#Cannes 2016: Notre cahier critique

Nous avons publié en instantanée nos avis sur les films projetés à Cannes sur notre twitter et notre page Facebook. Nous vous en proposons sur cette page également une consolidation.

Peu de propositions nous ont véritablement marqué, à l’exception de Tony Erdmann de Maren Ade. La sélection est bonne ceci dit, relativement homogène dans son niveau. Peu de thèmes transverses reviennent, hormis une critique sociologique sur l’ère du temps ou l’état d’un pays, mais aussi l’incommunicabilité, qui semble être un mal d’époque. L’incommunicabilité provient parfois du passé et du trop plein (Juste la fin du monde, Sieranevada), parfois des codes sociaux (Tony Erdmann). Peu de profondeurs, de réflexions mystiques, théologiques, un peu de genre, un peu de tire larmes, un peu de chorégraphie et d’esthétisme – très clipesque à chaque fois. Un chouia de provocation – très aseptisée [Dumont comme Winding Refn, en parfaits pervers assumés, ont ce souci marketing de présenter l’horreur sous un emballage design, beau ou comique]. La plus belle des provocations nous vient de Maren Ade. Étonnamment, c’est Dolan qui se démarque le plus sur le terrain de l’emprunte psychologique, en grande partie par son choix d’adapter Lagarce. Il a également le mérite de montrer si besoin en était, qu’une mise en scène purement filmique est possible pour un récit théâtral qui ne soit pas du théâtre filmé, prolongeant une réflexion que Lars Von Trier avant lui s’était posé. A noter enfin que cette année les crus Ken Loach (surtout) et Almodovar sont très bons.

EN COMPÉTITION


TONI ERDMANN de Maren ADE (Allemagne)

Notre avis: *****

Tony Erdmann dure 2h42, et contrairement à Ma Loute ou American Honey qui ont 20 bonnes minutes en trop qui viennent gâcher l’effet produit, ces presque 3 heures nous semblent très utiles, nécessaires pour acérer le propos. Celui-ci provoque aisément des rires, parfois même très appuyés. Pour notre part, ce n’est pas tant cette dimension qui a retenu notre attention, mais bien plus l’observation proposée, la critique très virulente d’une société rouleau-compresseur, vendeuse de promesses d’un avenir meilleur au prix d’un présent oublié. Toute la violence des échanges professionnels, tous les ravages du contrôle imposé de son image, tout ce qui nous déshumanise est raillé de la plus belle des façons, par un effet miroir des plus réussi. La réflexion est métaphorique, le clown n’est pas forcément où l’on pense, le ridicule se cache parfois du côté de ceux qui en imposent les codes ! Répéter des tâches ne remplit pas une existence. Tout comme « Juste la fin du monde« , le non dit tient ici une place très importante, essentielle, d’autant qu’il s’agit d’un message universel. Exprimer ce que l’on ressent peut parfois être difficile. Maren Ade excelle dans la provocation, son film n’est ni plus ni moins qu’une petite bombe évidente, un pavé dans une marre dans laquelle la plupart patauge, dans laquelle on nous demande de patauger. Du cinéma pour choquer les bourgeois pourrait-on même dire ! Remarquablement intelligent, Tony Erdmann propose ce qu’aucun autre film en compétition propose, une profondeur manifeste et une vraie audace. Très humain, le film interroge en permanence par ce qu’il met en lumière. Les bonnes idées se succèdent. Parmi celles-ci, il nous semble que Tony Erdmann invente une figure de style nouvelle, à l’effet aussi efficace qu’une mise en abîme, cousine également de celle (sans nom ?) utilisée par Doistoievski – L‘idiot, PasoliniThéorème ou encore Van Warmerdam, Borgman,  qui consiste à ce que l’élément perturbateur, l’anti-héros par sa présence, soit porteur d’un message universel, qui vienne briser les codes et certitudes. Brillant.  


JULIETA de Pedro ALMODÓVAR (Espagne)

Notre avis: ***

Un très bon ALMODOVAR, fluide dans sa narration, s’attachant comme toujours à la psychologie des femmes. Le sujet central est amené pas à pas. Deux actrices incarnent le même personnage à deux époques différents. A noter que cet opus se tient de bout en bout et qu’il n’est aucunement outré.


AMERICAN HONEY d’Andrea ARNOLD (Royaume-Uni)

Notre avis: ****

Un très beau film bénéficiant d’une très belle photographie, avec un sujet tout à la fois chorégraphique et sociologique. Portrait d’une certaine amérique ou critique virulente de l’American Dream, le film n’a qu’un défaut réel, il aurait pu être plus court.


PERSONAL SHOPPER d’Olivier ASSAYAS (France)

Notre avis: *

Olivier Assayas s’essaye au film de genre chic, cherchant à ce que le cinéma classique se réapproprie un genre dont les codes ont trop  enlever le caractère métaphysique, coupent court à la réflexion. Cela reste un film de genre. Si Kristen Stewart s’en sort très honorablement et si son personnage parfois captive, Assayas n’a pas le talent d’un Im Sang-soo par exemple à qui ce sujet aurait mieux convenu.


LA FILLE INCONNUE de Jean-Pierre DARDENNE, Luc DARDENNE (Belgique)


JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier DOLAN (Canada)

Notre avis : ***

Ce Dolan là est particulier, et devrait déranger jusqu’aux fans de Dolan, mais il est bon. Très différent de Mommy ou Laurence anyways, cela rappelle « J’ai tué ma mère » sur le fond avec de meilleurs dialogues, la direction d’acteurs est impeccable, l’intensité va croissante. Le langage visuel est très intéressant – que de portraits, l’incommunicabilité, le ressentiment sont au centre de cette belle adaptation de Lagarce.


