traiter son intrigue. Ainsi, après une première partie au traitement classique succède une longue scène d’interrogatoire. Celle-ci, placée sous des attributs parodiques (fauteuil roulant, câblerie très apparente, mannequins parmi les nombreux figurants inutiles campant les forces de l’ordre, porte-voix, etc.) sert de bascule vers une seconde partie durant laquelle la narration et chaque scène empruntent successivement à différents genres cinématographiques de série B.

Sans rythme, sans émotion, Invasion déçoit car Kurosawa échoue à insuffler le supplément de mystère et de tension qui manque cruellement à son récit. Si le faible budget de production explique les faiblesses de l’ouvrage, nous ne pouvons décemment pas fermer les yeux face au manque d’inspiration dont est frappé le cinéaste. Dès lors, Invasion paraît dérisoire et mineur.

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