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#Berlinale2018: Eva de Benoit Jacquot – Raté

Tout commence par une tempête de neige. Eva, troublante et mystérieuse, fait irruption dans la vie de Bertrand, écrivain prometteur. Cette rencontre va bouleverser Bertrand jusqu’à l’obsession et le fera glisser jusqu’à sa perte.

Rares sont les cinéastes qui ont une constance sur toute une carrière. Les Polanski et Hitckcock sont exception. De Palma lui-même avouait qu’un grand cinéaste fait de bons ou grands film sur une dizaine ou une vingtaine d’années -il en sait quelque chose.
Benoît Jacquot, qui, après nous avoir émerveillé avec des chefs-d’œuvres tels que Les ailes de la Colombe, La fille seule ou La désenchantée et que nous tenions donc pour « grand » a commencé à perdre de sa superbe au début des années 2000, et alterne le bon (les adieux à la reine mais aussi plus récemment le remake du Journal d’une femme de chambre par exemples) et malheureusement le moins bon.
En attestent ces dernières années le catastrophique Trois cœurs et, hélas, Eva.  Eva nous semblait un projet alléchant sur le papier mais s’avère un ratage complet et stupéfiant à l’écran.

La première scène est pourtant sensationnelle et augure du meilleur. Un malaise s’instaure et l’on s’imagine que le reste du film sera du même acabit. Il n’en est rien. Isabelle Huppert, reine du film malaisant depuis un bail –Merci pour le chocolat, La pianiste, Elle– et actrice charismatique n’imprime ici pas la pellicule. Pour la première fois de sa très longue et impressionnante carrière, la partition de la « machine à jouer » telle que la surnommait Jean-Pierre Lavoignat semble fade. L’actrice fétiche d’Haneke, Hong San Soo, et Jacquot nous apparaît ici ici inexistante, à notre stupéfaction. Huppert, immense actrice objectivement, a toujours impressionné même dans des films peu réussis. Ici, peut-être pour la première fois, elle ne donne rien. Son personnage sans âge (a-t-elle 40 ou 64 ans ?) pâtit des retouches numériques sur son visage du début à la fin. Avant, les actrices restaient jeunes et belles par la magie des éclairages (Dietrich, Joan Crawford).

Désormais on les photoshoppe image pas image au détriment, parfois, sinon souvent, de leur expressivité et donc de leur jeu. On pouvait pourtant saluer l’audace féministe de Jacquot de monter un couple d’un jeune homme (Gaspard Ulliel) avec une femme qui a trente ans de plus : l’inverse est la règle depuis la nuit des temps, du couple Gabin-Bardot d’En cas de malheur au couple Kassovitz-Marion Landry dans Sparring, sans oublier Vincent Lindon-Audrey Dana dans Welcome -on pourrait continuer cette très longue liste tant le cinéma comprend d’exemples si communément acceptés sans que personne n’en dénonce l’hérésie.

Eva se veut intriguant, malsain, sulfureux,  mais rien ne fonctionne : aux côtés d’une Huppert désincarnée donc, Gaspard Ulliel, pourtant si bon acteur, fait ce qu’il peut avec les lourdeurs de l’adaptation scénaristique, et les maladresses filmiques – on songe notamment aux ralentis lourdauds et maladroits qu’utilise Jacquot pour marquer l’émotion des protagonistes,  quand ceux-ci se dévisagent,  « naze’ (comme dirait un confrère) comme le catastrophique Trois cœurs donc.


Eva,  nouvelle adaptation de Chase ou remake du film éponyme de Losey, rate sa cible à chaque scène –  hormis la première qui a tout du meilleur d’Haneke. Éva voudrait être Elle ou La pianiste mais il n’est que le cousin germain de Trois cœurs, capable de rendre Huppert mauvaise actrice – pourtant elle a souvent excellé dans ses très nombreuses et fructueuses collaborations avec Jacquot.
Le personnage, sur le papier, est la femme fatale type, figure et concept mythique du cinéma de l’âge d’or d’Hollywood, mais elle n’a rien de fatale, la cible est terriblement ratée.

Ce n’est pas tout à fait un téléfilm TF1, mais ce n’est plus du cinéma. A noter, pour en revenir à l’âge d’or d’Hollywood que le roman de Chase a lieu dans le Hollywood des années 50 et qu’ici on nous donne un wanabee thriller incongru et pénible qui se passe dans la France d’aujourd’hui. Les scènes se succèdent de façon inepte, chargeant le film de plus en plus de médiocrité étonnante, fade, maladroite, délitant l’objet filmique qui n’en est plus un.
Il s’agit pourtant d’un film fait par l’un des plus grands cinéastes français, avec une des plus grandes actrices mondiale et un acteur charismatique lui aussi très bon, connu mondialement et présenté notamment dans un des plus grands festival de cinéma -Berlin en l’occurence. Seul le come-back de Richard Berry, étonnant, dans l’univers du cinéma d’auteur (il avait déjà cependant excellé dans L’appât de Tavernier) est réussi et crédible. Un des seuls points positifs avec, bien entendu, la chef-d’oeuvresque première scène qui promettait tant …

Pour le reste, on vous aura prévenu.

Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel et Benoît Jacquot pour Eva

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