MA LOUTE de Bruno DUMONT (France)

Notre avis: ****

Bruno Dumont nous propose un film dont il a le secret. Nouveauté depuis P’tit Quinquin, son exploration de la monstruosité humaine se fait avec humour référencé. Décalé, assez souvent imprévisible, outré, on retiendra outre la direction d’acteurs très intéressante – n’en déplaise à Luchini– la scène d’ouverture magistrale. Tout comme American honey, Ma Loute aurait cependant gagné à être raccourci de 20 minutes.


MAL DE PIERRES de Nicole GARCIA (France)

Notre avis: **

Nicole Garcia propose un film de facture classique, dont la place en sélection est liée à une révélation tardive. Peu audacieux, le film ne nous a pas remué plus que cela.


RESTER VERTICAL d’Alain GUIRAUDIE (France)

Notre avis: ****

un film incroyable en ceci que rien n’est prévisible à l’avance.

PATERSON de Jim JARMUSCH (USA)

Notre avis: **

Un tout petit Jarmusch, certes poétique, certes accumulant des détails rigolos, mais le tout (l’haiku) ne prend pas plus que cela et reste fade.


AQUARIUS de Kleber MENDONÇA FILHO (Brésil)

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Notre avis: **

Aquarius: Portrait d’une femme et d’un pays


I, DANIEL BLAKE de Ken LOACH (Royaume-Uni)

Notre avis: ****

Retrouvez la critique d’Emilie.


MA’ ROSA de Brillante MENDOZA (Philippines)

Notre avis: **

Chronique habile relatant une histoire de rue. Rythmé, efficace et effervescent, la déambulation s’intéresse à la corruption et aux trafics en tout genre. Plutôt plaisant mais nullement grandiose.


BACALAUREAT de Cristian MUNGIU (Roumanie)

(BACCALAURÉAT)

Notre avis: **

Baccalauréat relate principalement l’état d’un pays, et de ses hommes. Classique de la nouvelle vague roumaine, dira-t-on. Le scénario est assurément Intelligent, bien amené. La complexité va croissante, les intrigues s’enchevêtrent, se superposent. Etrangement, Baccalauréat nous donne à voir un peu de Ma’Rosa, Sieranevada et I, Daniel Blake tout à la fois.  Ceci dit,  on attendait plus de Mungiu notamment d’un point de vue formel, et philosophique.


LOVING de Jeff NICHOLS (USA)


MADEMOISELLE de PARK Chan-Wook (Corée du Sud)

(THE HANDMAIDEN)


THE LAST FACE de Sean PENN (USA)

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Notre avis: –

The last face de Sean Penn est du plus mauvais goût dans son ensemble. C’est un parfait ratage. Si l’on ose la métaphore culinaire, pensez que l’on puisse vous servir un burger à la glace Hagen Daz cookie cream. Pour que cela dégouline vraiment, montez le son de la FM (Des violons en veux-tu en voilà!) ! The last face démarre fort  façon de parler- le spectateur a le droit à un clip de quelques très longues minutes pour médecins du monde. Très vite sa trame narrative nous est dévoilée, ce sera en mode punch, une claque, un bisou, une claque, un bisou …  Les bons et surtout les grands sentiments sont de mise, le facteur humain mis au centre. Les être disent et se contredisent. Agissent ou n’agissent pas. Le projet tient en une métaphore : les conflits africains comparés à un conflit lelouchien – un homme une femme.  La narration entrevue se confirme rapidement, elle est des plus décousues. En mettant de côté toute tentation vindicative – sentiment principal partagé par les quelques chanceux(sic) qui ont subit ce pensum grandiloquent et prétentieux-, il y a bien une ou deux réflexions à sauver, certainement pas les plus mallickiennes d’entre elles, ou les plus géopolitiques, mais plutôt celles qui portent sur l’engagement: vaut-il mieux être sur le terrain ou non quand il s’agit de conflits ?

SIERANEVADA de Cristi PUIU (Roumanie)

Notre avis: ***

Verbeux, le film étire sur 2h53 une vision d’une famille en deuil … Famille lambda, famille roumaine … Politique, complot, mensonges, trahisons, tromperies, colères et rages, le propos met en avant en ces heures de recueillement que les plaies de l’histoire sont ouvertes et vivantes, que le chaos domine.


ELLE de Paul VERHOEVEN (Pays-Bas)


Notre avis: ****

THE NEON DEMON de Nicolas WINDING REFN (Danemark)

Notre avis: *

The neon demon de Winding Refn était attendu … Après le sublime Drive, et l’insipide Only God forgives, le réalisateur danois ne pouvait que passer sur le gril de la critique …  L’impression produite varie d’une personne à l’autre, selon votre état de fatigue, goût pour le cinéma de genre et votre humeur, vous pourrez dormir, vous ennuyer, ire ou être subjugué. Tous les goûts sont dans la nature, pour preuve, le thème principal de The neon Demon. Visuellement intéressant, sans être ébouriffant, le film donne à voir un récit particulièrement déconstruit, très ralenti, dont les ressorts comiques sont ceux de la provocation thématique. Indigent ou génial, chacun choisira son camp … Pour notre part, nous sommes au milieu: ni l’un ni l’autre !

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