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#Lumière2019 – La belle époque

Après avoir été présenté à Cannes en sélection officielle mais hors compétition, La belle époque a ouvert l’édition 2019 du festival Lumière. Film contemporain (sortie en salle planifiée au 6 novembre prochain), ce deuxième long-métrage réalisé par Nicolas Bedos est un choix surprenant pour ouvrir cette 11ème édition du festival lyonnais dédié aux films de patrimoine. Il permet notamment de saluer Daniel Auteuil, acteur principal du film et figurant parmi les invités d’honneur du festival au côté de Frances McDormand, Donald Sutherland présents ce soir à Lyon comme, entre autres, Barbet Schroeder et Xavier Dolan.

Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…

De l’avant projection, nous retiendrons la confirmation par Thierry Frémaux que son documentaire Lumière ! sorti en 2016 connaîtra une suite en 2020 alors que Bertrand Tavernier cherche à faire financer son prochain film. Pour sa part, Nicolas Bedos n’a rien dit de La belle époque avant projection et guère plus après celle-ci.

Un titre à ne pas prendre au pied de la lettre. Le film n’évoque pas le début du siècle dernier mais plus prosaïquement mai 1974. C’est en effet à cette époque que Victor (Daniel Auteuil) rencontra Marianne (Fanny Ardant) qui depuis est devenue son épouse. Une rencontre dans un bar qui sera le principal lieu dans lequel se tiendra l’action et reconstitué par Antoine (Guillaume Canet), metteur en scène et scénariste de soirées sur mesure. Son entreprise à succès met ce dernier à la tête d’une troupe de comédiens parmi lesquels figure Margot (Doria Tillier) qui endosse le rôle de Marianne en 1974 pour rejouer sur commande de Victor et à l’envi cette rencontre amoureuse.

Le scénario est astucieux et la reconstitution en décors de studio de ce mai 1974 est plutôt convaincante. L’ensemble fait indubitablement penser à Minuit à Paris (2011) de Woody Allen. Mais le récit de Bedos n’a ni le charme ni la poésie de celui d’Allen. Là où ce dernier joue sur un humour volontiers cynique, Bedos s’amuse de répliques certes vachardes mais moins senties. La finesse d’écriture n’est pas identique entre les deux cinéastes-auteurs.

Avec le personnage d’Antoine, La belle époque gagne une double mise en abime. Il y a d’abord celle du film dans le film : l’envers des décors de plateau. Il y a aussi celle moins visible de la petite histoire dans la grande histoire. L’acteur-réalisateur Canet convainc dans ce rôle de metteur en scène jouant sur l’intensité de la luminosité filtrée (à forte dominante jaune-brun « d’époque ») et de l’ambiance sonore de ses scènes. Sa fonction de directeur d’acteurs l’incite à souffler les bonnes répliques (ou ordres) à ses comédiens équipés d’une oreillette. Le film ne se départit pas d’un sentiment de récit téléguidé constaté aussi lors de la remémoration de ses souvenir par Victor. Ainsi certaines scènes annoncent littéralement les évènements et les actions de la séquence suivante.

Mais peut-on parler véritablement de scènes ? Le montage syncopé du film empêche l’installation sereine d’une ambiance pourtant essentielle à tout film cherchant à recréer une époque. Si le spectateur prend plaisir à voir Antoine affairé à chasser tous les objets anachroniques de ses soirées reconstituées, il pourra être par contre surpris d’entendre une bande originale peu marquée par les années 1970 visitées. Certes, la chanson J’ai dix ans d’Alain Souchon a été éditée en 1974 mais ses paroles ne collent en rien à la situation de Victor. Là encore, Allen aurait choisi une bande son jazzy beaucoup plus atemporelle et par conséquent plus appropriée.

 

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