I smile back : première bonne surprise en compétition

499959.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx Laney Brooks est une femme séduisante et intelligente qui s’occupe avec dévouement de ses deux adorables enfants. Elle est mariée à l’homme idéal, qui joue au basket avec eux devant leur maison parfaitement entretenue d’une banlieue résidentielle. Elle possède la belle voiture de sport qui lui permet de conduire ses enfants à leurs nombreuses activités extrascolaires… Mais, derrière ce bonheur de façade, elle cache tant bien que mal sa dépression et ses désillusions qui l’entraînent vers des territoires secrets peu avouables. Et Laney peut aller jusqu’à se mettre en danger pour lutter contre ses démons intérieurs, éviter que sa vie de famille ne vole en éclats et continuer à protéger les siens…

I smile back, réalisé par Adam Salky,  a été présenté en compétition à Deauville ce dimanche. Il s’agit là d’une première bonne surprise, comme le festival du film américain sait toujours nous proposer.

Les premières images scellent les intentions, le récit s’attache à dresser le portrait d’une femme, Laney, en proie à des difficultés existentielles, en lutte principalement avec elle même. Ce qui frappe d’emblée constitue la matière première:  un courant alternatif entre l’espoir d’une vie normale possible par instants d’une part, et l’angoisse et les doutes d’autres parts, qui ravivent des démons et engendrent des comportements impulsifs et destructeurs.

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Ce sujet aurait pu être traité linéairement, ou au contraire par épisodes, quand la narration choisie ici nous entraîne plutôt sur une continuité, sur un mode où l’équilibre retrouvé éphémèrement peut à tout instant basculer  sur un instant plus grave. Le film dresse un saisissant portrait d’une femme, mais aussi de son entourage.

Les portraits masculins sont très riches: le plus parfait des salauds , l’amant hypocrite vis à vis de sa femme et fournisseur de cocaïne,  côtoie par exemple le mari, courageux et aimant – Josh Charles déjà vu dans Bird People notamment-  mais dépassé, en incapacité à agir, à infléchir la situation. Le père absent, figure première de la blessure de Laney, s’avère étonnamment un homme lui même blessé et aimant quand on imaginait un monstre sans cœur.

Adapté d’un livre d’Amy Koppelman paru début 2000, la jeune femme nous avoue avoir récemment été très fascinée par Belle de jour, et dresse un parallèle avec I smile back. Le sentiment premier qu’elle a souhaité traiter est le sentiment de honte. Elle s’est également intéressé à une forme d’inexorabilité, sans pour autant prendre le parti du déterminisme. A trop craindre de devenir celle qu’on ne veut pas devenir, on le devient, et la honte envahit alors l’esprit. Partir, fuir, accepter son attitude destructrice aussi inexplicable soit-elle peut s’avérer une libération.

Le sujet est nécessairement intriguant, porteur d’émotions évidemment, mais aussi résonnant pour nombre d’entre nous. Nous touchons là à une psychologie dominée par l’inconscient et  qui résiste au raisonnement logique simpliste. Le bien peut être le mal, le mal peut être préférable. Aider l’autre peut le faire souffrir bien plus qu’on ne le pense, la guérison doit nécessairement passée par soi même et non l’intervention des autres.

La vertu principal d’I smile back est cette capacité à tenir en haleine le spectateur en se refusant à une écriture cinématographique trop dramatique, ou au contraire trop naïve, à cette équilibre trouver entre le pathos et le souci de vérité. Si l’on peut certes regretter un certain emballement final qui tend à souligner certaines émotions ou à charger le récit, d’une manière générale, le tout sonne particulièrement juste !

 

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