Fleur de Tonnerre : de l’empathie pour une sérail-killeuse ?

Le pitch : En 1800, la Bretagne est à genoux, accablée par le régime en place et par le clergé omnipotent. Elle se meurt dans un marasme économique qui n’en finit pas et au milieu de cela, une fillette en souffrance pousse, tant bien que mal. Cette fillette c’est « Fleur de Tonnerre », une enfant isolée, malmenée par la vie et bercée par le morbide. Elle en deviendra la plus grande « serial killer » que la terre ait jamais porté et sèmera la mort, peut être juste pour être regardée et aimée.

La fleur de Tonnerre du film, Héléne Jégado (interprétée par Deborah François) a bel et bien existé et aurait fait l’objet de plusieurs émissions type « Faites entrer l’accusé » au niveau international si elle avait sévi au 20ème ou 21ème siècle. Nous avons en effet affaire à la plus grande serial killeuse de toute l’Histoire ! Jean Teulé en a fait un livre, avec ce côté léger et détaché qu’il a déjà eu pour décrire des histoires trash au possible -l’horrible destin de Darling, sa propre cousine, ou d’Alain de Monéys, molesté par des habitants du village, puis torturé et mis à mort dans des conditions de brutalité inouïe.

Les intentions de la réalisatrice étaient qu’on éprouve, comme elle, de l’empathie pour Hélène Jegado. Hélas il n’en est rien.  Entre ce qui nous a été expliqué dans les notes d’intentions et le film lui-même, il y a un fossé. Nous voyons une petite fille dont la mère, interprétée par Catherine Mouchet, est un peu froide -refus de prendre la main, privation de dîner parce qu’arrivée en retard- . L’enfant empoisonne vraisemblablement sa mère, puis la gentille marraine qui la recueille. Jeune femme, elle continue d’en faire de même, pour des motivations peu compréhensibles. Le tout en flash-back, car l’empoisonneuse est dans le bureau d’un juge, de façon toujours aussi opaque, mais sans que cela ne provoque aucune fascination.

Hélène Jegado était psychopathe. En dehors de la psychose donc. Deux possibilités sont offertes par le film : provoquer l’identification ou l’effroi total. Concernant l’empathie, cela a marché pour des personnages de « fous » ayant déjà existé –Camille Claudel, Adèle H. bien que ces dernières n’avaient  ni psychopathies ni n’avaient tué, mais leur folie et leurs parcours n’enjoignaient pas au premier abord de s’identifier. Quant à l’effroi, nous pouvons citer ne serait-ce que Le silence des agneaux ou Seuls contre tous de Gaspard Noé.

Mais, comme nous l’avons dit ni identification ni répulsion au contact de Fleur de Tonnerre. Tout au plus à certains moments nous pensons, dans les entrevues entre Jonanthan Zacaï (le juge) et la « mauvaise » Hélène, à Isabelle Huppert dans une Affaire de Femmes, dans la placidité indifférente de l’héroïne qui ne voit pas trop ce qu’elle a fait de mal vis à vis de la justice et qui ne se rend pas compte de qui l’attend -la guillotine.

Le film se regarde pour être oublié aussitôt. Benjamin Biolay, habillé 19ème et supposé être un homme amoureux, fait penser à Pete Doherty dans  Confession d’un enfant du siècle. Il ne crève pas l’écran comme il l’avait justement fait dans un film de Sylvie Verheyde : Stella, son meilleur rôle.  Miossec fait un caméo en curé, pas spécialement bon, son apparition n’ayant de valeur que ce qu’il est : un chanteur-un-peu-connu-qui-apparaît-dans-un-film-en-curé.

L’image, pâlotte, nous montre des costumes, du matériel d’époque, des paysages bretons. Éléments qui ont sans doute enthousiasmé le public des avant-premières : « Oh cool je suis breton, je vois des paysages bretons et ça parle d’un truc vrai qui s’est passé dans mon coin ! » ou bien « Oh que c’est beau la Bretagne du 19ème, avec ces paysages, ce folklore de l’Ankou ! » Des raisons peu cinématographiques, donc.

Les message voulus (cf les notes d’intentions) « Il ne faut pas être méchant avec les enfants parce que sinon ils peuvent finir serial killer » laisse songeur. Et si la volonté de compassion et d’identification était telle, était-il raisonnable d’adapter du Teulé, roi de « l’Art de la distance » ?

 

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